Dans un plaidoyer lancé à l’occasion de la Journée dédiée à l’hygiène menstruelle, l’actrice de la société civile congolaise, Joséphine Bawawana, a appelé à un changement profond des mentalités en République démocratique du Congo autour des menstruations, encore largement entourées de tabous, de silence et de stigmatisation.
Fondatrice et coordinatrice de l’ONG MINZOTO ASBL, engagée dans la défense des droits humains et plus particulièrement des droits des femmes, elle estime que le silence autour des règles n’est pas anodin, mais constitue un système d’exclusion enraciné qui affecte directement la vie des jeunes filles.
« Briser le silence autour des règles en République démocratique du Congo, ce n’est pas simplement ouvrir une discussion : c’est déconstruire un système de tabous profondément enraciné, qui continue de limiter, invisibiliser et pénaliser des générations entières de jeunes filles », a-t-elle déclaré d’entrée de jeu.
Dans son intervention, elle insiste sur les conséquences concrètes de ce silence social, notamment sur la scolarité des adolescentes. Selon elle, l’absence d’éducation menstruelle et la persistance des mythes alimentent un cycle de désinformation qui conduit à l’absentéisme scolaire, voire au décrochage.
« Pendant des décennies, les menstruations ont été enfermées dans le silence, associées à la honte, aux croyances erronées et à l’exclusion », a-t-elle rappelé, soulignant que dans de nombreux foyers comme dans certains milieux éducatifs, le sujet reste encore tabou.
Sur le terrain, notamment dans des zones comme Gemena, dans la province du Sud-Ubangi, elle décrit une réalité marquée par la précarité menstruelle.
« Derrière chaque journée de cours manquée, il y a souvent une jeune fille qui ne dispose ni de protections hygiéniques adéquates, ni d’informations fiables, ni d’un environnement bienveillant pour vivre dignement son cycle », a-t-elle expliqué.

Pour Joséphine Bawawana, la précarité menstruelle ne se limite pas au manque de serviettes hygiéniques. Elle englobe des enjeux de santé, d’éducation et de dignité.
« Elle touche à la santé avec des risques accrus d’infections liés à l’utilisation de solutions de fortune, à l’éducation avec des interruptions répétées de la scolarité, mais aussi à la dignité et à l’égalité des chances », a-t-elle insisté.
Face à cette situation, son organisation MINZOTO ASBL met en œuvre des actions qu’elle qualifie de structurelles et durables.
« Nous menons des campagnes de sensibilisation adaptées aux réalités culturelles locales, pour déconstruire les tabous dès la base », a-t-elle expliqué, ajoutant que l’approche inclut aussi l’éducation des filles et des garçons pour transformer durablement les mentalités.
Elle met également en avant la distribution de kits hygiéniques et la promotion de solutions réutilisables, accompagnées de formations pratiques.
« Nous créons des espaces sûrs de dialogue où les jeunes filles peuvent s’exprimer librement, poser leurs questions et reconstruire leur rapport à leur corps sans honte », a-t-elle souligné.
Outre l’action directe, MINZOTO ASBL travaille aussi avec les écoles pour améliorer les infrastructures sanitaires.
« L’accès à l’eau, des toilettes adaptées et sécurisées sont des conditions essentielles mais souvent négligées », a-t-elle rappelé, insistant sur leur rôle dans le maintien des filles à l’école.
Pour elle, aucun changement durable ne peut se faire sans l’implication de la communauté.
« Nous engageons également les parents, les leaders communautaires et religieux, car aucun changement durable ne peut se faire sans leur adhésion », a-t-elle déclaré, tout en appelant à une reconnaissance politique de la précarité menstruelle dans les politiques publiques.
« Briser le silence, aujourd’hui, ce n’est plus une option : c’est une responsabilité collective. Tant qu’une seule fille manquera l’école à cause de ses règles, tant qu’une seule vivra son cycle dans la honte ou le danger, notre combat restera inachevé », conclut-elle.
Joséphine Bawawana rappelle que la question de l’hygiène menstruelle dépasse largement le cadre de la santé pour toucher à l’éducation, à la dignité et à l’égalité des chances.
En brisant les tabous et en transformant les pratiques sociales, elle invite à une mobilisation collective et durable où institutions, communautés et familles jouent chacun leur rôle.
Pour elle, mettre fin au silence autour des règles en RDC, c’est ouvrir la voie à une société plus juste, où aucune fille ne sera plus freinée dans son avenir simplement à cause de son cycle naturel.
Lydia Mangala


