Le 6 avril 1921, dans la quiétude de Nkamba (Kongo‑Central), un jeune catéchiste du nom de Simon Kimbangu déclarait avoir reçu une révélation de Jésus-Christ. Cent quarante‑quatre années et un siècle plus tard, sa voix résonne toujours à travers l’Église de Jésus‑Christ sur la Terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu (EJCSK).
Ce dimanche 06 avril 2025, la nation congolaise célèbre la Journée du combat de Simon Kimbangu et de la conscience africaine, faisant revivre le souvenir de cet homme dont le message de liberté a précédé les luttes politiques pour l’indépendance.
Aux origines d’un mouvement prophétique

Né le 12 septembre 1887 à Nkamba, Simon Kimbangu est formé par la Baptist Missionary Society dès 1915 pour devenir catéchiste.
Arrivé à Léopoldville en 1919 en quête d’emploi, il acquiert bientôt la réputation de guérisseur : après avoir ressuscité miraculeusement la jeune Nkiantondo, il guérit de nombreux malades par l’imposition des mains, attirant une foule croissante à Nkamba.
Répression coloniale et martyre
Alarmées par cet engouement, les autorités coloniales dépêchent le commissaire Léon Morel et une colonne de la Force publique pour arrêter Kimbangu le 06 juin 1921 ; ce dernier s’échappe, mais plusieurs de ses disciples sont tués ou emprisonnés.
En septembre, Kimbangu se rend spontanément, est jugé sommairement par un conseil de guerre et condamné à mort ; le roi Albert Ier commue toutefois sa peine en détention à perpétuité.
Transféré à la prison d’Élisabethville (Katanga), il y meurt le 12 octobre 1951, après trente années d’incarcération.
Fondation de l’Église kimbanguiste et essor mondial

En avril 1921, au cœur de son ministère de guérison, Kimbangu fonde un mouvement qui, malgré la répression, ne cesse de grandir.
Reconnu officiellement en 1959, l’EJCSK compte aujourd’hui plus de 20 millions de fidèles répartis sur les cinq continents, avec des communautés fortes en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord ; au moins 10 % de la population congolaise s’en réclame .
Un combat spirituel, prélude à la libération politique
Au-delà de la dimension religieuse, Kimbangu incarne une résistance non violente au joug colonial. Sa prédication de l’émancipation de l’homme noir a ouvert la voie à une prise de conscience collective, préfigurant les mouvements indépendantistes des années 1950 et 1960.
Des sociologues, comme Georges Balandier, y voient l’expression, sur le plan spirituel, d’une aspiration politique que les Congolais ne pouvaient encore revendiquer ouvertement.
De la promesse présidentielle à la reconnaissance nationale

Lors du centenaire de l’Église, le 06 avril 2021 à Nkamba, le président Félix Tshisekedi annonçait sa volonté de faire de cette date un jour férié et payé sur toute l’étendue du pays.
Cette promesse est concrétisée par l’ordonnance n° 23/042 du 30 mars 2023, qui inscrit officiellement le 06 avril comme Journée du combat de Simon Kimbangu et de la conscience africaine dans la liste des jours fériés légaux en RDC .
Cette année, pour les services publics, la fête a même été avancée au vendredi 4 avril 2025, selon le décret n° 24/09 du 17 février 2024 .
Célébrations contemporaines et mémoire vivante
Dans les grandes agglomérations comme Kinshasa, Kisangani, Mbuji‑Mayi, les fidèles convergent de tous les coins de la ville, tambours et bannières en tête, vers les centres d’accueil kimbanguistes pour un culte d’action de grâce.
À Kisangani, l’Église a choisi de renoncer au carnaval traditionnel, en signe de solidarité avec les populations de l’Est éprouvées par les conflits, et a organisé un grand culte d’ensemble ponctué de conférences et de chants liturgiques .
Héritage et défis du XXIᵉ siècle

Sous la houlette de Simon Kimbangu Kiangani, petit‑fils du fondateur et chef spirituel depuis 2001, l’EJCSK poursuit son engagement social : écoles, hôpitaux, programmes de lutte contre la pauvreté et la maladie, radio communautaire.
Face aux enjeux contemporains entre autres fragmentation politique, défis sanitaires, émigration de la jeunesse, l’écho du combat de Kimbangu invite à repenser l’émancipation de l’homme noir, non seulement dans le cadre national, mais aussi dans la construction d’une Afrique solidaire et autonome.
Cent quatre ans après l’apparition qui fit basculer sa vie, Simon Kimbangu reste une figure de l’espérance africaine.
La commémoration du 06 avril ne se réduit pas à un simple jour chômé : elle est le rappel annuel d’un idéal de liberté, de justice et de conscience collective.
À l’heure où la République démocratique du Congo poursuit son chemin vers la stabilité et le développement, l’héritage kimbanguiste demeure un phare, guidant les générations vers une émancipation toujours à conquérir.
Lydia Mangala


