Entre stands d’exposition, délégations officielles et entrepreneurs en quête d’opportunités, la capitale congolaise a accueilli la 9e édition de la Semaine française de Kinshasa, un rendez-vous devenu incontournable pour repenser les relations économiques entre la République démocratique du Congo et la France.
Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie franco-congolaise, en partenariat avec l’ambassade de France en RDC, cette édition 2026, prévue du 22 au 24 avril au Pullman Kinshasa Grand Hôtel, marque un retour attendu après une année blanche en 2025. Elle réunit diplomates, décideurs publics, acteurs économiques majeurs et étudiants autour d’un commun objectif de bâtir un partenariat stratégique renouvelé, fondé sur l’investissement, l’innovation et le développement durable.
La plénière inaugurale, introduite avec aisance par le maître de cérémonie Henri N’Zouzi, a donné le ton. Après l’exécution des hymnes nationaux français et congolais, rappelant la profondeur des liens entre les deux nations, la coupure du ruban par le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a officiellement lancé les activités, suivie d’une visite des stands en présence des autorités, du président et des membres du comité d’organisation.

Dans son mot de bienvenue, le Président de la CCIFC, Bertrand Bisengimana, a rappelé la vocation première de cette rencontre, celle créer des passerelles concrètes entre les milieux d’affaires congolais et français, en transformant les échanges en opportunités tangibles.
Prenant la parole à son tour, Robert Malumba Kalombo, Président National de la FEC, a insisté sur la nécessité de renforcer un climat des affaires attractif et compétitif, condition essentielle pour attirer les investissements et stimuler l’émergence de champions nationaux. Il a souligné l’importance d’un rééquilibrage du partenariat économique entre les deux pays, en mettant l’accent sur la transformation locale des ressources et la création de valeur.
« Il s’agit du préalable indispensable pour attirer davantage d’investissements, sécuriser les initiatives privées et favoriser l’émergence de véritables champions nationaux capables de s’imposer sur les marchés régionaux et internationaux », a-t-il déclaré.

Présent également, le Président du comité Afrique du Medef International, Philippe Labonne a réaffirmé l’intérêt croissant des milieux d’affaires français pour le marché congolais, tandis que l’ambassadeur de France en RDC, Rémy Maréchaux, a replacé les échanges dans une perspective globale. Dans une intervention axée sur les enjeux environnementaux, il a mis en lumière le rôle stratégique de la RDC dans la lutte contre le changement climatique.

« La RDC est un acteur central face aux enjeux du réchauffement climatique, qu’il s’agisse de la protection, de la valorisation de la forêt du bassin du Congo ou de la transition énergétique », a-t-il affirmé.

Intervenant au nom de la Première ministre Judith Suminwa, Daniel Mukoko Samba a dressé un tableau lucide des transformations économiques en cours, appelant à une implication plus forte des entreprises. Dans une analyse, il a insisté sur la mutation des règles du jeu économique mondial, désormais fondées sur la confiance, la technologie et la vision stratégique.
« Nous sommes à un moment de vérité », a-t-il déclaré.

Dans un développement plus poussé, il a redéfini les règles du jeu économique contemporain.
« La compétition d’aujourd’hui n’est plus seulement commerciale. Elle est une course de présence, d’ancrage, de confiance, de technologie, de financement et de vision », a-t-il ajouté, invitant les entreprises à dépasser une posture d’observation.

S’appuyant sur les données du Fonds monétaire international, il a évoqué une croissance projetée à 5,9 % en 2026, avec une inflation maîtrisée à 3,3 %. Il a également mis en avant la première émission d’eurobond de 1,25 milliard de dollars, largement souscrite, comme un signal fort de crédibilité financière.
« Cet engouement doit être un levier pour bâtir des partenariats durables et structurants », a-t-il souligné.

Le moment clé de cette journée a été la séquence d’échange et de validation documentaire entre Dassault Systèmes et le Comité stratégique de supervision du projet d’extension de Kinshasa (CSSPEVK), en présence du ministre d’État en charge de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi.
Le projet « Kia Mona », visant l’extension de Kinshasa jusqu’à la commune de Maluku, a été présenté par le ministee d’état comme un chantier structurant pour l’avenir urbain de la capitale.

Dans la conférence « Ville durable à l’ère du numérique », modérée par Bertrand Bisengimana, plusieurs experts ont partagé leurs visions.
Frédéric Douphy, Directeur principal des ventes Afrique de Dassault Systèmes, a évoqué les solutions technologiques dans la planification urbaine. Hervé Conan, Directeur de l’Agence Française de Développement (AFD) en RDC, a insisté sur la modélisation des zones inondables, notamment à Boma, en projetant les défis à l’horizon 2050.
De son côté, la Directrice Générale de l’Agence Nationale d’Aménagement du Territoire (ANAT), Carine Onyemba, a présenté un retour d’expérience détaillé sur le projet pilote de ville durable de Boma, évoquant à la fois les avancées et les contraintes liées à la coordination institutionnelle et aux délais d’exécution.
« Une ville durable, c’est avant tout penser autrement », a-t-elle résumé.

Le coordonnateur Principal du Comité Stratégique de Supervision du Projet d’Extension de la Ville de Kinshasa (CSSPEVK), Thierry Katembwe, a détaillé un projet ambitieux de 430 km² d’extension, 8 parcs industriels, zones résidentielles, transport fluvial avec 15 stations et une intégration des énergies renouvelables, notamment la biomasse.
Clôturant cette première conférence, Emmany Mputu, directeur général adjoint de SOGEMA, a apporté une dimension concrète avec le projet du nouveau Grand Marché Central « Zando ». Il a détaillé une infrastructure moderne de 90 000 m², intégrant 512 boutiques, des dispositifs de ventilation naturelle, une bancarisation des paiements, des transactions digitalisées via QR code, ainsi que des solutions énergétiques innovantes comme les panneaux solaires et les forages d’eau.
La conférence consacrée au secteur minier, modérée par John Nsana Kanyoni, Directeur Général Kalule Power, a mis en lumière les enjeux stratégiques liés à la transition énergétique.
Le Professeur et Conseiller du Chef de l’Etat en charge des mines, énergie et hydrocarbures, Jean-Marie Kanda, a introduit les débats, suivis par le Directeur Général
Entreprise Générale du Cobalt (EGC), Éric Kalala, qui a détaillé la structuration de l’artisanat minier.
« Une gestion responsable commence par des normes claires », a-t-il affirmé, évoquant notamment la hausse spectaculaire du prix du cobalt et la mise en place d’un cadre réglementaire renforcé.
Cyrille Mutombo, Directeur pays de Barrick et Directeur Général Kibali Gold Mine (KGM), a plaidé pour un contenu local structuré et mesuré, tandis que Steve Fumu, Corporate Affairs Manager Glencore DRC, a rappelé l’impact économique du groupe avec 18 000 employés et 5,8 milliards de dollars de taxes versées entre 2018 et 2024.

Sur le plan financier, Nicolas Hamon Singa, Responsable corporate Trust Marchant Bank SA (TMB), a mis en avant le rôle clé du système bancaire dans le développement économique.
« Le véritable enjeu, c’est de financer l’écosystème », a-t-il expliqué.
La Semaine française de Kinshasa a également accordé une place centrale aux échanges académiques et sociétaux à travers une série de masterclass et ateliers thématiques, réunis autour de la dynamique du développement durable, de l’innovation et de l’employabilité.
Il s’agissait notamment de la masterclass « RSE en RDC : levier de performance et stratégie durable » animée par Fanny Salmon, DGA de C&S, qui a invité les entreprises à bâtir une stratégie de création de valeur directement intégrée à leur cœur de métier, en s’appuyant sur des leviers essentiels tels que l’accès aux financements mondiaux, la norme ISO 26000 et le permis social d’opérer.

Dans le même esprit, plusieurs ateliers ont rythmé cette journée. L’atelier « Diaspora et Alumni : étudier et entreprendre entre deux continents », a réuni plusieurs experts et acteurs de l’écosystème économique et académique.
Un second atelier, consacré aux « Compétences, formation et employabilité : structurer des passerelles durables entre la France et la RDC » a rassemblé des profils académiques et professionnels autour des enjeux d’adéquation entre formation et marché de l’emploi.
Ces espaces d’échanges ont ainsi complété la dimension économique de la SFK en mettant en avant les ressources humaines, la formation et l’innovation sociale comme piliers du partenariat franco-congolais.

La deuxième journée de la Semaine française de Kinshasa s’annonce tout aussi dense, avec une série d’activités structurées autour des grands enjeux sectoriels. Il y’aura au programme une conférence sur l’énergie, suivie d’un atelier sur le financement des PME, ainsi qu’un atelier dédié à l’entrepreneuriat féminin. Les discussions se poursuivront avec une conférence sur la logistique, puis un atelier de recrutement, avant de clôturer la journée par un dîner de gala, avec une participation conditionnée par un payement, pour moment de networking et de rencontres entre les différents acteurs économiques.

Créée en 1987, la Chambre de commerce et d’industrie franco-congolaise s’impose aujourd’hui comme une véritable passerelle économique entre les deux pays, forte de plus de 200 entreprises membres.
A travers cette 9eme édition de la Semaine française de Kinshasa , il serait certain que le partenariat entre la RDC et la France soit une construction concrète, en marche, portée par des acteurs déterminés à écrire ensemble une nouvelle page économique.
Lydia Mangala


