La rédaction de ZolaNews.net est allée à la rencontre d’une jeune artiste congolaise dont la sensibilité et la profondeur émotionnelle transcendent les disciplines : Denise Kashala Elangia, connue sous le nom de Nise K.
Peintre, slameuse et violoniste, cette âme créative incarne une génération d’artistes pluriels, capables de transformer la douleur en lumière et les émotions en langage universel.
Dans cet entretien exclusif, Nise K se confie sur son parcours, son univers artistique et sa vision d’une féminité forte, authentique et résiliente.
Rédaction : Pouvez-vous nous parler de votre parcours, qui est Denise Kashala Elangia alias Nise K ?
- Nise K : Je suis Denise Kashala Elangia, mais dans le monde artistique on me connaît sous le nom de Nise K. Je suis artiste peintre, slameuse et violoniste. J’ai obtenu mon diplôme d’État à l’Institut des Beaux-Arts en 2023, et je poursuis aujourd’hui mes études en Management des Entreprises Culturelles et Créatives à l’Institut National des Arts. Mon parcours est né d’un besoin profond d’expression depuis l’enfance. J’ai toujours ressenti le besoin de traduire mes émotions autrement que par des mots simples. L’art est devenu ce refuge, ce langage qui me permet d’exister pleinement et de m’évader.
Rédaction : Qu’est-ce qui vous a conduit vers l’art, et particulièrement vers la peinture et le slam ?
- Nise K : C’est la sensibilité qui m’a conduite vers l’art. La peinture me permet de dire ce que je ne trouve pas dans les mots, et le slam vient poser une voix dans ce que je pense en silence. Les deux se complètent : la peinture parle avec des couleurs, le slam avec des mots. Ce mélange est né naturellement, comme si mes émotions cherchaient plusieurs chemins pour se faire entendre.
Rédaction : Comment définiriez-vous votre univers artistique en quelques mots ?
- Nise K : Je dirais que mon univers est introspectif, féminin et sensible. Il explore la douleur, la lumière, la résilience et la beauté cachée dans les faiblesses.
Je peins et je slame pour rendre visible l’invisible, pour donner voix à ce qui, souvent, reste-tu.
Rédaction : Pourquoi avoir choisi le nom d’artiste Nise K ? Y a-t-il une signification particulière derrière ce pseudonyme ?
- Nise K : Nise K vient simplement de mon prénom Denise et de mon nom Kashala.
Rédaction : Comment conciliez-vous vos différentes disciplines entre autres peinture, slam, violon, dans votre démarche créative ?
- Nise K : Pour moi, tout vient du même endroit : l’émotion.
Parfois, une mélodie au violon m’inspire un texte, parfois un texte m’amène à peindre.Ce sont des langages différents mais reliés par la même énergie intérieure. Je ne cherche pas à les séparer, je les laisse dialoguer entre eux, comme s’ils formaient une seule voix : celle de Nise K.
L’art comme langage des émotions
Rédaction : Vos œuvres explorent des thèmes comme la féminité, la douleur intérieure et la résilience. D’où vient cette sensibilité dans votre art ?
- Nise K : Ma sensibilité vient d’une histoire personnelle, de blessures que j’ai apprises à transformer en force. J’ai grandi avec une absence, celle de mon père, et beaucoup d’émotions silencieuses. Très tôt, j’ai compris que certaines douleurs ne disparaissent pas, mais qu’on peut les transformer. Alors je les peins, je les écris, je les slame. Ma féminité, ma douleur, ma lumière, tout se mélange dans mon art. C’est ma manière de guérir et de témoigner à la fois.
Rédaction : Vous dites vouloir « écrire et peindre les non-dits ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous concrètement ?
Nise K : « Peindre et écrire les non-dits », c’est donner voix à ce que les mots n’osent pas dire.
Il y a des émotions qu’on garde en soi par pudeur ou par peur de ne pas être comprise. Moi, je choisis de leur donner une forme, une couleur, ainsi qu’une voix. Chaque toile et chaque slam deviennent un espace de vérité où les émotions refoulées peuvent enfin respirer.
Rédaction : Comment parvenez-vous à transformer la douleur ou la fragilité en beauté visuelle et poétique ?
- Nise K : Je crois que la beauté naît de la sincérité. Quand je peins ou que j’écris, je ne cherche pas à être parfaite, mais juste authentique. Je laisse mon côté fragile s’exprimer, et c’est souvent lui qui crée la beauté.
Rédaction : Quelle place occupe la santé mentale dans votre création artistique ?
- Nise K : Eh oui, une grande place.
L’art est pour moi un moyen de libérer ce qu’on garde à l’intérieur.
Je peins beaucoup sur la solitude, le manque, le poids des émotions, l’ennui… parce que ce sont des réalités humaines qu’on cache souvent. Parler de santé mentale à travers l’art, c’est briser le silence et dire : « Tu n’es pas seul(e), il y a de la beauté même dans les failles. »
Rédaction : Est-ce que l’art a pour vous une fonction thérapeutique, autant pour vous-même que pour ceux qui vous découvrent ?
Nise K : Oui, totalement.
Quand je peins ou que je slame, je me soigne d’une certaine manière. Et quand les gens me disent qu’ils se reconnaissent dans mes œuvres, je me rends compte que la guérison se partage. L’art devient alors un pont entre les cœurs blessés, un espace où la douleur se transforme en beauté partagée.
Processus créatif et inspiration
Rédaction : Pouvez-vous décrire votre processus de création ? D’où partez-vous pour créer une œuvre : d’une émotion, d’un texte, d’une image ?
- Nise K : Mon processus de création commence toujours par une émotion. Ça peut être une douleur, une idée, une image, un souvenir ou même une conversation qui me touche. Ensuite, je la laisse m’habiter un moment, jusqu’à ce qu’elle cherche à sortir, parfois en couleur, parfois en mots. Quand je peins, je ne fais pas que représenter une image : j’essaie de traduire une sensation. Et quand j’écris, je peins avec les mots.
Tout part d’un ressenti sincère qui devient visible à travers la toile ou le slam.
Rédaction : Quelles sont vos principales sources d’inspiration : des personnes, des expériences, des lieux ?
- Nise K : Mes inspirations viennent surtout de la vie elle-même, de ce qu’elle a de beau et de douloureux. Les femmes que je rencontre, les émotions que je traverse, les histoires que je porte ou que j’observe autour de moi.
Kinshasa aussi m’inspire beaucoup : c’est une ville pleine de contrastes, bruyante mais vivante, dure mais lumineuse.
Tout ce mélange nourrit mon regard d’artiste.
Rédaction : Quels matériaux, techniques ou couleurs préférez-vous utiliser dans vos peintures, et pourquoi ?
- Nise K : J’aime travailler sur fond sombre, souvent noir, parce que le noir représente pour moi la profondeur, le silence, mais aussi l’espace où la lumière se révèle. J’utilise souvent des touches dorées ou lumineuses pour symboliser l’espoir et la renaissance. Dans mes techniques, j’aime mélanger le pinceau et le doigt, comme si le contact direct me reliait davantage à l’émotion que je peins. J’expérimente aussi avec la texture pour donner du relief à mes sentiments.
Rédaction : Comment se rencontrent le slam et la peinture dans votre travail ? Est-ce que vous les voyez comme deux langages complémentaires ?
Nise K : Oui, complètement. Le slam et la peinture sont pour moi deux manières différentes de dire la même chose. La peinture parle au regard, le slam parle à l’âme.
Parfois, une toile inspire un texte, parfois un texte me pousse à peindre. Les deux s’entrelacent, comme si mes mots cherchaient une couleur et mes couleurs, une voix.
Rédaction : En quoi votre formation à l’Institut des Beaux-Arts a-t-elle façonné votre regard d’artiste ?
Nise K : L’Institut m’a donné la rigueur du geste, mais surtout la liberté du regard. J’y ai appris à observer, à comprendre la composition, la lumière, la matière… mais aussi à écouter mes émotions et à leur faire confiance. Elle m’a permis de donner une structure à ce que je ressentais déjà profondément. C’est là que j’ai compris que l’art n’est pas seulement une technique, c’est une manière de voir et de ressentir le monde.
Vision de la féminité et du monde
Rédaction : Vous abordez souvent la féminité et la résilience. Comment définissez-vous la force féminine à travers votre art ?
- Nise K : Pour moi, la force féminine ne se mesure pas à la dureté, mais à la capacité d’aimer, de tomber et de se relever. Dans mon art, la femme est à la fois lumière et blessure, douceur et puissance.
Je cherche à montrer qu’on peut être sensible sans être faible, qu’on peut être forte sans être froide. La vraie force, c’est d’oser se montrer telle qu’on est, même quand on tremble.
Rédaction : Selon vous, quelle est la place de la femme artiste aujourd’hui en RDC ?
- Nise K : La femme artiste en RDC prend de plus en plus de place, mais le chemin reste encore long. On sent une évolution, une voix féminine qui s’affirme dans différents domaines, mais il y a encore beaucoup de stéréotypes à briser. Être femme et artiste ici, c’est un acte de courage : il faut s’imposer sans se perdre, rester soi tout en avançant dans un milieu encore très masculin. Mais c’est justement cette lutte qui rend notre expression plus vraie et plus puissante.
Rédaction : Quels messages souhaitez-vous transmettre aux jeunes filles qui aspirent à s’exprimer à travers l’art ?
Nise K : Je leur dirais : osez. N’attendez pas que le monde vous donne la permission d’exister. L’art n’a pas besoin d’autorisation, seulement d’authenticité. Croyez en vos émotions, en vos rêves, en votre voix. Même si personne ne comprend tout de suite, continuez. Parce que votre lumière finira toujours par trouver son chemin.
Rédaction : Pensez-vous que l’art peut contribuer à changer le regard de la société sur la santé mentale ou la condition féminine ?
Nise K : Oui, je le crois profondément. L’art a cette force douce de faire réfléchir sans imposer. Il peut ouvrir des conversations que les mots ordinaires n’osent pas.
Quand on voit une œuvre ou qu’on écoute un texte, on ne se sent plus seul, on se reconnaît, on comprend, on s’apaise. L’art peut changer les mentalités, lentement mais sûrement, en touchant ce que les discours ne peuvent pas atteindre : le cœur.
Projets et aspirations
Rédaction : Pouvez-vous nous parler de vos expositions précédentes ou ateliers récents ? Quel a été le projet qui vous a le plus marquée ?
Nise K : Effectivement, ma dernière exposition remonte au Salon d’Exposition, une très belle expérience au cours de laquelle j’ai présenté cinq œuvres autour des thèmes de la résilience et de la lumière dans l’ombre. Parmi elles, l’œuvre qui m’a le plus marquée est « À travers le temps », une création profondément personnelle où j’explore le passage du temps et la force intérieure face aux épreuves.
Rédaction : Vous étudiez actuellement en Management des Entreprises Culturelles et Créatives à l’Institut National des Arts. Comment cette formation influence-t-elle votre parcours d’artiste ?
- Nise K : Cette formation m’aide à mieux comprendre le côté professionnel de l’art : la gestion, la communication, la valorisation des œuvres. En tant qu’artiste, c’est important de savoir non seulement créer, mais aussi structurer son activité. Elle m’apprend à faire le pont entre la sensibilité et la stratégie, à faire vivre mon art dans un cadre durable et organisé.
Rédaction : Quels sont vos rêves ou projets artistiques à long terme ?
- Nise K : En ce moment, je travaille sur le développement de mon univers artistique et de mon image de marque. Je prépare quelques projets d’exposition pour 2026, tout en continuant à explorer la fusion entre le slam et les arts visuels. Je cherche à affiner mon style et à créer des performances qui me ressemblent, sans trop en dévoiler pour l’instant.
Rédaction : Si vous deviez résumer votre message d’artiste en une seule phrase, laquelle serait-ce ?
- Nise K : À travers mes couleurs et mes mots, je transforme mes émotions en chef-d’œuvre.
Rédaction : Que souhaitez-vous que le public ressente en découvrant vos œuvres signées Nise K ?
- Nise K: J’aimerais que le public ressente la vibration du vrai. Qu’il se dise : « Elle a peint ce que je ressens, elle a dit ce que je n’osais pas dire. » Si mes œuvres peuvent réveiller une émotion, une réflexion ou un apaisement chez quelqu’un, alors j’aurai accompli ma mission.
Parce que l’art, pour moi, ce n’est pas seulement montrer, c’est toucher.
Lydia Mangala


