Le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) se trouve à un tournant. Malgré les promesses du gouvernement congolais, la situation demeure incertaine pour les victimes de la guerre de six jours à Kisangani, une ville de la province de la Tshopo. Les témoignages révèlent un profond désespoir dans le chef de ces victimes, qui se posent plusieurs questions, entre et autre, celle axée sur la justice et réparation.
Chaque jour, l’optimisme s’effrite face aux allégations de détournement qui entourent le FRIVAO depuis sa création.
Ce sujet a été discuté lors de la 67ᵉ réunion du Conseil des ministres, après une mission du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, à Kisangani en novembre 2025 pour évaluer l’état du fonds et en discuter les enjeux.
Alors que les conditions sur le terrain restent préoccupantes, lors d’une réunion du Conseil des ministres le 23 janvier 2026, le ministre a fait le point sur les mesures correctives prises.
Il a laissé entendre que, depuis novembre, des consultations avaient été engagées avec diverses parties prenantes pour éviter l’effondrement de l’institution. En décembre 2025, la suspension du comité de coordination a été levée pour rétablir un minimum de gouvernance. Les arriérés de salaires et de charges administratives ont été réglés, permettant ainsi la continuité des opérations.
Le ministre a également annoncé une injonction au procureur général pour enquêter sur les fausses victimes et sur d’éventuels réseaux d’extorsion. Selon lui, l’objectif est de protéger les véritables victimes et de restaurer l’autorité de l’État.
Cependant, la situation est alarmante. Le nombre de victimes certifiées a explosé, passant d’environ 3 000 à plus de 14 000, voire 16 000 à Kisangani. De plus, des cas de fraude et de manipulation ont été signalés, et il existe une confusion entre les réparations judiciaires et des attentes sociales plus larges. Les fonds destinés aux indemnisations sont souvent utilisés pour couvrir les frais de fonctionnement du fonds, et la sécurité du personnel à Kisangani est en dégradation.
En réponse à ces défis, le ministre de la Justice a souligné l’importance de restaurer la crédibilité et l’efficacité du FRIVAO, dont la mission est de compenser les victimes des activités illicites de l’Ouganda. Des soupçons de détournement continuent d’entacher la gestion des fonds, malgré les changements de direction au sein du comité. Une enquête du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) a révélé que 194,999 millions USD avaient été encaissés entre janvier 2022 et décembre 2024 sur le compte du ministère de la Justice.
Après trois mois d’analyse, le CREFDL a confirmé que 194,9 millions USD avaient été reçus, dont 105,1 millions USD destinés aux victimes de Kisangani. Cependant, jusqu’au 8 octobre 2024, seulement 2,088 millions USD, soit 1,98 %, avaient été versés aux victimes, laissant un montant de 103,046 millions USD non distribué.
Pour gérer ces fonds, le FRIVAO a été créé par ordonnance présidentielle, chargé d’identifier les victimes et de répartir équitablement les compensations fixées par la Cour internationale de justice (CIJ). Selon la décision de la CIJ, l’Ouganda doit verser cinq tranches annuelles de 65 millions USD à partir du 1er septembre 2022, réparties comme suit : 69,2 % pour les dommages personnels, 12,3 % pour les biens et 18,4 % pour les ressources naturelles.
Joëlle Luniongo


