Le Réseau des Femmes Leaders Africaines, section RDC (AWLN-RDC), a organisé, mardi 23 décembre 2025 à Kinshasa, un atelier consacré à la cohésion sociale et à la paix, réunissant femmes leaders, jeunes filles et acteurs engagés dans la prévention des conflits. La rencontre a été officiellement lancée par Mme Marie-Louise Mwange, présidente de l’AWLN-RDC, qui a réaffirmé la nécessité de renforcer l’engagement des femmes et des jeunes dans les processus de paix en République démocratique du Congo.
Parmi les interventions majeures de cet atelier, celle de Mme Anny T. Modi, Directrice exécutive de l’ONG Afia Mama, experte en Genre et Développement et co-lead du pilier Femmes, Paix et Sécurité au sein de l’AWLN-Global, a particulièrement marqué les échanges. Son exposé a mis en lumière un axe souvent négligé des processus de paix : la mémoire historique et sa transmission par les femmes.
La mémoire, un enjeu politique et social
Dans son intervention, Anny Modi a souligné que la mémoire n’est pas neutre.
« La mémoire est un enjeu politique et social majeur qui façonne les récits, les reconnaissances et les rapports de pouvoir », a-t-elle expliqué. Selon elle, l’effacement des expériences vécues par les femmes dans les conflits alimente la répétition des violences et fragilise toute perspective de paix durable.
Elle a insisté sur le fait qu’une paix véritable ne peut se construire sans une mémoire inclusive, reconnue et transmise, condition essentielle de justice, de réparation et de non-répétition.
« Sans la mémoire des femmes, l’histoire est incomplète et la paix reste fragile », a-t-elle martelé.
Les femmes, premières actrices de résilience
Anny Modi a rappelé que, dans les contextes de crise, les femmes sont souvent en première ligne : elles protègent les familles, maintiennent les liens sociaux, négocient la coexistence au quotidien et portent des initiatives locales de paix, formelles ou informelles. Pourtant, leur rôle demeure largement invisibilisé dans les récits officiels.
Cette invisibilisation, a-t-elle prévenu, contribue non seulement à l’effacement des violences subies, mais aussi à l’oubli des stratégies de survie et de résistance développées par les femmes au sein des communautés. Or, leur reconnaissance permet de restaurer la dignité des survivantes et de transmettre des valeurs de justice et de paix aux générations futures.
La transmission comme acte de résistance
Pour la Directrice exécutive d’Afia Mama, la transmission intergénérationnelle constitue un pilier essentiel de la résilience sociale. À travers l’éducation informelle, les récits, les pratiques culturelles et l’accompagnement communautaire, les femmes assurent la continuité sociale, même lorsque les institutions sont fragilisées ou absentes.
« En contexte de conflit ou de déplacement, transmettre devient un acte de résistance », a-t-elle affirmé, soulignant que les femmes maintiennent vivantes les valeurs de dignité, de solidarité, de non-violence et de justice, empêchant ainsi l’effondrement moral et social des communautés.
Mémoire, justice et guérison collective
Anny Modi a également insisté sur le lien indissociable entre mémoire, justice et paix. La reconnaissance des souffrances passées, à travers le témoignage et l’écoute, constitue selon elle un levier fondamental de guérison individuelle et collective.
« La parole des femmes, lorsqu’elle est protégée et valorisée, devient un outil puissant de reconstruction du lien social et de prévention des cycles de violence », a-t-elle déclaré.
Elle a plaidé pour l’institutionnalisation de la mémoire des femmes dans les politiques publiques, les systèmes éducatifs et judiciaires, en cohérence avec la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité.
De la mémoire à l’action

L’experte a enfin appelé à soutenir les organisations féministes dans la documentation, l’archivage et la conservation des récits des femmes.
« Ce qui est documenté ne peut être nié ; ce qui est conservé devient un levier de justice, de transmission et de paix », a-t-elle souligné, invitant à développer des archives féministes éthiques, sécurisées et durables.
En somme, Anny Modi a rappelé que la paix ne se construit pas uniquement à travers des accords formels, mais aussi par la reconnaissance de l’histoire vécue et la transmission des leçons du passé.
« Investir dans la mémoire des femmes, c’est investir dans une paix durable », a-t-elle conclu.
Soulignons que AWLN-RDC réaffirme ainsi son engagement à faire du leadership féminin, de l’inclusion des jeunes filles et de la cohésion sociale des leviers essentiels pour la prévention des conflits et la consolidation de la paix en République démocratique du Congo.
Joséphine Mawete


