Le football congolais joue aujourd’hui bien plus qu’un titre : il joue sa crédibilité médiatique et structurelle. Alors que la phase aller des play-offs de la Ligue nationale de football (Linafoot) vient de s’achever, l’instance dirigeante a jeté un pavé dans la mare en publiant le calendrier de la phase retour. L’objectif est de boucler la saison le 20 juin prochain.
Pour un championnat habitué, depuis plus de trois ans, aux interruptions, aux fins de saison inachevées et aux classements décidés sur tapis vert, cette annonce sonne comme un véritable défi.
Le ministère des Sports et Loisirs a pourtant consenti un effort notable en accordant une dérogation spéciale de vingt jours à la Linafoot. Sur le papier, cette prolongation apparaît comme une bouffée d’oxygène et traduit une volonté politique de redresser une compétition en perte de vitesse. Mais dans la réalité, ce délai reste insuffisant face aux nombreuses contraintes logistiques qui minent le football congolais.
Le calendrier de la phase retour s’apparente ainsi à un véritable marathon. Dès le 29 mai, les rencontres reprennent avec une intensité soutenue, notamment avec l’affiche entre l’AS V.Club et le TP Mazembe au stade Tata Raphaël. Enchaîner des matchs de haut niveau à un rythme aussi élevé met les organismes à rude épreuve, dans un contexte où les infrastructures et les conditions de déplacement restent précaires.
À cela s’ajoute la mesure controversée de huis clos total décrété pour ces rencontres. Si cette décision vise à garantir la sécurité, elle prive le championnat de son principal moteur, la ferveur populaire. Le football congolais, réputé pour l’ambiance de ses stades, perd ainsi une partie de son âme, transformant ces matchs décisifs en confrontations sans public.
Les contestations n’ont d’ailleurs pas tardé. Le TP Mazembe, notamment, a dénoncé une programmation jugée inéquitable, pointant du doigt des déséquilibres dans les temps de repos et les conditions de déplacement. Cette fronde met en lumière le manque d’équité sportive, susceptible de fragiliser davantage la compétition.
Le spectre des saisons précédentes plane également. Les dernières éditions de la Linafoot ont été marquées par des interruptions brutales, des difficultés financières et des problèmes logistiques majeurs. Dans ce contexte, promettre une fin de saison au 20 juin relève d’un pari audacieux.
Autre contrainte de taille : le calendrier international. En prolongeant la saison jusqu’à la mi-juin, la Linafoot entre en conflit avec les préparations des sélections nationales. Cette situation expose les joueurs à des risques accrus de blessures et pose un dilemme aux clubs, contraints de gérer leurs effectifs entre enjeux locaux et internationaux.
Malgré ces nombreuses incertitudes, la Linafoot maintient son cap. Entre scepticisme et espoir, les supporters attendent une chose : voir le championnat aller à son terme sur le terrain, avec un champion sacré au mérite, et non désigné par des décisions administratives.
L’issue de cette saison sera déterminante. Si la Linafoot réussit à tenir son calendrier, elle pourrait amorcer un renouveau organisationnel. Dans le cas contraire, elle renforcera l’idée d’un football local en crise, nécessitant une réforme en profondeur.
Les prochaines semaines diront si le football congolais est capable de relever ce défi… ou s’il restera prisonnier de ses vieux démons.
Josaphat Mayi


