Depuis le 30 mai 2025, une vaste opération d’identification des victimes bat son plein dans le Grand Kasaï, menée par le Fonds National de Réparation des Victimes (FONAREV).
Ce chantier, tant attendu, a pour ambition d’inscrire chaque nom et chaque souffrance dans un registre officiel, préalable indispensable à toute démarche de réparation et de rétablissement de la dignité.
Alors que le recensement se poursuit, les chiffres révèlent l’ampleur du drame humain qui a frappé cette région au cours des dernières années.
Un travail de mémoire et de reconnaissance
Lancée à Kananga, la mission du FONAREV a rapidement mobilisé des équipes déployées dans les trois anciennes provinces du Kasaï.
Grâce à la collaboration des autorités locales, des organisations de la société civile et des leaders communautaires, les enquêteurs recueillent témoignages, actes de décès, et preuves matérielles.
Ce processus scrupuleux ne se limite pas à un simple décompte : il vise à donner un visage, une voix et un nom à chaque victime, afin qu’aucune douleur ne tombe dans l’oubli.
Les chiffres comme miroir d’une tragédie
À ce jour, 81 789 personnes ont été identifiées dans le Kasaï-Central, tandis que 40 136 noms ont été enregistrés en Kasaï-Oriental et 63 112 dans l’ex-Kasaï. Au total, ce sont 185 037 victimes qui attendent désormais que leur calvaire soit officiellement reconnu.
Derrière chaque dossier se cache une histoire unique : un parent disparu, un village décimé, une vie brisée par la violence ou la famine. Ces chiffres, aussi vertigineux soient-ils, ne sont pas de simples statistiques, ils incarnent les souffrances et la résilience d’une population meurtrie.
Vers une réparation juste et durable
L’identification constitue la première étape d’un long processus.
Une fois les registres clos, le FONAREV prévoira la mise en place de programmes de compensation financière, de soutien psychologique et de relèvement communautaire.
Il s’agira de verser des indemnités proportionnelles aux préjudices subis, d’accompagner les familles dans la reconstruction de leurs foyers et de favoriser des projets de développement local, tels que la réhabilitation d’écoles et de centres de santé.
L’objectif est de transformer la reconnaissance formelle du tort subi en actions concrètes pour la paix et la cohésion sociale.
La mission du FONAREV se poursuit sans relâche, afin que d’autres victimes puissent enfin faire entendre leur voix.
À mesure que les registres se rempliront, c’est tout le Grand Kasaï qui se rapprochera d’une justice réparatrice, condition sine qua non d’une réconciliation véritable et d’un avenir partagé.
Lydia Mangala


