Quatre mois après la signature de l’accord de paix de Washington, censé marquer un tournant historique dans les relations entre Kinshasa et Kigali, la situation dans l’est de la République démocratique du Congo demeure particulièrement volatile et instable. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique et publié ce vendredi 3 avril 2026, le président rwandais Paul Kagame réaffirme avec fermeté sa position, rejette catégoriquement les accusations portées contre son pays et renvoie la responsabilité du conflit aux autorités congolaises ainsi qu’à certains acteurs régionaux et internationaux.
L’accord signé le 4 décembre 2025 à Washington, sous la médiation des États-Unis, avait été présenté comme une avancée diplomatique majeure devant permettre de rétablir la confiance et de renforcer la coopération entre la RDC et le Rwanda. Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre : les affrontements entre les Forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse de bénéficier du soutien de Kigali, se poursuivent sans relâche et continuent d’aggraver la crise humanitaire et sécuritaire dans la région.
Dans ce contexte tendu, Paul Kagame rejette toute implication de son pays dans l’instabilité persistante. Il soutient avec insistance que le narratif dominant autour du rôle du Rwanda ne reflète pas, selon lui, la complexité réelle de la situation.
« Le conflit dans l’est de la RDC n’est pas du fait du Rwanda », a-t-il affirmé, en rejetant les accusations portées contre Kigali.
Le chef de l’État rwandais estime par ailleurs que l’analyse du conflit ne peut être complète sans prendre en compte la présence et les activités des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qu’il considère comme une menace directe et durable pour la sécurité de son pays. Selon lui, ces groupes armés continuent d’opérer depuis le territoire congolais, ce qui contribue à entretenir les tensions régionales.
« Les FDLR constituent pour le Rwanda un danger dans la mesure où ils opèrent à partir d’un pays frontalier, la RDC », a-t-il expliqué, en insistant sur la dimension sécuritaire de cette problématique.
Abordant les sanctions américaines imposées en mars 2026 contre certains responsables militaires rwandais, Paul Kagame adopte un ton ferme et critique. Il estime que ces mesures traduisent une approche injuste et déséquilibrée de la part de Washington, qui selon lui, ne tient pas suffisamment compte de la position de Kigali.
« Les sanctions et les menaces de ce genre ne sont que des insultes jetées à la face de mon pays », a-t-il dénoncé, en rejetant avec vigueur la légitimité de ces décisions.
Sur la question sensible des accusations de soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23, le président rwandais maintient une ligne constante et défensive. Il justifie les actions de son pays par des impératifs de sécurité nationale, qu’il présente comme une réponse à des menaces directes et immédiates.
« Si je défends ma frontière et qu’il faut pour cela traiter la menace à 5, 10 ou 20 kilomètres au-delà, cela reste une mesure défensive », a-t-il soutenu, en défendant une logique de sécurité préventive.
Concernant la situation dans les zones actuellement contrôlées par le M23, notamment à Goma et Bukavu, Paul Kagame affirme percevoir une amélioration de l’ordre sécuritaire, tout en reconnaissant indirectement la sensibilité du sujet sur le plan international. Il considère que les conditions de sécurité se sont relativement stabilisées par rapport aux périodes précédentes.
« La réalité est que la situation est meilleure à Goma et à Bukavu qu’auparavant », a-t-il estimé.
Dans la même logique, il affirme également que la frontière entre le Rwanda et la RDC est désormais entièrement sécurisée, une déclaration qu’il présente comme un indicateur de stabilité régionale retrouvée.
« Incontestablement… la totalité de notre frontière avec la RDC est désormais sécurisée », a-t-il déclaré, en mettant en avant les efforts sécuritaires de son pays.
Interrogé sur la possibilité d’une normalisation des relations avec le président Félix Tshisekedi, Paul Kagame se montre réservé et prudent, estimant que l’évolution de la situation dépend de nombreux facteurs politiques et diplomatiques encore incertains. Il laisse entendre qu’aucune perspective claire ne se dessine à court terme.
« Peut-être que oui, peut-être que non. Je suis à l’aise dans ce statu quo », a-t-il indiqué, en exprimant une forme de résignation stratégique.
Il rejette par ailleurs toute implication dans les dynamiques politiques internes de la RDC, estimant que les débats relatifs aux acteurs politiques congolais ne concernent pas directement son pays.
Au-delà des questions sécuritaires régionales, Paul Kagame défend également la présence militaire rwandaise dans certaines missions internationales, notamment au Mozambique. Il souligne cependant que la continuité de ces engagements dépendra des conditions de financement et de soutien international.
« Si personne ne prend en charge les dépenses liées à la durabilité de cette mission, nous sommes prêts à rapatrier nos troupes », a-t-il prévenu, en conditionnant la poursuite de ces opérations.
Dans cet entretien à forte portée politique, Paul Kagame maintient une posture inflexible, articulée autour du rejet des accusations, de la justification des actions sécuritaires du Rwanda et de la critique des médiations internationales. Malgré les pressions diplomatiques et les sanctions, il affiche une continuité dans sa ligne politique, qu’il assume pleinement.
« Une réputation, cela ne se base pas sur des notions biaisées, mais sur la réalité », a-t-il conclu, en appelant à une lecture, selon lui, plus objective de la situation.
Cette déclaration résume l’esprit de l’interview : celui d’un chef d’État qui assume ses choix stratégiques et refuse toute remise en cause de sa doctrine sécuritaire, malgré les critiques croissantes de la communauté internationale.
La rédaction


