Kinshasa est confrontée à une augmentation significative du coût du ciment gris, matériau essentiel du secteur de la construction. Entre le 10 décembre 2025 et le 14 janvier 2026, le prix du sac de 50 kg a enregistré une hausse de 14 %, passant de 21 000 à 24 000 francs congolais (FC).
Cette flambée, observée sur plusieurs marchés de la capitale, suscite de vives inquiétudes tant chez les professionnels du bâtiment que chez les ménages.
Une hausse alimentée par le taux de change, la demande et les contraintes logistiques
Dieudonné Manzambi, opérateur économique, confirme cette tendance haussière progressive constatée depuis le début du mois de décembre. Selon lui, cette augmentation résulte de plusieurs facteurs interdépendants. La volatilité du taux de change sur le marché parallèle figure parmi les principales causes, influençant directement le coût des intrants importés et, par ricochet, celui des produits locaux.
À cette instabilité monétaire s’ajoute une forte demande en ciment, face à une offre qui peine à suivre le rythme, accentuant ainsi la pression sur les prix. Par ailleurs, le mauvais état des infrastructures routières complique l’acheminement du produit, entraînant une hausse des coûts de transport et de distribution.
Les répercussions de cette flambée sont multiples. Le secteur de la construction, déjà fragilisé par plusieurs contraintes, voit ses marges se réduire, ce qui pourrait ralentir le lancement de nouveaux projets et impacter l’emploi. Du côté des particuliers, notamment ceux disposant de revenus modestes, les projets de construction ou de rénovation deviennent de plus en plus difficiles à concrétiser.
Cette situation affecte directement le pouvoir d’achat des ménages, le ciment étant un produit stratégique dont le coût influence celui d’autres biens et services liés à l’habitat.
Face à cette conjoncture, Dieudonné Manzambi plaide pour une intervention plus ferme des pouvoirs publics. Il appelle notamment à un meilleur contrôle du taux de change, en particulier sur le marché parallèle, afin de préserver le pouvoir d’achat de la population. Selon lui, chaque fluctuation du dollar se répercute automatiquement et immédiatement sur les prix des produits de première nécessité.
Contexte et perspectives du marché du ciment en RDC
La hausse du prix du ciment gris à Kinshasa s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sur les matériaux de construction en République démocratique du Congo. Les capacités de production locale, encore insuffisantes pour répondre à la demande croissante, ainsi que la forte dépendance aux importations, rendent le marché particulièrement vulnérable aux variations du taux de change et aux coûts logistiques.
Selon plusieurs analyses, la demande en ciment devrait continuer à croître dans les années à venir, portée par l’urbanisation rapide et les projets d’infrastructures. Toutefois, pour répondre durablement à cette demande à des prix abordables, des investissements importants dans la production locale s’avèrent indispensables.
Le gouvernement est ainsi appelé à mettre en place des politiques incitatives favorisant le développement du secteur, tout en améliorant les infrastructures de transport et en renforçant la stabilité macroéconomique. La question de l’accessibilité et du coût du ciment demeure un enjeu majeur pour le développement économique et social de la RDC, nécessitant des réponses structurelles et durables.
Joëlle Luniongo


