Dans une société où la santé des femmes reste souvent influencée par des croyances et des tabous, Tresmie Sumbu Kimbaku, étudiante à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), a choisi de consacrer son mémoire de master à un sujet d’une importance capitale : « Perceptions socioculturelles et prise en charge des masses mammaires dans la commune de Kintambo : une étude qualitative. »
Sous la direction du Professeur Godefroy Elite Ipondo et du Chef de travaux Bony Kalubi N’kondamana, l’auteure a soutenu son travail le 3 octobre dernier, apportant un éclairage inédit sur les freins culturels et sociaux qui entravent la santé mammaire des femmes à Kinshasa.
Un constat alarmant à la base du sujet
Le point de départ de cette recherche repose sur l’observation que de nombreuses femmes souffrant de masses mammaires à Kinshasa tardent à consulter un médecin.
Dans la commune de Kintambo, ces retards sont souvent motivés par la peur du diagnostic, la honte, les préjugés ou encore la foi en des solutions spirituelles ou traditionnelles.
Pour Tresmie Sumbu, cette étude visait à comprendre comment les perceptions sociales et culturelles façonnent les comportements de santé et influencent directement le parcours de soins.
« Mon objectif était de montrer que la culture et la communication peuvent sauver des vies, si elles sont bien utilisées », explique la chercheuse.
Comprendre les freins : la problématique au cœur du mémoire
La question centrale posée par l’auteure est : « Comment les perceptions socioculturelles des masses mammaires influencent-elles la prise en charge sanitaire des femmes dans la commune de Kintambo ? »
Derrière cette interrogation se cachent des enjeux majeurs tels que la santé publique, la dignité des femmes et la communication communautaire.
Car au-delà des moyens médicaux, ce sont souvent les représentations sociales comme la peur du cancer, la stigmatisation, les rumeurs qui freinent la décision de se faire dépister.
Objectifs et démarche scientifique
Pour répondre à cette problématique, Tresmie Sumbu a poursuivi trois objectifs spécifiques entre autres :
– Identifier les représentations sociales associées aux masses mammaires ;
– Analyser les obstacles socioculturels et communicationnels qui limitent l’accès aux soins ;
– Proposer des stratégies de communication adaptées pour améliorer la sensibilisation dans la communauté.
Son étude, menée auprès de 65 participants à Kintambo (femmes, familles, soignants), repose sur une approche qualitative, combinant entretiens semi-directifs, observations et questionnaires. Cette méthode a permis d’obtenir une compréhension fine des perceptions et des réalités vécues.
Résultats et constats majeurs : entre peur et désinformation
L’analyse des données recueillies révèle plusieurs constats marquants sur la réalité sanitaire et culturelle des femmes de Kintambo :
– La majorité des enquêtés associent toute masse mammaire à un cancer, ce qui alimente la peur et la stigmatisation ;
– Beaucoup de femmes se tournent d’abord vers la prière ou la médecine traditionnelle avant d’envisager une consultation médicale ;
– Les structures sanitaires locales manquent de moyens techniques et de personnels spécialisés pour une prise en charge adéquate ;
– L’absence de campagnes de communication ciblées sur la santé mammaire favorise la désinformation et le retard de diagnostic.
Ces constats traduisent une urgence de renforcer la communication communautaire autour de la santé féminine, afin de briser le silence et les tabous.
Des recommandations concrètes pour changer les mentalités
Face à ces défis, Tresmie Sumbu Kimbaku propose plusieurs pistes d’action notamment :
– Multiplier les campagnes de sensibilisation sur la santé mammaire à travers les médias locaux, les églises et les associations de femmes ;
– Former les soignants à une approche empathique et non stigmatisante envers les patientes ;
– Impliquer les leaders religieux et communautaires dans la démystification des masses mammaires ;
– Introduire des programmes de dépistage précoce dans les structures sanitaires de proximité.
Ces recommandations s’inscrivent dans une approche globale, alliant communication, éducation et santé publique.
Une recherche à portée humaine
Au-delà de l’aspect scientifique, le mémoire de Tresmie Sumbu met en avant une conviction forte que la santé des femmes est aussi une question de culture et de parole libérée.
Son travail contribue à promouvoir une culture de prévention et d’écoute, tout en valorisant le rôle essentiel de la communication dans la transformation des comportements.
En donnant la parole aux femmes de Kintambo, la chercheuse a ouvert un débat nécessaire sur la manière dont la société perçoit la maladie, la féminité et le courage de se soigner.
Cette étude propose une voie d’avenir.
Les résultats obtenus pourraient inspirer les politiques de santé publique, les ONG et les médias à renforcer la sensibilisation sur la santé mammaire à Kinshasa.
Car au fond, comme le rappelle Tresmie Sumbu :
« La peur ne soigne pas. La connaissance et la communication, oui. »
Lydia Mangala


