Chaque 1er août, la République Démocratique du Congo célèbre la Journée des Parents. Au-delà du simple hommage, cette journée revêt une profondeur culturelle et humaine remarquable.
Elle est l’occasion de renouer avec une valeur essentielle : la mémoire. Se souvenir de ses parents, qu’ils soient vivants ou disparus, c’est reconnaître leur rôle fondateur dans nos vies, leur apport affectif, éducatif, moral et parfois même spirituel.
Dans une société où la modernité impose un rythme effréné et individualiste, marquer une pause pour honorer ceux qui nous ont précédés est un geste fort. C’est rappeler que l’identité individuelle est enracinée dans une histoire collective, dans une lignée familiale, dans des sacrifices souvent silencieux mais porteurs de destin.
La tradition de se rendre dans les cimetières, de nettoyer les tombes, de prier, de se recueillir ou de simplement se souvenir, réaffirme le lien intergénérationnel. Elle enseigne aux plus jeunes le respect du passé, l’importance de la filiation et la valeur de la gratitude. Ce devoir de mémoire est un socle invisible, mais puissant, de la construction citoyenne.
Cependant, cette journée soulève aussi des interrogations. L’état d’abandon de certains cimetières et la menace qui pèse sur certains lieux de repos révèlent une faille dans la gestion de la mémoire collective. Que devient une société qui laisse se déliter ses lieux de souvenir ? Que reste-t-il de notre respect des morts lorsque les tombes sont détruites ou effacées par des intérêts économiques ? Le respect des morts n’est pas un luxe, c’est un devoir civique et éthique.
Au-delà du recueillement, cette journée devrait aussi interroger nos politiques publiques en matière de préservation du patrimoine funéraire, de solidarité familiale et de transmission des valeurs. Elle devrait inciter à la réflexion sur la manière dont nous protégeons les espaces de mémoire, dont nous formons les jeunes à l’histoire familiale, dont nous consolidons le tissu social à travers la reconnaissance de ceux qui nous ont portés.
En définitive, célébrer les parents vivants et honorer les défunts, c’est cultiver la mémoire active. C’est s’enraciner dans une histoire pour mieux s’élever, ensemble, vers l’avenir. C’est affirmer que dans un monde de plus en plus tourné vers l’instantané, il demeure des repères stables, faits de respect, de filiation, de silence partagé et de profonde humanité.
Lydia Mangala


