C’est une vidéo de deux minutes et trente secondes, sobre et solennelle, qui vient mettre un point final au plus long feuilleton du football marocain de ces dernières années. Sur son compte Instagram, Walid Regragui a officialisé ce que tout le monde pressentait, mais que la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) s’évertuait à cacher. Son départ du banc des Lions de l’Atlas.
Quatre mots en légende. « Vive le Maroc, Dieu, Patrie, Roi », et un « Merci » qui sonne comme un soulagement pour un homme qui aura porté les espoirs de tout un peuple jusqu’au sommet du monde. Si l’officialisation est tombée ce mercredi 05 mars 2026, la rupture était consommée depuis bien longtemps. Début février, le technicien de 50 ans avait déposé sa démission, quelques jours seulement après la défaite cruelle en finale de la CAN face au Sénégal.
Pourtant, la FRMF a choisi la voie du silence obstiné, démentant catégoriquement l’information à trois reprises. Une stratégie de communication rappelant étrangement les départs de Vahid Halilhodžić en 2022 ou de Hervé Renard en 2019. Pendant que les communiqués officiels parlaient de « stabilité », Walid Regragui, lui, atterrissait discrètement au Maroc pour parapher les documents de sa résiliation. Pourquoi ce silence ? En fait, la fédération cherchait activement son successeur dans l’ombre avant d’acter publiquement le divorce.
De haut de ces trois ans et demi passés à la tête du staff technique des Lions de l’Atlas du Maroc, Walid Regragui part avec l’étiquette de l’homme qui a brisé le plafond de verre africain lors de l’épopée fantastique de 2022, hissant le Maroc en demi-finale de Coupe du Monde. Mais le football est un sport de cycles, et le sien a fini par s’essouffler. Entre une CAN 2023 décevante en Côte d’Ivoire et une finale de CAN 2025 à domicile au scénario hitchcockien marquée par la panenka manquée de Brahim Diaz à la dernière seconde, l’usure physique et mentale était devenue trop forte.
Malgré cette fin de mandat en demi-teinte, l’héritage de Regragui est immense.Sans doute, il a le meilleur bilan statistique de l’histoire de la sélection marocaine et une identité retrouvée, replaçant le Maroc parmi les cadors du continent.
À l’heure où l’on écrit ces lignes, Walid Regragui laisse une équipe transfigurée, mais surtout un pays qui s’est remis à rêver en grand. Si la Fédération n’a pas encore officiellement communiqué suite à cette vidéo, la page est bel et bien tournée. La suite est déjà en train de s’écrire, mais le nom de Walid Regragui restera, quoi qu’il arrive, gravé dans le marbre du football national.
Josaphat Mayi


