Au cours du forum d’Ebuteli tenu le jeudi 25 septembre 2025, le Professeur de l’Université de Kisangani, Grison-Trésor Kakumbi, a proposé une réflexion approfondie sur la nature des relations entre le pouvoir coutumier et le pouvoir politique en République démocratique du Congo.
Son intervention, intitulée « Relations pouvoir coutumier et pouvoir politique : entre jeu, enjeux et danger », a mis en lumière les dynamiques complexes, les défis historiques et les risques actuels de cette relation, tout en appelant à une articulation saine entre tradition et modernité pour le bien commun.
Le pouvoir : une capacité et une responsabilité

Le professeur a ouvert son intervention par une analyse étymologique du mot « pouvoir », tiré du latin potere, qui signifie la capacité d’agir. Pour lui, le pouvoir n’est pas une possession figée, mais une faculté qui s’exerce dans un contexte donné.
Il distingue clairement le pouvoir coutumier, fondé sur le sacré et les traditions, du pouvoir politique, qui repose sur des institutions et des règles écrites. Cette distinction est essentielle pour comprendre la nature et les enjeux de leur interaction en RDC.
Pouvoir coutumier : une incarnation sociale et religieuse
Professeur Grison-Trésor Kakumbi a rappelé que le pouvoir coutumier est une institution enracinée dans la hiérarchie divine et ancestrale : Dieu, les ancêtres, les morts puis les vivants.
Les chefs coutumiers incarnent ce lien sacré, agissant comme gardiens des traditions, médiateurs sociaux et transmetteurs de valeurs à travers l’oralité, les rites et les symboles.
Cette dimension religieuse et normative donne au pouvoir coutumier une légitimité qui dépasse les simples rapports politiques.
Le jeu entre pouvoir coutumier et pouvoir politique : un risque d’instrumentalisation
Pour le Professeur Grison-Trésor Kakumbi, la relation actuelle entre pouvoir coutumier et pouvoir politique s’apparente à un jeu du pouvoir. Mais ce jeu comporte des enjeux et des dangers.
Dans la pratique politique contemporaine, il observe une instrumentalisation des chefs coutumiers qui sont sollicités pour soutenir des candidats ou des projets politiques en échange de ressources, et ils risquent de perdre leur autonomie et leur vocation première, celle de préserver l’unité et la cohésion sociale.
Un questionnement éthique et philosophique
L’universitaire invite à s’interroger sur la légitimité actuelle des chefs coutumiers : certains seraient désignés pour des raisons politiciennes, au détriment des traditions ancestrales.
Il convoque également la pensée philosophique de Jean-Jacques Rousseau et Thomas Hobbes pour rappeler que tout pouvoir, coutumier ou politique, doit être orienté vers l’intérêt supérieur de la communauté.
Vers un jeu du pouvoir orienté vers le bien commun
Le Professeur Grison-Trésor Kakumbi conclut son intervention en soulignant que le jeu du pouvoir est inévitable. Mais il doit être encadré pour éviter qu’il ne devienne un danger pour la cohésion sociale.
Selon lui, le pouvoir coutumier et le pouvoir politique doivent conjuguer leurs forces dans le respect des valeurs traditionnelles, afin de servir l’unité, le développement et la stabilité de la RDC.
Lydia Mangala


