Ce mardi 17 juin 2025, Constant Mutamba Tungunga, ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a remis sa démission au président Félix Tshisekedi.
Cette décision, intervenue deux jours après l’autorisation de poursuites parlementaires à son encontre, met fin à onze mois de mandat marqué par un enchaînement de scandales judiciaires et politiques.
Contexte et raisons de la démission
Dès l’ouverture de la semaine, l’atmosphère au sein du ministère de la Justice était tendue : l’Assemblée nationale avait levé l’immunité de Constant Mutamba le dimanche 15 juin 2025, à la suite du réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde.
Accusé d’avoir détourné près de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani, il se trouvait également visé par une enquête sur l’utilisation du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), sans oublier une accusation d’outrage aux corps constitués à la suite de ses critiques contre le parquet. Confronté à ce cumul de procédures et à la perspective d’un mandat d’arrêt, le garde des Sceaux a choisi de quitter ses fonctions.
Un entretien décisif avec le Chef de l’État
Selon des sources proches du dossier, l’entretien entre Constant Mutamba et le président Félix Tshisekedi a duré près d’une heure au Palais de la Nation.
Mutamba y a présenté les motifs légaux et personnels de sa démission, plaidant pour préserver la sérénité des institutions.
Le chef de l’État, qui a accepté sa lettre de démission, aurait salué son sens du devoir tout en estimant qu’un changement à la tête de la Justice était nécessaire pour garantir l’impartialité des procédures en cours.
Un parcours marqué par la controverse judiciaire
Nommé en mai 2024, Constant Mutamba était rapidement devenu l’un des visages les plus médiatiques du gouvernement, notamment pour avoir initié le réquisitoire qui a conduit à la levée de l’immunité de l’ancien président Joseph Kabila.
Mais son propre dossier a basculé lorsque le procureur Firmin Mvonde a mis au jour un marché public de 29 millions de dollars, financé par le FRIVAO, pour la construction d’une maison carcérale à Kisangani.
Le versement de 19 millions USD à une société sans garanties réelles a été jugé contraire aux règles de passation des marchés, entraînant l’ouverture d’une instruction judiciaire.
Les suites judiciaires et politiques
Désormais exilé de ses fonctions, Constant Mutamba doit officialiser sa démission par une correspondance au cabinet présidentiel et à celui de la Première ministre.
Interdit de quitter Kinshasa, il fait face à la perspective de se présenter devant un juge d’instruction.
Politiquement, son départ ouvre la voie à un remaniement ministériel imminent et pose la question de la crédibilité des réformes judiciaires promises par le président Tshisekedi.
Quant à la Justice congolaise, la nomination de son successeur sera scrutée pour juger de sa capacité à conduire les enquêtes en cours en toute indépendance.
La démission de Constant Mutamba intervient dans un climat de défiance généralisée envers la gestion des marchés publics au ministère de la Justice.
Si l’Élysée a validé son choix, la classe politique et la société civile attendent désormais que la lumière soit faite sur l’ensemble des allégations de détournement et d’outrage aux institutions judiciaires.
Lydia Mangala


