Le parcours de Rachel Pulcheria Mihigo est celui d’une femme forgée par les épreuves mais guidée par une volonté constante de se relever et d’agir pour les autres. Originaire de Goma, dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, cette entrepreneure congolaise et philanthrope a traversé des expériences qui auraient pu briser bien des destins : la guerre, le déplacement, les pertes familiales et les violences subies très jeune.
Unique fille de son père et entourée de neuf frères, elle a grandi dans un environnement qui lui a très tôt appris la responsabilité, la résilience et la force. La guerre qui frappe l’Est du pays l’a contrainte à quitter sa ville natale pour s’installer à Kinshasa, où elle reconstruit aujourd’hui sa vie et ses projets après plusieurs années d’absence.
Entre entrepreneuriat, engagement social et actions environnementales, Rachel Mihigo poursuit aujourd’hui la mission de transformer les épreuves en actions concrètes pour aider les autres à se relever. Cofondatrice de l’entreprise Tosha & Transform (TOSATRA) et engagée dans l’accompagnement des femmes victimes de violences et des personnes vulnérables, elle partage avec Zolanews son parcours, ses combats et sa vision pour l’avenir.
Rédaction : Madame Mihigo, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler brièvement de votre parcours et de vos origines à Goma ?
Rachel Mihigo : Je suis Madame Rachel Mihigo. Je suis une entrepreneure congolaise et philanthrope. Je suis originaire du Kivu, précisément de Goma. Je suis une sœur, une mère, une maman de plusieurs, et je suis engagée dans les questions sociales et environnementales dans la ville.
Rédaction : Votre vie a été marquée par plusieurs épreuves, notamment la guerre dans l’Est de la RDC et le déplacement vers Kinshasa. Comment ces expériences ont-elles façonné la femme que vous êtes aujourd’hui ?
Rachel Mihigo : Comment parler de la guerre à l’Est sans avoir mal au cœur ? Comment parler de tout ce qui se passe à l’Est sans pleurer ou sans être triste ? La guerre à l’Est m’a beaucoup affectée, pas positivement mais négativement, comme elle a affecté beaucoup d’autres personnes. Mais cette douleur ne m’a pas seulement détruite. Le déplacement de Goma vers Kinshasa m’a aussi donné beaucoup de force. Aujourd’hui, cela a fait de moi la femme résiliente que je suis devenue. J’ai décidé d’utiliser la douleur causée par cette guerre et de la transformer en force pour devenir la femme que je suis aujourd’hui.
Rédaction : Vous avez également traversé des drames personnels et des violences très jeune. Comment avez-vous réussi à transformer ces douleurs en force et en engagement pour les autres ?
Rachel Mihigo : Je ne souhaiterais jamais être définie par ce qui m’est arrivé dans le passé. Ce qui m’est arrivé m’a certes détruite quand cela s’est produit, mais j’ai jugé bon de ne pas rester à terre. Je ne me suis pas laissée abattre à cause de ce qui s’est passé dans mon passé. J’ai utilisé toutes ces douleurs et je les ai transformées en force. Je ne serai jamais définie par ce qui m’est arrivé, mais par ce que je suis devenue après tout cela. Peu importe les douleurs ou les difficultés par lesquelles je suis passée, aujourd’hui je suis devenue la femme que je suis, et celle que j’envisage de devenir demain : une femme forte, courageuse, déterminée, résiliente et avec un grand cœur.
Rédaction : Avant votre arrivée à Kinshasa, vous aviez créé une boulangerie à Goma qui a dû fermer à cause de la guerre. Quelles leçons avez-vous tirées de cette expérience entrepreneuriale ?
Rachel Mihigo : En tant qu’entrepreneure, je dirais que cela n’a pas été facile. Je suis tombée de haut vers le sol. Et on ne peut pas tomber sans avoir mal. Quand on tombe de cette manière, on a très mal et parfois on n’a plus envie de se relever. Mais quand on pense aux personnes qui comptent sur nous, aux responsabilités que nous avons et aux ambitions que nous portons, on ne peut pas rester à terre. J’ai beaucoup souffert. La guerre m’a énormément affectée, parce que recommencer à zéro n’est jamais facile. Nous avions construit une entreprise qui fonctionnait, avec des employés, des pères de famille qui nourrissaient leurs familles grâce à cette boulangerie. Mais à cause de la guerre, il y a eu des pillages, des pertes et l’entreprise a dû fermer. Aujourd’hui, nous nous retrouvons à Kinshasa obligés de tout recommencer et de nous reconstruire à partir de zéro.
Rédaction : Aujourd’hui, vous êtes cofondatrice de l’entreprise Tosha & Transform. Quelle est la vision derrière ce projet ?
Rachel Mihigo :
Aujourd’hui, avec TOSATRA, Tosha & Transform, nous voulons transformer la ville de Kinshasa, et pourquoi pas toute la RDC, voire toute l’Afrique. C’est une compagnie de collecte, d’évacuation et de transformation des déchets. Pour le moment, nous nous concentrons surtout sur la collecte et l’évacuation. Plus tard, nous voulons aussi transformer les déchets, notamment pour produire de l’énergie ou du compost. Kinshasa est souvent considérée comme une ville sale, et cela me faisait mal en tant que Congolaise de voir ma ville dans cet état. C’est pour cela que TOSATRA est là : pour apporter une solution aux problèmes de gestion des déchets et sensibiliser la population. La propreté de la ville n’est pas seulement la responsabilité de l’État ou des autorités. Nous, citoyens, avons aussi une grande responsabilité.
Rédaction : Vous dirigez également une fondation qui accompagne les femmes victimes de violences et les personnes vulnérables. Quelles sont ses principales actions ?
Rachel Mihigo : La fondation travaille principalement sur trois axes : la lutte contre les violences faites aux femmes, l’encadrement des enfants démunis et l’autonomisation des personnes vivant avec un handicap. Nous menons plusieurs actions dans ces domaines et nous travaillons également avec des déplacés de guerre à Goma. Notre vision est de créer un centre d’accueil pour les personnes vulnérables, afin de leur offrir un espace d’espoir et un lieu où elles pourront se reconstruire avec leurs familles.
Rédaction : Dans votre parcours, vous avez aussi été mannequin et participante à plusieurs concours de beauté. Comment cette expérience vous a-t-elle aidée ?
Rachel Mihigo : C’était il y a longtemps, mais cette expérience m’a beaucoup forgée. Le mannequinat m’a appris la confiance en moi, la patience et le courage. Défiler devant beaucoup de personnes et des personnalités demande énormément d’assurance. Ces expériences m’ont aussi permis de rencontrer beaucoup de personnes et de femmes inspirantes. Ce sont des souvenirs et des aventures qui ont contribué à construire la femme que je suis aujourd’hui.
Rédaction : En tant qu’entrepreneure et mère, comment parvenez-vous à concilier vos responsabilités ?
Rachel Mihigo : Quand on dit que la femme est un pouvoir, c’est vrai. Je suis mère, et je suis aussi maman de plusieurs enfants, pas seulement biologiques. Beaucoup d’enfants m’appellent maman. Ce n’est pas facile, mais avec de la volonté et de l’organisation, on arrive à gérer toutes ces responsabilités sans se plaindre.
Rédaction : Selon vous, quel rôle les femmes congolaises peuvent-elles jouer dans la reconstruction du pays ?

Rachel Mihigo : Les femmes ont une grande responsabilité dans notre société, et elles le prouvent chaque jour. On retrouve des femmes à tous les niveaux : de la femme qui vend la braise à la femme directrice d’entreprise, en passant par les femmes députées, ministres et même une femme Première ministre aujourd’hui. Comme on dit souvent, éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation. Une femme éduquée peut influencer positivement toute une communauté.
Rédaction : Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes et aux jeunes qui traversent des épreuves ?
Rachel Mihigo : N’abandonnez pas. Ne vous découragez pas. La force est en vous. Peu importe les situations difficiles que vous traversez, ayez du courage. Relevez-vous. Peu importe le nombre de fois que vous tombez, relevez-vous encore et encore jusqu’à atteindre le résultat que vous souhaitez. Vous n’êtes pas seuls. Autour de nous, il y a toujours quelqu’un qui peut nous tendre la main. Il suffit parfois d’avoir le courage de demander.
Lydia Mangala


