Ce lundi 30 juin 2025, dans la grande salle du CCAPAC à Kinshasa, Kemi Seba, président de l’ONG Urgences Panafricanistes, a pris la parole lors du premier panel « Panafricanisme, pères fondateurs, états des lieux et perspectives », animé par Willy Kalengayi et Chantal Kanyimbo.
Son intervention, riche en références historiques et en appels à l’émancipation populaire, a posé les perspectives d’un mouvement affranchi du modèle institutionnel pour renaître des mains de la jeunesse, selon ses mots.
Un constat sans concession

D’emblée, Kemi Seba a posé un regard critique sur les échecs des structures officielles :
« Nous disons que même l’Union africaine a échoué, que le panafricanisme institutionnel a échoué », a-t-il affirmé, dénonçant le désengagement des dirigeants africains vis-à-vis du Congo.
Il a remercié ironiquement « ces dirigeants qui ont tourné le dos à l’Afrique », soulignant que la vacance institutionnelle a ouvert la voie à un renouveau né sur le terrain.
Retour aux racines haïtiennes
Le conférencier a rappelé que le panafricanisme puise ses origines loin du continent :
« Le panafricanisme est né à Haïti, sur un territoire où des esclaves déportés se sont unis pour forger un même projet de libération », a-t-il expliqué.
Il a insisté sur le rituel fondateur du Bois Caïman, décrivant comment cette révolution a posé les fondations d’un mouvement respecté aux quatre coins du monde, avant de souligner l’inspiration durable qu’elle offre aux populations noires.
Refuser la victimisation

Kemi Seba a ensuite galvanisé l’auditoire contre le fatalisme :
« Nous ne sommes pas des victimes éternelles », a-t-il martelé, rejetant tout sentiment de résignation.
Pour lui, le panafricanisme doit être avant tout une idéologie de libération où le bonheur de l’un n’existe que si celui de la collectivité est assuré.
Cette vision collective s’oppose à l’individualisme et remet la souveraineté entre les mains des citoyens.
L’unité comme arme stratégique

Revenant sur la figure de Marcus Garvey, il a invité à un large applaudissement :
« Marcus Garvey a compris que l’unité de notre peuple était indispensable », rappelant que la Black Star Line fut le plus grand projet de connexion diasporique.
Il a mis en garde contre les divisions :
« Toutes les branches d’un même arbre sont liées et qu’en visant à bâtir son propre trône sur le sang du voisin, on oublie que nous sommes indissociables », a-t-il affirmé.
L’avenir entre les mains des peuples
Enfin, Kemi Seba a confié son optimisme quant au renouveau impulsé par la jeunesse :
« Le panafricanisme des peuples doit son renouveau aux jeunes acteurs de terrain », a-t-il déclaré, évoquant la création de l’ONG Urgences Panafricanistes il y a dix ans et leur action à Haïti.
Il a conclu sur un serment solennel :
« Le Congo libre ou la mort, l’Afrique libre ou la mort ! », exhortant chacun à transformer l’histoire en une série d’engagements concrets pour la renaissance du continent.
Par cette intervention inspirée et combative, Kemi Seba a tracé les perspectives d’un panafricanisme populaire, s’appuyant tant sur la mémoire de Haïti et de Garvey que sur la volonté d’une jeunesse déterminée à reprendre son destin en main.
Lydia Mangala


