La décision du ministère de l’Éducation et de la Nouvelle Citoyenneté de maintenir les élèves filles enceintes dans les établissements scolaires, entrée en vigueur le 14 juillet 2025, a déclenché une vague d’interrogations à Goma.
Le mardi 15 juillet 2024, la Société civile nouvelle de Karisimbi a formulé cinq questions précises qu’elle adresse à la ministre afin de clarifier les modalités d’application et d’en souligner les enjeux pour l’avenir de l’éducation en province.
Qui assume la charge financière et morale ?
La première question porte sur la prise en charge de la scolarité : « Qui devra continuer à payer les frais et accompagner cette élève? Les parents, celui qui l’a rendue enceinte ou l’État congolais ? » s’interrogent les responsables de la Société civile.
Ils soulignent que sans un dispositif clair de soutien financier et psychologique, l’élève risque d’être abandonnée à son sort, tout comme ses camarades mettront en doute la solidarité de l’école.
Congé maternité et suivi médical
La circulaire ne précise pas non plus comment concilier le droit congolaise aux 14 semaines de repos prénatal avec la présence en classe.
« Qu’en sera-t-il du respect de ces congés légaux, et comment l’élève pourra-t-elle retrouver son niveau scolaire après un tel arrêt ? » questionnent les membres de Karisimbi, qui craignent des absences répétées et un décrochage irrémédiable.
Allaitement et rythmes scolaires
Au-delà de la grossesse, la Société civile s’inquiète de la période postnatale :
« Après l’accouchement, comment l’élève pourra-t-elle allaiter son enfant pendant les heures de cours ? »
Sans solution d’accueil ou de lieu adapté, la jeune mère pourrait être contrainte de choisir entre ses études et l’alimentation de son bébé.
L’exemple transmis aux autres élèves
Pointant la dimension pédagogique de la mesure, la troisième question demande quel modèle cette élève offrira à ses camarades non enceintes.
Selon Karisimbi, « quelle leçon servira-t-elle à celles qui n’en sont pas encore ? » : l’absence de cadre sanctionnaire pourrait être perçue comme une forme de permissivité ou, au contraire, comme un appel à la solidarité.
Rôle de conseillère en milieu scolaire
Enfin, la Société civile s’interroge sur le rôle social de la jeune maman dans sa classe :
« Quel type de conseil cette fille enceinte pourra-t-elle prodiguer aux autres sur des questions de santé et de sexualité ? »
Les responsables craignent un manque de formation et de soutien pour une prise en charge adaptée, laissant la fillette sans guide ni relais.
Vers des structures spécialisées
Face à ces questions, la Société civile de Karisimbi appelle le ministère à revoir sa circulaire et propose la création d’écoles spécialisées pour accueillir et accompagner les filles enceintes.
L’objectif est de préserver les bonnes mœurs tout en garantissant une éducation de qualité, par la mise en place d’un environnement sécurisé, d’un suivi médical et psychologique, et d’un programme pédagogique adapté.
En attendant des réponses officielles, la mesure, saluée pour son inclusion, se heurte à la réalité vécue sur le terrain.
Sans clarifications et sans moyens supplémentaires, le maintien des élèves enceintes risque de devenir une source d’inégalités et de tensions au sein de la communauté scolaire congolaise.
Lydia Mangala


