Pour lutter contre l’insalubrité urbaine, Kinshasa va appliquer, à partir du 2 mars 2026, un dispositif plus strict de contrôle et de gestion des déchets ménagers, dans le cadre du programme « Kinshasa Ezo Bonga », porté par le gouverneur Daniel Bumba,
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. La capitale congolaise fait face à une véritable crise de gestion des déchets. Avec une population estimée à plus de 12 millions d’habitants, Kinshasa produit chaque jour entre 5 600 et 10 000 tonnes d’ordures. L’inefficacité du système de collecte, l’urbanisation anarchique et l’indiscipline d’une partie de la population ont favorisé la prolifération de décharges sauvages qui envahissent rues, caniveaux et rivières, aggravant au passage les risques d’inondations et de pollution des sols et de l’eau.
Face à cette situation, la Régie des déchets de Kinshasa (REGEDEK) a annoncé le renforcement des contrôles sur toute la chaîne d’évacuation des déchets. L’objectif est de mettre fin au désordre observé dans plusieurs communes et imposer une gestion plus moderne, structurée et responsable des ordures ménagères. Des initiatives citoyennes comme le Clean Up Day 2025, qui a permis de collecter 1 255 kilogrammes de déchets, ont montré la prise de conscience progressive, mais les autorités estiment que des mesures plus contraignantes sont désormais nécessaires.
Pour préparer cette phase décisive, une délégation mixte composée notamment de la direction générale de la REGEDEK, du bourgmestre de la commune de Gombe, d’associations de jeunes ainsi que du chef du quartier Cliniques s’est rendue sur le terrain le samedi 14 février. Cette descente visait à sensibiliser les ménages, les petites et moyennes entreprises ainsi que les collecteurs avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles.
Au cœur de la réforme figure l’obligation du tri sélectif. Désormais, les habitants devront séparer leurs déchets selon un code couleur précis c’est-à-dire les sacs jaunes pour les déchets organiques, les sacs bleus pour les inorganiques et les sacs transparents pour les plastiques. Par cette mesure, les autorités veulent encourager des comportements écologiques responsables et faciliter, à terme, le traitement des déchets dans une ville où il n’existe toujours pas de système centralisé pleinement opérationnel. Aujourd’hui encore, une grande partie des déchets finit brûlée à ciel ouvert, jetée dans les caniveaux ou abandonnée dans des dépotoirs sauvages.
La réforme introduit également une obligation contractuelle. Chaque ménage devra signer avec un prestataire dûment agréé par le ministère provincial de l’Environnement et reconnu par la REGEDEK. Les horaires de collecte et le zonage seront strictement encadrés, avec une exigence claire sur le dépôt des déchets jusqu’à dix mètres devant chaque parcelle.
Les autorités préviennent déjà que la phase pédagogique sera suivie d’une phase répressive. Les prestataires non conformes ou opérant sans accréditation seront interpellés. Les contrôles seront menés conjointement par la Police et les officiers de police judiciaire de la Division urbaine de l’Environnement/Lukunga, sous l’autorité du procureur près le Tribunal de grande instance de Gombe.
À travers ces mesures, Kinshasa affiche sa volonté de tourner la page des montagnes d’ordures qui défigurent plusieurs quartiers. Le défi reste immense, mais les autorités misent sur une combinaison de discipline citoyenne, de contrôle rigoureux et de modernisation du système pour instaurer enfin une culture durable de la propreté dans une mégapole en pleine expansion.
Lydia Mangala


