La collaboration entre le Gouvernement congolais et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est retrouvée au cœur d’un échange stratégique à Bunia, épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Réunis autour du ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Samuel Roger Kamba Mulamba, du Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, et du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, les partenaires ont fait le point sur l’état de la riposte et les perspectives de renforcement des actions sur le terrain lors du briefing spécial.
Sur le terrain, la présence du Directeur général de l’OMS à Bunia traduit une volonté claire d’accompagner les autorités congolaises dans cette nouvelle phase de lutte contre le virus.
« Le jeu, c’est d’avoir la confiance de la communauté », a-t-il rappelé, soulignant ainsi l’importance de l’adhésion des populations dans le succès de la riposte.

Lors du point de presse conjoint, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a mis l’accent sur l’écoute des communautés comme levier stratégique.
« Nous sommes également ici pour dire aux populations ce qu’il convient de faire. Nous sommes ici pour les écouter. Les communautés comprennent mieux que quiconque leurs propres défis et sont souvent les mieux placées pour proposer les solutions adaptées à leurs réalités », a-t-il affirmé.
Face à une épidémie causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, le patron de l’OMS a rappelé les défis scientifiques actuels.
« Cette épidémie est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé », a-t-il déclaré.
Toutefois, il s’est voulu rassurant quant aux capacités de prise en charge.
« La maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo peut être vaincue grâce à une prise en charge médicale de qualité », a-t-il ajouté, évoquant des patients déjà guéris en Ituri.
Dans le même esprit, il a appelé à une mobilisation collective fondée sur la solidarité et l’engagement communautaire.
« La solidarité est notre meilleure protection. Mais au cœur de cette riposte doit se trouver l’appropriation communautaire, sous le leadership du gouvernement. Nous devons travailler étroitement avec les communautés, les écouter, comprendre les préoccupations qu’elles expriment et nous efforcer d’y répondre. C’est ainsi que nous pourrons mettre fin à cette épidémie », a-t-il soutenu.

« La règle du jeu est donc de travailler ensemble. Nous sommes ici, en Ituri et en RDC, pour témoigner de notre solidarité et rappeler à la population qu’elle n’est pas seule. Mais c’est avant tout l’engagement des communautés et les actions qu’elles entreprendront qui feront la différence », a-t-il poursuivi.
Le Directeur général de l’OMS a également interpellé la communauté internationale sur certaines mesures restrictives.
« J’ai également appelé les pays qui ont imposé des interdictions de voyage ou procédé à la fermeture de leurs frontières à reconsidérer ces mesures. Celles-ci compliquent les efforts de riposte et risquent de décourager la transparence ainsi que la confiance, pourtant essentielles pour sauver des vies », a-t-il expliqué, tout en remerciant tous ceux qui ont déjà contribué à la riposte.
Du côté du Gouvernement congolais, le ministre de la Santé a mis en avant les progrès logistiques et opérationnels réalisés depuis la déclaration officielle de l’épidémie.
« Ce qui s’est passé, c’est que l’épidémie a commencé à Mongbwalu et, au départ, nous n’avions pas identifié qu’il s’agissait d’Ebola. Cela a favorisé une propagation rapide des cas, d’autant plus que les communautés locales avaient d’autres perceptions de la maladie. Dès l’annonce officielle de l’épidémie, le déploiement logistique a été lancé », a expliqué Roger Kamba.
Il a assuré que les capacités de réponse sont aujourd’hui renforcées.
« Actuellement, nos entrepôts disposent de tout le matériel nécessaire pour couvrir l’ensemble des besoins en équipements de protection. Nous avons également tout ce qu’il faut pour répondre aux besoins médicaux liés à la prise en charge de cette épidémie », a-t-il affirmé.

S’agissant de l’évolution de la situation épidémiologique, le ministre a fait preuve d’un optimisme prudent.
« Le meilleur scénario est que l’ensemble des interventions combinées permette de réduire progressivement la transmission dans les trois provinces touchées », a-t-il déclaré.
« Trois provinces restent concernées par l’épidémie : l’Ituri, où nous nous trouvons aujourd’hui, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a-t-il précisé.
Il a ajouté que la très grande majorité des cas se trouve en Ituri, tandis que le Nord-Kivu enregistre une vingtaine environ de cas et que le Sud-Kivu ne compte, à ce stade, qu’un seul cas.
Dans une logique d’amélioration continue, Roger Kamba a également interpellé les parties prenantes sur les stratégies à renforcer.
« Que souhaiteriez-vous que nous fassions de plus ou de différent ? Existe-t-il d’autres stratégies que nous pourrions envisager pour prévenir la propagation du virus et mettre fin à l’épidémie dans un délai de quatre à six mois ? », a-t-il interrogé, soulignant que cette projection s’appuie sur les expériences passées et la durée d’incubation de la maladie.
L’OMS a réaffirmé son engagement à long terme aux côtés de la RDC.
« Nous resterons aux côtés des agents de santé aussi longtemps que nécessaire. Notre engagement demeure entier et ne faiblira pas. Ensemble, nous ne laisserons pas derrière nous les personnels de santé, les hôpitaux, les laboratoires et les services essentiels », a assuré Dr Tedros.
Il a également précisé que cet engagement dépasse la seule riposte actuelle.
« Alors que nous combattons cette épidémie à vos côtés, nous restons déterminés à veiller à ce que les autres services essentiels ainsi que l’assistance humanitaire continuent d’être fournis aux communautés », a-t-il ajouté.

À Bunia, ce front commun entre le Gouvernement congolais et l’OMS envisage de conjuguer expertise internationale, leadership national et engagement communautaire pour contenir durablement l’épidémie.
À l’issue de ce briefing spécial, Patrick Muyaya a insisté sur le rôle central du Gouvernement dans la coordination des interventions.
« L’OMS RDCONGO travaille sous le lead du gouvernement dans la riposte contre Ebola. Avec Roger Kamba et Dr Tedros, nous avons fait le point de notre collaboration pour une riposte qui permette de sauver les vies. Nous avons tout ce qu’il faut pour couvrir les besoins en testing, en médicaments et en matériels de protection. Nous avons vaincu Mpox, nous avons vaincu Ebola/Zaïre, faites-nous confiance !», a-t-il déclaré.
En somme, les efforts conjoints du Gouvernement congolais et de l’Organisation mondiale de la Santé commencent à produire des résultats encourageants sur le terrain, malgré la complexité de cette nouvelle épidémie.
Entre renforcement logistique, amélioration de la prise en charge et implication progressive des communautés, la riposte se structure et gagne en efficacité.
Si des défis persistent, notamment liés à la souche Bundibugyo et à la nécessité de maintenir la confiance des populations, les autorités restent confiantes quant à la capacité du pays à contenir la maladie, comme lors des précédentes épidémies.
Lydia Mangala


