Avocate au Barreau de Kinshasa/Matete, vice-présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), activiste de renom, Maître Joëlle M. Kona a livré une intervention remarquée lors d’une conférence dénommée « Leadership au féminin : oser briller », organisée le vendredi 31 octobre 2025 par la Dynamique Femme UNIKIN.
Elle a intervenu sur le thème : « Le droit de l’homme et l’égalité de genre : vers un avenir inclusif ».
Avec éloquence et rigueur, elle a retracé l’évolution du combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes, tout en appelant à un changement profond des mentalités et à une mise en œuvre effective des textes légaux déjà existants en République démocratique du Congo.
L’égalité de genre : un pilier des droits humains universels
D’entrée de jeu, Maître Jöelle Kona a rappelé que l’égalité de genre n’est pas une faveur, mais un principe fondamental découlant du droit universel à la dignité humaine.
« Les droits de l’homme existent du fait que nous sommes humains, sans distinction de sexe, de religion ou d’appartenance sociale », a-t-elle expliqué, soulignant que ces droits ont été proclamés à la suite des atrocités de la Seconde Guerre mondiale.
Elle a revisité les textes fondateurs de ce principe, la Charte des Nations Unies (1945), la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), ainsi que les pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques et culturels, qui ont jeté les bases d’un monde plus juste.
Cependant, elle a rappelé que ces idéaux universels ont mis du temps à se traduire dans la réalité :
« Lorsque ces textes ont été adoptés, beaucoup de pays africains étaient encore sous colonisation, et même en Europe, certaines nations ne reconnaissaient pas encore le droit de vote aux femmes », a-t-elle observé.
À travers cet éclairage historique, l’intervenante a démontré que la conquête de l’égalité de genre a été un long processus, nourri par des luttes, des réformes et le courage de femmes pionnières comme Eleanor Roosevelt, qu’elle a citée avec admiration :
« Eleanor Roosevelt a insisté pour que la Déclaration universelle parle des “hommes et des femmes libres et égaux en dignité et en droits”. Elle a donné au texte un souffle d’universalité réelle », a-t-elle souligné.
Entre lois et réalités : un écart persistant en RDC
Revenant sur le contexte congolais, Maître Kona a salué les avancées juridiques enregistrées ces dernières décennies, notamment l’adoption de la Constitution de 2006 qui consacre l’égalité entre hommes et femmes, la loi sur la parité de 2015, ainsi que la réforme du Code de la famille en 2016.
« Notre pays a brillé sur le plan normatif, mais l’application reste encore timide dans la pratique », a-t-elle regretté.
Elle a illustré ses propos par des exemples concrets tirés du quotidien des femmes congolaises :
« Dans nos foyers, malgré le principe d’union, c’est souvent la femme qu’on met à la porte en cas de séparation. Elle part parfois avec les enfants, sans soutien, pendant que l’homme conserve les biens et la stabilité », a-t-elle dénoncé.
L’avocate a également évoqué les violences domestiques, économiques et psychologiques subies par les femmes, en saluant la récente ordonnance présidentielle de 2023 qui réprime désormais les coutumes rétrogrades et certaines formes de violences basées sur le genre.
« Cette réforme est un pas important, mais elle doit être accompagnée d’une vulgarisation réelle des textes dans les milieux ruraux, là où les discriminations persistent le plus », a-t-elle insisté.
Culture, religion et tradition : entre héritage et frein à l’émancipation
Dans une analyse sociologique percutante, Maître Joëlle M. Kona a mis en lumière le poids de la culture et de la religion dans la perpétuation des inégalités.
« Nos traditions et certaines doctrines religieuses ont longtemps présenté la femme comme subordonnée à l’homme, associée au péché originel ou limitée à un rôle domestique », a-t-elle expliqué.
Elle a notamment dénoncé les pratiques discriminatoires encore observées dans certaines régions lors du veuvage, où la femme est contrainte à des rituels humiliants :
« On oblige parfois la veuve à dormir à même le sol, à se raser la tête ou à rester isolée, pendant que l’homme veuf se remarie sans contrainte », a-t-elle illustré avec indignation.
Pour elle, ces pratiques sont contraires aux valeurs universelles de dignité et d’égalité :
« La culture ne doit pas servir d’alibi pour justifier les injustices. Elle doit évoluer avec la société », a-t-elle affirmé.
Vers un avenir inclusif : l’éducation comme levier de transformation
L’oratrice a insisté sur le rôle déterminant de l’éducation dans la construction d’une société plus égalitaire.
« Il faut enseigner l’égalité de genre dès le bas âge, à l’école primaire, au secondaire et jusque dans nos universités », a-t-elle recommandé, ajoutant que l’éducation aux droits humains devrait devenir un pilier de la formation citoyenne en RDC.
Selon elle, cette éducation doit également s’accompagner d’un soutien économique et social pour les femmes, afin qu’elles puissent réellement s’émanciper :
« Les femmes du secteur informel sont des piliers de notre économie, mais elles travaillent sans protection ni accompagnement. L’État doit créer des conditions pour qu’elles accèdent au financement, à la formation et à la sécurité sociale », a-t-elle plaidé.
Un appel à la solidarité féminine et à l’action collective
En conclusion, Maître Joëlle M. Kona a lancé un appel vibrant à la solidarité entre femmes, condition essentielle selon elle pour faire avancer la cause de l’égalité.
« L’inclusion doit d’abord commencer entre nous, les femmes. Nous devons inclure celles qui n’ont pas eu notre chance, celles qui vivent avec un handicap ou qui manquent d’instruction », a-t-elle déclaré avec conviction.
Elle a exhorté les jeunes générations à prendre le relais :
« Soutenons-nous, formons-nous, portons-nous les unes les autres. L’avenir que nous voulons ne se construira pas sans nous », a-t-elle conclu sous un tonnerre d’applaudissements.
Une leçon d’histoire et d’humanité
Par la profondeur de sa présentation, Maître Joëlle M. Kona a su conjuguer histoire, droit et engagement social.
Son intervention a rappelé que le combat pour l’égalité de genre ne se limite pas aux textes, mais qu’il s’agit avant tout d’une bataille culturelle et éducative, portée par la volonté collective de bâtir un avenir réellement inclusif pour tous et toutes.
Lydia Mangala


