Le ciel de la capitale congolaise n’avait pas seulement l’éclat des festivités religieuses ce dimanche matin. Il vibrait d’une ferveur nationale retrouvée. Après une attente insoutenable de plus d’un demi-siècle, la République Démocratique du Congo a enfin renoué avec son destin mondial. À 8 heures précises, le train d’atterrissage du vol en provenance de Guadalajara a touché le tarmac de l’aéroport international de N’djili, ramenant au pays les héros de l’exploit mexicain.
C’est un parfum de gloire qui a envahi le salon diplomatique dès l’ouverture des portes de l’appareil. Vêtus de leurs polos gris officiels, écharpes de la nation fièrement nouées autour du cou, les Léopards ont fait leur apparition. Malgré la fatigue d’un voyage transatlantique et l’adrénaline des dernières heures, les visages étaient illuminés. Le capitaine Chancel Mbemba, impérial, menait la marche, suivi d’un groupe soudé. Théo Bongonda, Samuel Moutoussamy, Edo Kayembe, Lionel Mpasi, Yoane Wissa et Aaron Wan-Bissaka et autres échangent des sourires complices, tandis que les plus jeunes, comme Mathieu Epolo, semblaient encore réaliser l’ampleur de la prouesse. Cédric Bakambu, chaudement ovationné et Charles Pickel, valises en main et médailles symboliques au cœur, ne cachaient pas leur émotion devant l’accueil qui leur était réservé.
Une marée humaine sur le Boulevard…
Dès la sortie de la zone aéroportuaire, le ton était donné. Ce n’était plus une simple escale, mais une communion. La fanfare, dont les cuivres résonnaient jusqu’aux faubourgs de Kingasani, a donné le signal. Les « Fauves » sont de retour. Les chants à la gloire de la sélection ont couvert le vrombissement des moteurs. Le cortège, protégé par un dispositif sécuritaire impressionnant et escorté par des véhicules officiels, s’est transformé en une caravane de la joie.
La progression fut lente, très lente. Il a fallu plus de cinq heures pour parcourir le trajet menant au centre-ville. Chaque mètre gagné sur le bitume était une victoire contre la montre, tant la foule était compacte. Drapeaux tricolores au vent, les supporters ont formé une haie d’honneur ininterrompue, transformant le Boulevard Lumumba en un fleuve bleu, jaune et rouge.

« Nous avons attendu 52 ans. Aujourd’hui, la douleur des échecs passés est effacée. Ces jeunes sont des dieux pour nous », s’époumonait un supporter, le visage peint aux couleurs nationales.
L’apothéose de cette journée historique s’est jouée sur l’esplanade du Palais du Peuple. À l’arrivée des joueurs, l’enceinte a littéralement chaviré dans l’euphorie. Cris de joie, danses improvisées et ovations ont accueilli les héros du 31 mars.
C’est devant cette marée humaine, que les discours ont pris une dimension solennelle. Les joueurs, émus, ont tenu à remercier ce peuple qui n’a jamais cessé d’y croire. La victoire (1-0) face aux Reggae Boyz de la Jamaïque, arrachée dans la nuit, n’était plus seulement un score technique, mais un acte de renaissance nationale.
En se qualifiant pour ce Mondial 2026 qui se jouera entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, les Léopards ont fait plus que gagner un match de football. Ils ont refermé une parenthèse de 52 ans de doutes. Ce dimanche de Pâques, Kinshasa n’a pas seulement célébré une qualification, elle a célébré sa fierté retrouvée. Les fauves sont de nouveau sur la carte du monde, et la fête ne fait que commencer.
Josaphat Mayi


