Dans le cadre du lancement de son podcast intitulé « Réveiller les peuples », Myoto Liyolo a livré une immersion profonde au cœur de la mémoire culturelle congolaise, en rendant hommage à son père, le sculpteur Alfred Liolo, figure majeure de l’art congolais. À travers une conversation intime avec sa mère, Friederike Liyolo, le premier épisode de ce podcast est une réflexion sur l’identité, la transmission et la responsabilité culturelle.
Dès l’ouverture, l’animatrice du podcast a présenté son initiative non pas comme un simple espace d’échange, mais comme une mission de réveil des consciences culturelles.
« Ce 1er avril 2026, je lance mon podcast Réveiller les peuples en hommage à mon père Alfred Liolo qui fut un des grands ambassadeurs de la culture congolaise ici et ailleurs. J’espère qu’à travers ce podcast, vous allez vous réveiller. Car c’est la culture qui est le socle de notre nation », a-t-elle déclaré, en appelant à une réappropriation active du patrimoine culturel par les peuples eux-mêmes.
Dans un échange profondément symbolique avec sa mère, elle a poursuivi en posant les fondements de sa démarche intellectuelle et artistique. Elle a expliqué que sa vision repose sur une conviction forte : la culture n’est pas un objet d’étude, mais une force de construction collective.
« Nous ne sommes pas dans un studio, nous sommes dans un lieu de mémoire. Je ne suis pas une écrivaine des bureaux, mais une actrice du réveil collectif. Je n’écris pas pour raconter le passé, j’écris pour que nos peuples ne se perdent plus », a-t-elle affirmé.
L’épisode a ensuite pris une dimension plus intime lorsque sa mère, Friederike Liyolo, a été introduite comme invitée centrale. Elle a été décrite comme un véritable patrimoine vivant, témoin d’une époque et d’un univers artistique foisonnant, ayant côtoyé de grandes figures culturelles et architecturales.
Touchée par cette mise en lumière, elle a exprimé son émotion et son admiration face à la démarche de sa fille.
« Tu es un patrimoine culturel de ce pays, que l’on le veuille ou non. Je suis émue et fière de voir la manière dont tu t’engages dans ce travail », a-t-elle déclaré.
La conversation s’est ensuite orientée vers les origines du livre de Myoto Liyolo, La culture sauve les peuples », dans lequel elle développe une réflexion sur la place de la culture dans les sociétés contemporaines. L’autrice a expliqué que son engagement est né d’une accumulation d’observations, de frustrations et d’échanges prolongés sur l’état du secteur culturel en République démocratique du Congo.
Elle a raconté qu’un échange décisif avec un proche, basé à Vienne, avait été le déclencheur de son passage à l’écriture.
« Pourquoi tu n’écris pas sur tout ça ? Tu connais les problématiques du pays. Fais-le, dis-le, pour qu’on puisse enfin ouvrir de vrais débats », a-t-elle rapporté, expliquant que cette interpellation avait transformé une réflexion personnelle en projet structuré.
Dans son développement, elle a insisté sur une critique récurrente des sociétés contemporaines de la plainte permanente sans action concrète. Elle a dénoncé une mémoire collective fragilisée et un manque de transmission des savoirs.
« Nous sommes toujours dans la critique sans proposer de solutions. Mon livre rassemble des exemples d’ici et d’ailleurs pour montrer comment la culture peut reconstruire une nation », a-t-elle expliqué, en soulignant la nécessité d’un retour aux sources et d’une responsabilité individuelle dans la transformation collective.
L’épisode a également abordé des dimensions plus personnelles, notamment à travers l’évocation d’un échec conjugal qui, selon elle, a profondément façonné sa compréhension de l’identité humaine. Sans s’y attarder dans une logique intime, elle en a tiré une réflexion universelle sur la construction de soi.
« Cet échec m’a obligée à me poser une question essentielle : qu’est-ce qui construit réellement une identité ? », a-t-elle confié.
Sa mère a réagi à cette confession avec une proximité assumée, rappelant la complexité des parcours humains et la nécessité de l’éducation comme socle de stabilité.
« Je me souviens très bien de cette période mais cela montre surtout à quel point l’identité et l’éducation restent fondamentales », a-t-elle souligné.
La discussion s’est ensuite élargie à la question du travail de Myoto Liyolo auprès des leaders et institutions. Elle a expliqué qu’elle défend systématiquement la valorisation du contenu local dans les stratégies de communication, notamment dans les projets institutionnels.
« Accompagner une autorité, c’est aussi lui rappeler que notre richesse première est notre culture. Tout ce que nous produisons doit refléter notre identité », a-t-elle affirmé, en évoquant ses expériences dans le domaine de la communication et de la stratégie.
Elle a notamment rappelé son combat pour l’intégration des langues nationales dans les campagnes de communication en République démocratique du Congo, une démarche qui, à l’époque, avait suscité de fortes résistances.
« On nous disait que les gens ne comprendraient pas. Aujourd’hui, c’est devenu une évidence : un peuple doit être parlé dans sa propre langue », a-t-elle insisté.
Dans la continuité, elle a élargi la réflexion à l’échelle africaine, en évoquant la montée en puissance des industries culturelles du continent, du Nigéria à la Côte d’Ivoire, en passant par le Maroc, qu’elle considère comme des modèles d’influence culturelle.
« L’Afrique a déjà commencé à influencer le monde. Mais la question reste : pourquoi attendons-nous encore la validation extérieure pour reconnaître notre propre valeur ? », a-t-elle interrogé.
L’épisode s’est conclu sur une réflexion autour du rôle des femmes africaines dans la transmission culturelle et sociale. Pour elle, la femme demeure un pilier central de la continuité des savoirs et des identités.
« La femme africaine est celle qui nourrit, qui éduque, qui transmet. Sans elle, aucune mémoire collective ne peut survivre », a-t-elle affirmé, en insistant sur l’urgence de préserver les savoir-faire traditionnels et de les transmettre aux générations futures.
« Réveiller les peuples » devient ainsi un espace de mémoire, de réflexion et de transmission, où la culture est pensée comme un héritage vivant et une responsabilité collective à préserver.
Lydia Mangala


