La Société textile de Kisangani (Sotexki), fleuron industriel congolais inauguré en 1975, attend toujours le solde de l’appui financier promis par le gouvernement pour sa relance. Sur les 17,5 millions de dollars prévus, seuls 7,6 millions ont été décaissés, freinant la reprise d’une production estimée à 300 000 mètres de tissu par an.
Une entreprise au passé prestigieux mais frappée par la vétusté
La Sotexki fut, pendant plusieurs décennies, l’une des plus grandes usines textiles d’Afrique centrale.
Symbole de la souveraineté industrielle de la RDC, elle approvisionnait non seulement le marché national, mais aussi la sous-région.
Mais à partir de 2020, l’entreprise a sombré, ses équipements vieillissants ne permettant plus de soutenir une production rentable.
Un plan gouvernemental de 17,5 millions de dollars
En 2022, conscient de l’importance stratégique de la Sotexki pour l’économie locale et nationale, le gouvernement a annoncé un plan de relance financé à hauteur de 17,5 millions USD, à verser en trois tranches.
Six mois plus tard, la première tranche, 7 669 461 USD, a été débloquée en trois étapes (7 août, 25 septembre et 21 décembre 2023).
Ces fonds ont permis :
– L’achat de nouveaux équipements industriels : chaudières, compresseur, merceriseuse (3 millions USD), machine à imprimer Montex, cuisine de finition, machine à rame, tableaux de commande, visiteuses, tissus à écrits, picanos et métiers à tisser.
– Le paiement de huit mois de salaire aux 350 agents actifs, sur un total de 35 mois d’arriérés.
Des soupçons de mauvaise gestion et un audit gouvernemental
Un audit diligenté par le gouvernement et validé en conseil des ministres a relevé des zones d’ombre dans l’utilisation de la première tranche, alimentant des soupçons de détournement, bien que non prouvés.
Ce climat de méfiance freine aujourd’hui le décaissement du solde de 10 millions USD, pourtant crucial pour achever la modernisation et redémarrer la production.
Des obstacles logistiques aggravant les retards
En plus des blocages financiers, un lot important de machines récemment achetées est immobilisé à Matadi et à Kinshasa pour des raisons douanières.
Cette situation empêche l’installation complète des lignes de production et retarde encore la réouverture effective de l’usine.
Un enjeu économique majeur pour la Tshopo et les provinces voisines
La relance de la Sotexki dépasse le seul cadre industriel, elle représente une bouffée d’oxygène économique pour plus de 35 000 paysans producteurs de coton des provinces de l’Ituri et du Bas-Uélé, qui dépendent directement de cette filière.
La remise en marche de l’usine créerait également des milliers d’emplois directs et indirects et renforcerait la souveraineté industrielle de la RDC face aux importations massives de textile.
Lydia Mangala


