Dans une atmosphère électrique, ponctuée d’applaudissements, de silences suspendus et d’émotions palpables, s’est tenue, ce samedi 25 octobre 2025 à Golden Tulip, la demi-finale du Concours Interuniversitaire Éloquence 360.
Ils étaient 150 candidats au départ, puis 90 ont franchi les primes, et 30 ont bravé cette ultime étape avant la grande finale.
Sous le regard attentif du jury, la modération rythmée et captivante de Daniel Tshizubu et d’un public captivé, chaque mot, chaque geste et chaque souffle comptait.

La scène s’est transformée en un véritable théâtre d’idées, où la jeunesse congolaise a fait briller son intelligence, son audace et sa créativité.
Quinze duos, quinze duels d’esprit
Rody Zola, secrétaire du jury, a donné le ton :
« Il y aura 15 tours, deux candidats en confrontation directe. Le jury notera, débattra et départagera », a-t-il annoncé.
Chaque duo s’est vu attribuer un thème et une question, invitant à la réflexion, à la contradiction, à l’émotion. Les candidats disposaient de trois minutes pour leur speech, puis deux minutes pour répondre à une question du jury, un format exigeant où la rigueur de la pensée rencontre la grâce de la parole.
Parmi les prestations marquantes :
– Sophia Kuku et Grâce Suwa ont ouvert le bal sur « La liberté », questionnant : « Faut-il tout perdre pour être libre, ou peut-on l’être en conservant ce qu’on aime ? »;
– Loleke Glody et Délice Tshiamwanza ont médité sur l’existence, entre égoïsme et altruisme;
– Déborah Kayeye et Daniella Mudikala ont débattu du « succès : fruit du mérite ou des relations ? »;
– Gat Muswamba et Rachel Mulowayi ont électrisé la salle sur « la jeunesse congolaise doit-elle attendre son tour ? »;
– Ketsia Umba et Chrino Mwenge, intrépides, ont exploré le courage à travers la désobéissance ;
– Tracy Saïdi et Robert Kandu Tshiendela ont questionné la mentalité congolaise et ses paradoxes ;
– Barhomi Aziza et Joyce Kapinga ont ému sur « la pauvreté justifie-t-elle la malhonnêteté ? »;
– Julien Ntumba et Paky Moyilulu ont fait vibrer la foi, oscillant entre libération et aliénation.
Chaque discours, chaque répartie, chaque silence bien placé a tenu la salle en haleine.
Un jury conquis, mais exigeant
Le jury, présidé par Emmanuella Zandi, et composé de Tony Ntambu, Isaac Okani et Rody Zola, n’a pas caché son admiration.
« Le niveau est très élevé ! C’était très plaisant, la posture, la force, la formulation. Je suis émerveillée », a déclaré Emmanuella Zandi.
Tony Ntambu a salué des candidats qui utilisent tout ce qu’il y a de meilleur lorsqu’on veut être un bon orateur.
« Je les ai accompagnés pendant près d’un mois, et voir ce niveau aujourd’hui, c’est très appréciable », a confié Rody Zola, ému.

« C’est magnifique, très encourageant ! Ne vous laissez pas emporter par le public, restez concentrés », a recommandé Isaac Okani aux candidats qui défilaient.
Le public, lui, retenait son souffle. L’intensité des échanges faisait naître une tension presque palpable, cette tension belle, propre aux grandes compétitions où chaque mot peut faire basculer un destin.
Des sujets brûlants et des joutes serrées
D’autres duels se sont succédé, mêlant profondeur philosophique et authenticité :
– Exaucé Ilasi et Manassé Kanku Mukadi sur l’amour, illusion ou vérité ?
– Imani Tshibanda et Bénie Mvondo sur l’unité et la vérité.
– Mi Rossyl et Joyce Salumu ont bravé le thème de la polygamie : tradition africaine ou excuse masculine ?
– Sophia Ndombe et Benitha Esther Mokwa ont ému sur la jeunesse congolaise, entre tradition et déracinement.
– Dominique Mona et Augustin Okito ont affronté la question du pouvoir et du leadership.
– Jenovic Ilunga et Aaron Manianga ont évoqué le paradis et la quête du bonheur.
Lorsque la dernière confrontation s’est achevée, un long silence a précédé le verdict. Les membres du jury, visiblement partagés, ont longuement délibéré.
« On a été tellement confus » a avoué Emmanuella Zandi, avant l’annonce des qualifiés.
Douze voix pour la finale : la jeunesse qui ose dire
Les cinq premiers qualifiés pour la grande finale sont :
– La première, Rachel Mulowayi (UCC), avec une note de 9,35/10 ;
– Le deuxieme, Julien Ntumba (LAU), avec une note de 8,68/10 ;
– Le troisième, Jenovic Ilunga (UNKIN), avec une note de 8,67/10 ;
– Le quatrième, Manassé Kanku (UNKIN), avec une note de 8,58/10 ;
– Et le cinquième, Tracy Saïdi (UPC), avec une note de 8,55/10.
Mais la tension ne s’est pas arrêtée là. Cinq duels supplémentaires ont départagé les meilleurs perdants et d’anciens candidats éliminés :
– Délice Tshiamwanza a triomphé face à Antha Mutamba autour de la question « Peut-on être heureux sans être utile ? »;
– Joyce Salumu l’a emporté face à Benjamin Mukendi autour de la question « Faut-il souffrir pour comprendre le monde ? »;
– Dominique Mona a conquis le jury sur « la liberté d’expression a-t-elle des limites ? »;
– Permella a remporté son duel contre Mi Rossyl sur « Entre prière et travail, où se cache le vrai miracle ? »;
– Nicolette Matuba s’est imposée face à Bertin Bekanga sur la question de savoir « Croire, est-ce fuir la réalité ou lui donner un sens ?.
Et parce qu’il fallait ajouter un peu de cœur à la raison, le jury a désigné deux « coups de cœur » : en premier Mi Rossyl.
En second lieu, le public, par un applaudimètre enflammé, a tranché en faveur de Gat Muswamba, ajoutant son nom à la liste des finalistes.
En tout, 12 candidats s’affronteront donc le samedi 1er novembre au Centre Culturel et Artistique des Pays de l’Afrique Centrale.
L’émotion de Rachel Mulowayi, première de la liste
Face à la presse, Rachel Mulowayi, de l’Université Catholique du Congo, s’est exprimée avec humilité et passion :
« Je sais que faire porter ma voix à travers les discours est quelque chose d’extrêmement important. Cette compétition est pour moi le moyen de m’exprimer, de révéler mes idées », a-t-elle fait savoir.

« Eloquence 360 est une très bonne initiative. C’est un espace où les jeunes peuvent venir s’exprimer correctement, librement, avec intelligence », a-t-elle ajouté.
Une génération qui pense, qui parle, qui ose
Au terme de cette demi-finale haletante, la certitude est que la jeunesse congolaise sait penser, parler et convaincre.
Dans un monde souvent bruyant, ces jeunes orateurs rappellent que la parole reste une arme de lumière, un outil de transformation et un pont entre les idées et l’action.
Le rendez-vous est pris pour la grande finale du samedi 1er novembre 2025, où la passion, la raison et la beauté des mots promettent encore de vibrer à l’unisson.
Lydia Mangala


