Dans les terres humides de la province de l’Équateur, au fil des eaux lentes de l’Ubangi, un savoir-faire ancestral perdure : celui de la confection et de l’utilisation des grandes nasses, appelées Ekoto, par les pêcheurs Baloie.
Bien plus qu’un simple outil de pêche, l’Ekoto incarne la mémoire, la culture et l’identité d’un peuple enraciné dans le fleuve et ses marécages.
L’homme et sa nasse : un lien sacré avec la nature
Chaque Ekoto repose entre les mains du pêcheur comme un fragment vivant de la forêt et du fleuve. Les Baloie y lisent l’histoire de leurs marécages et entendent le murmure des poissons glissant dans les eaux sombres.
Dans la chefferie de Mobeme, l’art de réparer chaque maille est un geste presque rituel, une manifestation de patience et de respect pour la nature, qui relie l’homme à sa terre nourricière.
Sous le ciel lourd d’Équateur, l’homme travaille sans précipitation. Les palétuviers frémissent au gré du vent, les pirogues reposent paisiblement sur la rive, et l’air chargé d’odeurs de vase et de feuilles enveloppe l’atelier improvisé au bord du fleuve.
Chaque maille raccommodée est un lien entre le passé et le présent, un geste qui préserve l’héritage culturel des Baloie.
L’Ekoto : outil de subsistance et héritage culturel
Lorsque l’Ekoto sera à nouveau porté sur l’épaule du pêcheur et plongé dans les courants de l’Ubangi, il ne servira pas uniquement à capturer le poisson. Il sera le porte-voix d’une tradition, un symbole d’un peuple qui a appris à vivre avec le fleuve et à en tirer sa subsistance sans rompre le lien sacré avec la nature.
Pour les Baloie, l’Ekoto est un véritable marqueur identitaire, rappelant que chaque geste, chaque mouvement sur l’eau, chaque réparation de maille est un hommage à la rivière, à la forêt et aux ancêtres.
Dans ce geste immuable, la culture et l’histoire du peuple Baloie continuent de s’écrire, au fil du courant et du temps.
Lydia Mangala


