À l’occasion d’une conférence consacrée aux 30 ans de conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo, organisée à Ottawa, la voix congolaise s’est fait entendre avec fermeté. Chercheurs, étudiants, diplomates et responsables publics ont revisité trois décennies de violences, de résistances et d’enjeux géopolitiques qui continuent d’influencer la stabilité de la région des Grands Lacs.
Patrick Muyaya : « La RDC refuse que son histoire soit racontée par d’autres »
Invité d’honneur, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a livré une intervention structurée et pédagogique, mettant en lumière les dynamiques actuelles du conflit.
Sans détour, il a rappelé les responsabilités historiques, dénoncé les manipulations narratives et souligné les efforts diplomatiques entrepris par Kinshasa pour restaurer l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale.
« La République démocratique du Congo ne peut plus accepter que son histoire soit déformée ou instrumentalisée. Nous avons le devoir de porter notre propre récit, fondé sur les faits », a-t-il martelé devant un auditoire attentif.
Des analyses scientifiques pour éclairer le débat
Les contributions académiques ont enrichi les échanges. Le Professeur Buuma Maisha a dressé un tableau documenté des violences subies par les populations civiles, mettant en perspective les chiffres et les réalités humaines d’un conflit trop souvent réduit à des considérations stratégiques.
De son côté, le Docteur Yvon Muya Cimanga a analysé les racines régionales et historiques de la guerre, soulignant le rôle des intérêts transfrontaliers et des rivalités d’influence dans la persistance de l’instabilité.
Malgré des contraintes techniques, le Professeur Nicolas Hubert, intervenant depuis Rimouski, a suivi l’intégralité des travaux, illustrant l’intérêt croissant des milieux académiques internationaux pour la question congolaise.
Penser la paix pour la construire
L’initiative, portée notamment par le Centre de recherche sur le conflit et la SPU School of Conflict Studies, s’inscrit dans une dynamique de réflexion approfondie sur les mécanismes de sortie de crise.
Au-delà du rappel des tragédies, cette conférence a surtout mis en avant la nécessité de restituer à la RDC la maîtrise de son récit et de promouvoir une lecture équilibrée des réalités du terrain.
À Ottawa, il ne s’agissait pas uniquement de revisiter trente années de guerre. Il s’agissait de rappeler qu’au-delà des épreuves, un peuple demeure debout déterminé à défendre sa souveraineté et à construire une paix durable.
Joséphine Mawete



Des analyses scientifiques pour éclairer le débat