Dans un discours à la fois historique, politique et profondément symbolique, la Congolaise Juliana Amato Lumumba a officiellement présenté sa vision pour l’avenir de l’Organisation internationale de la Francophonie. À travers son allocution, la candidate a défendu l’idée d’une Francophonie capable de se transformer pour répondre aux défis contemporains du monde.
Face aux représentants et aux citoyens de l’espace francophone, elle a placé sa candidature sous le signe d’un choix entre la transformation et le renouveau.
« Je ne viens pas proposer une réforme éphémère, je vous propose une renaissance », a-t-elle déclaré, appelant les peuples francophones à repenser ensemble l’avenir de cette communauté linguistique et culturelle qui unit des dizaines de nations à travers les continents.
Une francophonie née du courage de se comprendre
Dans son intervention, Juliana Amato Lumumba a remonté le fil de l’histoire pour rappeler les racines profondes de la Francophonie. Selon elle, cette communauté n’est pas simplement née d’un héritage linguistique, mais d’une volonté historique de rapprochement entre les peuples.
Elle a évoqué un moment fondateur, les Serments de Strasbourg de 842, lorsque les petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire I, décidèrent de s’adresser à leurs peuples dans leur langue vernaculaire plutôt qu’en latin.
Pour la candidate congolaise, ce geste dépassait largement la simple question linguistique.
« Ils accomplirent bien plus qu’un geste linguistique. Ils posèrent un acte fondateur, un acte révolutionnaire et civilisationnel », a-t-elle affirmé.
À partir de ce moment, a-t-elle expliqué, le français est devenu bien davantage qu’un outil de communication, il est devenu une langue de dialogue, de responsabilité et de destin partagé.
« Dès lors, le français porta une vocation rare : unifier sans uniformiser, dialoguer sans exclure, différencier sans opposer », a-t-elle ajouté.
Des indépendances à la naissance d’une communauté
Juliana Amato Lumumba a également rendu hommage aux grandes figures politiques qui ont contribué à transformer la langue française en projet politique et culturel partagé.
Elle a cité notamment Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Hamani Diori et Norodom Sihanouk, qui ont choisi de faire de cet héritage une force d’émancipation pour leurs peuples.
« Ils ont transformé un héritage ambigu en levier d’émancipation. Ils ont changé la blessure en espérance, la fracture en fraternité et le passé en promesse », a-t-elle souligné.
C’est dans cet esprit qu’est née en 1970 à Niamey l’Agence de coopération culturelle et technique, ancêtre direct de l’actuelle Organisation internationale de la Francophonie.
Selon elle, à partir de ce moment, la Francophonie a cessé d’être un simple patrimoine linguistique pour devenir « un projet politique, une ambition culturelle et un pacte moral entre les peuples ».
Une francophonie face à un moment de vérité
Mais la candidate congolaise n’a pas ignoré les défis majeurs qui traversent aujourd’hui le monde.
Dans son discours, elle a évoqué les inégalités économiques croissantes, les tensions géopolitiques, la révolution numérique inégale, la crise climatique et les fragilisations démocratiques.
« Jamais peut-être la Francophonie n’a fait face à un tel moment de vérité », a-t-elle déclaré.
Selon elle, le prochain sommet prévu en novembre 2026 au Cambodge représentera un tournant décisif pour l’avenir de l’organisation.
« Deux chemins se présenteront à la Francophonie : se réinventer ou s’éclipser. Il n’y a pas de troisième voie », a-t-elle affirmé avec gravité.
Une vision pour une francophonie des peuples
Au cœur de son projet figure l’ambition de bâtir une « Francophonie des peuples ».
Pour Juliana Amato Lumumba, l’organisation doit désormais dépasser les cadres diplomatiques traditionnels et devenir un espace vivant de coopération, d’innovation et de solidarité entre sociétés.
« Je ne promets pas seulement une administration efficace. Je porte une vision transformatrice », a-t-elle insisté.
Le projet « Neuf Projets Neufs pour une Francophonie Neuve »
Au cœur de sa candidature, Juliana Amato Lumumba a présenté un programme ambitieux intitulé « Neuf Projets Neufs pour une Francophonie Neuve », destiné à transformer l’organisation en une communauté vivante et solidaire. Ses neuf engagements majeurs sont au service d’une Francophonie inclusive, innovante et durable. Ces engagements sont les suivants :
– Les rencontres interculturelles francophones pour bâtir un dialogue vivant entre les peuples ;
– L’ntégration économique intra-francophone pour promouvoir la coproduction industrielle entre pays francophones et un co-développement intercontinental francophone ;
– La valorisation des langues sœurs pour préserver notre diversité linguistique et nourrir un dialogue interculturel vivant ;
– Le pacte climatique francophone pour encourager une transition écologique solidaire ;
– Le Visa francophone et la justice universelle pour faciliter la mobilité des intelligences, des cultures et des talents ainsi qu’une justice sans frontières au sein de l’espace francophone ;
– La recherche en médecine traditionnelle et pharmacopée ancestrale pour unir savoir des ancêtres et sciences modernes ;
– L’Académie francophone de la paix et du bien-vivre ensemble pour renforcer la cohésion et la résolution pacifique des conflits entre communautés et nations francophones ;
– La transition numérique francophone pour bâtir ensemble des infrastructures interconnectées, sécurisées et inclusives et garantir à chaque citoyen francophone un accès équitable au savoir, à l’innovation et aux opportunités du monde digital ;
– L’hymne de la Francophonie pour créer une identité commune, sanctuarisé l’unité et la mémoire collective des peuples francophones.
« Ces neuf engagements portent une ambition : forger une Francophonie des peuples. Ce n’est pas un slogan, c’est une exigence historique », a-t-elle affirmé, soulignant que sa vision dépasse les réformes administratives pour construire un projet durable et incarné.
L’objectif, selon elle, est de faire de la Francophonie un espace où les peuples coopèrent réellement pour construire des solutions communes.
« Notre fraternité ne se proclamera plus : elle se vivra, elle se construira », a-t-elle déclaré.
Une candidature portée par la RDC et l’Afrique
À la fin de son intervention, Juliana Amato Lumumba a exprimé sa gratitude envers le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour la confiance placée en sa candidature.
« À travers ce choix, il m’a confié une responsabilité : porter la voix du Congo, de l’Afrique et de notre dignité commune », a-t-elle affirmé.
Elle a également salué le soutien exprimé par plusieurs peuples francophones depuis l’annonce officielle de sa candidature.
« Votre espérance est désormais ma mission. Votre confiance restera à jamais ma force », a-t-elle conclu.
À travers cette déclaration, Juliana Amato Lumumba tente ainsi d’imprimer une nouvelle dynamique au projet francophone. Son ambition est de transformer la Francophonie en une communauté active, capable de peser sur les grands équilibres du monde tout en restant fidèle à sa vocation première de rapprocher les peuples par la langue, la culture et le dialogue.
Lydia Mangala


