Lundi 8 septembre 2025, la voix de la République démocratique du Congo a retenti jusque dans la salle XVII Emirates Room du Palais des Nations, à Genève.
À l’ouverture de la conférence scientifique sur le Genocost, organisée en marge de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a livré un message vidéo empreint de gravité.
Un discours qui se voulait à la fois mise en accusation de l’oubli, interpellation des consciences et appel à bâtir une justice réparatrice.
« Depuis plus de trois décennies, nos populations payent tant de tribus humains insoutenables, familles décimées, villages rayés de la carte, femmes et enfants brisés par des crimes planifiés et systématiques », a déclaré le chef de l’État.
« Les crimes commis en RDC doivent être appelés par leur nom : ce sont des génocides », a-t-il affirmé sans aucune place pour l’ambiguïté.
Trois décennies d’horreurs documentées
Depuis 1993, l’Est de la RDC vit dans une spirale de violences où massacres, viols systématiques, déplacements massifs et exploitation illicite des ressources naturelles se conjuguent pour broyer des millions de vies.
Pour Kinshasa, ces atrocités ne relèvent pas seulement de la catégorie de tragédies humanitairesmais bien de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocides, largement documentés notamment par le rapport Mapping des Nations unies.
Le président Félix Tshisekedi a souligné la responsabilité de sa génération : rompre le cycle « déni – impunité – récidive » qui entretient ces violences depuis plus de trente ans.
Un plaidoyer en trois axes
Dans son intervention, le président congolais a structuré son appel autour de trois priorités notamment:
– Cartographier les crimes à caractère génocidaire commis en RDC depuis les années 1990 ;
– Qualifier juridiquement ces crimes en les inscrivant dans le cadre de la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948 ;
– Établir une architecture de justice transitionnelle, adaptée aux réalités congolaises, garantissant vérité, poursuites judiciaires et réparations pour les victimes.
« Reconnaître un génocide, c’est protéger l’avenir en refusant l’oubli et le relativisme », a martelé Félix Tshisekedi.
Un combat inclusif et universel
Anticipant les critiques liées aux sensibilités ethniques ou politiques, le chef de l’État a tenu à préciser :
« Ce combat n’est dirigé contre aucune communauté. Il est mené pour l’humanité », a-t-il souligné.
Il a salué le travail des survivants, des chercheurs et des associations de victimes, dont la persévérance dans la documentation et la préservation de la mémoire est la clé qui ouvre la porte de la reconnaissance et de la réparation.
Un appel aux Nations unies et à la communauté internationale
Le président a interpellé directement les acteurs présents à Genève :
– Aux États, il a demandé de soutenir la création d’un mécanisme international robuste pour établir la vérité, préserver les preuves et faciliter la coopération judiciaire.
– Aux organes de l’ONU et organisations régionales, il a recommandé de conjuguer leurs efforts pour protéger les civils, rendre justice et empêcher la répétition des crimes.
– Aux juridictions nationales et internationales, il a lancé un avertissement :
« Faites prévaloir la compétence et la complémentarité afin que nulle zone grise ne subsiste pour l’impunité. »
– Aux survivants et chercheurs, il a rendu hommage pour leur rôle essentiel dans la lutte contre l’oubli.
Nommer pour juger, juger pour reconstruire
En conclusion, Félix Tshisekedi a pris l’engagement de soutenir toutes les démarches sérieuses et crédibles allant dans le sens de la reconnaissance des génocides commis en RDC, de l’établissement des vérités et des responsabilités, et de la garantie des droits des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation.
« La paix ne se décrète pas, elle se bâtit sur la vérité et la justice, dans l’esprit de la réconciliation », a-t-il affirmé.
À Genève, le président congolais a rappelé au monde que les millions de morts de la RDC ne peuvent plus être réduits à de simples chiffres. Nommer les crimes, c’est déjà juger. Reconnaître les génocides, c’est refuser l’oubli et offrir une chance de paix à l’humanité tout entière.
Lydia Mangala


