Lundi 8 septembre 2025, à Genève, la voix de la République démocratique du Congo s’est élevée avec force et détermination.
En marge de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, une conférence scientifique consacrée aux trente ans de conflits armés en RDC a mis en lumière un plaidoyer sans détour : la reconnaissance des génocides commis sur le sol congolais et la nécessité d’une justice véritable.
Parmi les intervenants majeurs, Patrick Muyaya, Ministre de la Communication et Médias et Porte-parole du gouvernement, s’est fait l’écho d’un message clair : « La paix durable ne peut exister sans justice. »
Trente ans de conflits : la quête de vérité et de justice
Depuis plus de trois décennies, l’Est de la RDC paie un lourd tribut aux guerres d’agression, aux violences communautaires et aux exactions des groupes armés.
Ces tragédies, qualifiées de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et même de génocide dans plusieurs rapports, continuent d’endeuiller des millions de familles.
« On ne peut pas penser construire la paix sans justice. Et la justice pour nous, ce n’est pas simplement pour les événements que nous vivons actuellement. La justice pour nous, c’est de remonter aux origines de tout ce que nous connaissons comme problème pour que les coupables, parce que c’est encore le même qui récidive aujourd’hui, répondent un jour de leurs actes devant l’histoire et devant la justice », a rappelé Patrick Muyaya.
Le FONAREV : une réponse nationale à la souffrance des victimes
Au-delà de l’appel à la communauté internationale, le ministre a mis en avant une initiative nationale unique : le Fonds national de réparation des victimes (FONAREV).
Créé à l’initiative du Président de la République et financé par la redevance minière, ce mécanisme illustre la volonté du Congo d’assumer lui-même une partie du fardeau de la réparation.
« Le Président de la République voulait donner une réponse nationale. Le plus souvent, lorsqu’on parle de justice et de réparation, on pense que ce sont nos partenaires étrangers qui doivent agir. Ici, c’est un exemple d’engagement national : on utilise les fonds des ressources minières pour réparer ceux qui sont tués à cause de nos mines », a précisé Patrick Muyaya.
Une mobilisation sur la scène internationale
La conférence de Genève n’était pas un événement isolé. Selon le ministre, d’autres rendez-vous suivront pour maintenir la mobilisation et sensibiliser davantage la communauté internationale.
« Aujourd’hui, il y a eu cette exposition ici à Genève, et il y en aura d’autres, après ce plaidoyer que nous venons de faire. La même activité aura lieu à New York dans quelques semaines, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Cela illustre notre détermination à agir aussi bien en interne qu’au niveau international », a-t-il expliqué.
Les génocides récents : l’alerte du gouvernement congolais
Patrick Muyaya a également évoqué les atrocités récentes dans l’Est du pays, en particulier dans le territoire de Rutshuru, où des attaques ciblées ont visé l’ethnie Hutu.
« Les plus récents, ce sont peut-être les événements qui se sont passés dans le Rutshuru, ciblant spécifiquement l’ethnie Hutu. C’est de l’horreur et c’est de l’horreur qui doit s’arrêter. La première chose, et c’est la plus importante, c’est qu’en RDC, les lignes bougent », a-t-il alerté.
Cette dénonciation s’inscrit dans un appel plus large : celui de la vigilance internationale face à des crimes qui ne peuvent plus être relégués au silence.
Une voix pour la mémoire et l’avenir
À Genève, la RDC a prouvé qu’elle ne se contente pas de subir. Elle documente, elle répare et elle interpelle.
La reconnaissance des génocides, la justice pour les victimes et la réparation par le FONAREV sont au cœur de cette démarche.
Dans une enceinte où l’histoire des peuples s’écrit au prisme du droit international, la voix de Patrick Muyaya a rappelé que l’avenir de la paix mondiale dépend aussi de la capacité de la communauté internationale à entendre et à répondre au cri du Congo.
Lydia Mangala


