Dans le cadre de la 11ᵉ édition de la Fête du Livre de Kinshasa, un atelier d’écriture riche en échanges et en émotions s’est tenu ce lundi 10 novembre 2025 à la salle atelier de l’Institut français de Kinshasa.
Animé par le dramaturge et nouvelliste congolais Israël Nzila, lauréat du Prix RFI Théâtre 2025, et modéré par Chrisnoben, cet atelier a été organisé par Etambaola Agency.
L’activité a rassemblé plusieurs jeunes passionnés de littérature, des simples curieux, des élèves et même des journalistes, venus apprendre, explorer et expérimenter les processus créatifs de l’écriture contemporaine congolaise.
Un laboratoire d’expérimentation littéraire
Dès l’ouverture de l’atelier, Israël Nzila a tenu à préciser la nature de la rencontre :
« Un atelier d’écriture, c’est avant tout un laboratoire de création, pas une formation. On ne vient pas pour apprendre à écrire, mais pour partager, expérimenter et déclencher des projets », a-t-il expliqué.
L’auteur de Ferme-là et Objection, votre honneur ! a invité les participants à s’impliquer activement dans l’expérience, en leur donnant dix minutes pour rédiger un texte libre. L’objectif était de stimuler la spontanéité et révéler les intuitions créatives de chacun.
« Si vous êtes ici, c’est que vous avez cet amour pour l’écriture, que vous avez peut-être déjà commencé à écrire ou que vous portez un projet. Mon rôle, c’est de partager ma manière de faire, mes matériaux, ce sur quoi je m’appuie pour construire un texte », a-t-il ajouté.
Écrire avec le corps : les cinq sens comme matière première
Le dramaturge a ensuite partagé ses techniques d’écriture, axées sur l’exploration sensorielle et l’expérience du corps.
« J’utilise les cinq sens, la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût, pour donner de la chair au texte. Mon corps est le premier instrument d’écriture », a-t-il confié.
Pour lui, la littérature n’est pas seulement une affaire d’idées, mais aussi une affaire de sensations :
« Le texte doit respirer, sentir, goûter, se toucher. C’est ce qui lui donne vie et vérité », a-t-il affirmé.

Dans un exercice pratique, il a invité les participants à écrire n’importe quel texte qui leur vient à l’idée et, dans un deuxième, à choisir un objet, à l’explorer par le toucher et à décrire les sensations ressenties.
Ces perceptions ont ensuite servi de base pour réécrire le premier texte, cette fois enrichi d’images sensorielles et de descriptions vivantes.
« L’objectif, c’est d’amener le corps dans le texte. Ce que l’on ressent devient les matériaux de l’écriture », a-t-il souligné.
Une réflexion sur la beauté du langage
Pour Israël Nzila, l’essence de la littérature réside dans la façon de dire plutôt que dans le contenu :
« Un texte littéraire, c’est un texte qui utilise la beauté de la langue pour dire ce qu’il a à dire. Ce qui compte, c’est la manière dont on trouve les mots, les phrases, les images », a-t-il défini.
À travers ces échanges, l’écrivain a encouragé les jeunes auteurs à dépasser les limites techniques pour plonger dans la dimension esthétique et sensorielle de l’écriture.
« J’aime explorer les choses. Cette exploration peut précéder ou accompagner l’écriture, mais elle est toujours au cœur du processus créatif », a-t-il affirmé.
Parcours d’un auteur congolais primé
Né à Kinshasa et licencié en Lettres et Civilisation française de l’Université de Lubumbashi, Israël Nzila M’Fumu est une figure montante de la scène littéraire congolaise.
Il a publié deux pièces de théâtre en 2023 aux éditions Calures : Ferme-là et Objection, votre honneur !, ainsi que plusieurs nouvelles et articles dans des revues culturelles africaines.
Son texte Silence a été finaliste du Prix RFI Théâtre 2024 avant de remporter le Prix Les Récréâtrales 2025 et enfin le Prix RFI Théâtre 2025, consacré pour son originalité et sa profondeur.
La Fête du Livre : un rendez-vous pour la pensée et la création
Organisée par EUNIC RDC (European Union National Institutes for Culture) et la Délégation de l’Union européenne en RDC, la 11ᵉ édition de la Fête du Livre se tient du 8 au 15 novembre 2025 à Kinshasa, et du 2 au 21 novembre à travers plusieurs provinces.
Placée sous le thème « Aujourd’hui et Demain », elle invite à réfléchir sur le rôle de la littérature dans la construction du présent et du futur du pays.
Cette manifestation culturelle devenue incontournable rassemble écrivains, éditeurs, lecteurs et institutions autour d’ateliers, débats, lectures et rencontres, pour célébrer la parole, le livre et la pensée critique congolaise.
En somme, l’atelier d’écriture animé par Israël Nzila à la Fête du Livre 2025 a permis à de jeunes plumes de s’immerger dans un univers où la littérature devient exploration du corps, des sens et du langage. Un moment d’éveil artistique et de transmission, fidèle à la mission de faire rayonner la création congolaise d’aujourd’hui et de demain.
Lydia Mangala


