Le cabinet KPMG a lancé, mardi 19 mai 2026 à l’Hilton Kinshasa, la troisième édition du forum « DRC Tax Masolo », une plateforme de réflexion consacrée cette année aux politiques d’incitations fiscales en République démocratique du Congo.
Placée sous le thème « Les incitations fiscales : quels avantages pour le développement ? », cette rencontre de deux jours réunit experts fiscaux, représentants des institutions publiques, acteurs du secteur privé et partenaires internationaux autour des enjeux liés aux exonérations fiscales et à leur impact sur l’économie congolaise.
À travers cette initiative, KPMG entend alimenter le débat sur l’équilibre entre attractivité économique, mobilisation des recettes publiques et développement durable.
« Réconcilier ceux qui collectent et ceux qui paient »

Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le directeur général de KPMG RDC, Louison Kiyombo, a expliqué que le forum vise avant tout à rapprocher l’administration fiscale et les contribuables.
« Chaque citoyen, personne physique ou morale, doit payer l’impôt. Mais cela crée souvent des incompréhensions entre ceux qui collectent et ceux qui paient. L’objectif de notre forum est justement de réconcilier les deux », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette troisième édition veut interroger l’efficacité réelle des exonérations fiscales dans la stimulation de l’économie congolaise.
« Nous voulons savoir si les incitations fiscales peuvent réellement assurer le développement du pays. L’État accorde des facilités pour encourager les investissements, la création d’emplois et l’activité économique. Mais il faut aujourd’hui évaluer objectivement les résultats obtenus », a ajouté le patron de KPMG RDC.
L’agriculture identifiée comme secteur prioritaire
Interrogé sur les secteurs qui devraient bénéficier prioritairement des incitations fiscales, Louison Kiyombo a cité l’agriculture, tout en soulignant les limites des avantages fiscaux sans infrastructures adaptées.
« Le principal secteur que je peux citer, c’est l’agriculture. Mais même avec des incitations fiscales, si les infrastructures ne suivent pas, notamment les routes, les difficultés persistent », a-t-il expliqué.
À l’issue des assises, KPMG prévoit de formuler des recommandations destinées au gouvernement afin d’orienter les futures politiques fiscales.
« Nous allons publier des recommandations que nous adresserons au gouvernement pour harmoniser les incitations accordées aux contribuables », a précisé Louison Kiyombo.
Un débat stratégique pour les finances publiques
Le premier panel du forum a porté sur les fondements et les réalités des incitations fiscales en RDC. Les échanges ont notamment tourné autour du coût budgétaire des exonérations, de la cohérence du cadre juridique et de l’équilibre entre attractivité fiscale et justice fiscale.
Représentant le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde, le conseiller fiscal Ntumba Kasonga Dieudonné a insisté sur la nécessité de rationaliser les avantages fiscaux accordés par l’État.
« Les incitations fiscales génèrent un coût budgétaire important, mais elles poursuivent aussi un objectif de stimulation économique. Il faut trouver un équilibre entre la nécessité de booster l’économie et celle de mobiliser efficacement les recettes publiques », a-t-il déclaré.
Selon lui, certaines exonérations peuvent également ouvrir la voie à des pratiques de mauvaise gouvernance ou à des formes de clientélisme politique.
« Les incitations fiscales peuvent parfois constituer des opportunités de mauvaise gouvernance, voire de corruption. La vision du ministre des Finances est claire : rationaliser davantage ces mécanismes pour soutenir l’économie tout en garantissant une mobilisation optimale des recettes », a-t-il affirmé.
Rationaliser les exonérations pour financer les infrastructures
Pour le ministère des Finances, une meilleure gestion des dépenses fiscales permettrait également de dégager davantage de ressources pour les politiques publiques prioritaires.
« La rationalisation des incitations fiscales permettra de dégager un espace budgétaire pouvant financer les infrastructures, les hôpitaux et d’autres politiques publiques essentielles », a soutenu Ntumba Kasonga Dieudonné.
Il a notamment relevé que plusieurs exonérations accordées actuellement servent indirectement à compenser les déficits infrastructurels du pays.
Un dialogue public-privé salué au niveau africain
Parmi les experts invités figure également Silvestre Mbra, représentant de la Direction générale des impôts de Côte d’Ivoire.
Pour lui, la fiscalité constitue aujourd’hui un enjeu stratégique pour les États africains confrontés à des besoins croissants de financement.
« La question fiscale est cruciale pour nos États africains qui portent des programmes ambitieux de développement et recherchent des ressources importantes pour les financer », a-t-il déclaré.
L’expert ivoirien a également salué l’approche du forum, qu’il considère comme un espace de concertation entre les secteurs public et privé.
« DRC Tax Masolo est une initiative intelligente parce qu’elle permet de renforcer le dialogue entre le secteur privé et le secteur public autour des enjeux fiscaux », a-t-il souligné.
Des recommandations déjà intégrées dans les réformes fiscales
Au-delà des débats, KPMG met également en avant l’impact concret des précédentes éditions du forum sur les réformes fiscales engagées en RDC.
L’édition 2024, consacrée à la rationalisation de la fiscalité, avait abouti à 70 recommandations, dont plusieurs ont été intégrées dans les lois de finances successives. Parmi elles figurent notamment le respect de l’exclusivité du contrôle fiscal par la Direction Générale des Impôts, la rationalisation des contrôles fiscaux ou encore l’instauration d’identifiants uniques pour les contribuables.
L’édition 2025, axée sur une politique fiscale cohérente, avait quant à elle produit 28 recommandations stratégiques concernant notamment les secteurs des mines, des télécommunications, des hydrocarbures et de la création d’entreprises.
Parmi les propositions formulées figuraient l’adaptation du code des investissements, la signature de conventions fiscales bilatérales ainsi que la création d’un portail fiscal intégré entre la DGI, la DGDA et la DGRAD.
KPMG, acteur historique du conseil en RDC
Présent en République démocratique du Congo depuis 1984, KPMG fait partie des « Big Four », les quatre plus grands cabinets mondiaux d’audit et de conseil.
Le cabinet accompagne les entreprises et institutions dans les domaines de l’audit, de la fiscalité, du conseil juridique et stratégique. KPMG RDC compte aujourd’hui plus de 200 employés et dispose de bureaux à Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi et Goma.
Joséphine Mawete


