Cinquante-deux ans après l’épopée de 1974, la République démocratique du Congo renoue avec l’élite du football mondial. Qualifiés pour la Coupe du Monde 2026 en Amérique du Nord, après une victoire épique contre la Jamaïque, les Léopards ont été accueillis en héros à Kinshasa le dimanche 5 avril. Logée dans le groupe K, la sélection de Sébastien Desabre entamera son parcours le 17 juin à Houston face au Portugal de Cristiano Ronaldo, avant d’affronter la Colombie le 23 juin à Guadalajara, puis de conclure la phase de groupes contre l’Ouzbékistan à Atlanta. Entre euphorie populaire et exigences du haut niveau, l’heure est désormais à l’analyse : quel visage la RDC présentera-t-elle sur le sol nord-américain ?
Le ciel de Kinshasa n’était pas seulement bleu ce jour-là. Il vibrait aux couleurs de la nation. De l’aéroport de N’djili jusqu’à l’esplanade du Palais du Peuple, une marée humaine a accompagné les hommes de Sébastien Desabre, célébrés par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi. Ce moment de communion historique marque la fin d’une longue attente. Mais une fois l’euphorie dissipée, la réalité du groupe K s’impose. Face à des adversaires redoutables comme le Portugal et la Colombie, la RDC ne pourra pas se contenter de sa seule résilience.
Pour Trésor Mutumbo, journaliste et analyste sportif, le premier défi est celui de la compétitivité et de l’image. L’objectif n’est plus simplement de participer, mais d’exister.
« D’entrée, il convient de saluer cette équipe, qui a réussi l’exploit de se qualifier pour la Coupe du monde. S’agissant des attentes, l’objectif principal aujourd’hui est de réaliser une participation honorable, notamment en faisant mieux que lors de l’édition de 1974, en évitant des résultats décevants », a-t-il expliqué.
Pour y parvenir, il insiste sur la nécessité de sélectionner des joueurs en pleine forme, quitte à bousculer certaines certitudes établies lors des éliminatoires. Selon lui, la forme du moment en club doit primer. Il pointe également un manque de créativité, notamment dans le secteur offensif.
« En ce qui concerne l’effectif dirigé par Sébastien Desabre, il n’est pas certain qu’il faille convoquer systématiquement tous les joueurs ayant participé aux éliminatoires. Il sera important d’évaluer leur état de forme à leur retour en club, afin de déterminer ceux qui sont réellement aptes à disputer la compétition », poursuit-il.
« La RDC manque de profils capables d’apporter de la créativité, en particulier dans le secteur offensif. Dans cette optique, il serait judicieux d’intégrer des joueurs tels qu’Antony Milambo ou Senny Mayulu. Leur présence pourrait renforcer l’effectif et nourrir des ambitions légitimes pour cette Coupe du monde. Enfin, il est essentiel de projeter une image positive et compétitive sur la scène internationale », a-t-il conclu.
De son côté, Allegra Bossay adopte une approche plus mesurée, axée sur la continuité. Pour lui, la clé du succès réside dans la stabilité du groupe et l’amélioration du bloc-équipe.
« La qualification de la RDC à la Coupe du Monde, 52 ans après, est le fruit d’un parcours marqué par la résilience, notamment cette victoire aux prolongations face à la Jamaïque. L’équipe de Sébastien Desabre s’est construite sur un bloc défensif compact, un jeu prudent et une grande discipline collective, même si cela s’est parfois traduit par un manque d’efficacité offensive », analyse-t-il.

« Il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements. Desabre devrait rester fidèle à ses joueurs, avec quelques ajustements ciblés, comme l’intégration de profils tels que Pululu, Stroykears ou Bayeye. La question des binationaux dépend aussi des contraintes administratives de la FIFA et du timing », précise-t-il.
Au-delà des considérations tactiques, cette qualification représente une victoire sportive et diplomatique. Mais pour exister dans cette compétition, les Léopards devront franchir un cap.
« L’enjeu sera d’aller au-delà de la solidité défensive. Dans un groupe relevé, la RDC devra améliorer ses transitions et sa capacité offensive. Le match contre l’Ouzbékistan sera crucial, avec une réelle opportunité de prendre des points. L’objectif reste d’être compétitif dans chaque rencontre et de tenter un exploit face à une grande nation », conclut Allegra Bossay.
Le chemin vers les huitièmes de finale s’annonce complexe. Le duel face au Portugal constituera un véritable test, tandis que la confrontation contre la Colombie exigera rigueur et discipline. Mais c’est sans doute face à l’Ouzbékistan que le destin des Léopards pourrait se jouer.
Le rendez-vous est pris. Si la qualification face à la Jamaïque fut un exploit, la Coupe du Monde sera une autre dimension. Pour éviter le rôle de figurant, la RDC devra trouver le juste équilibre entre fidélité au groupe et renouveau. Car à ce niveau, seule la vérité du terrain compte : apprendre ou surprendre.
Josaphat Mayi


