Après trois jours d’échanges stratégiques, de débats techniques et de plaidoyers engagés, le segment politique de haut niveau consacré au financement durable de l’éducation et de la formation s’est clôturé Jeudi 30 avril 2026 sur une note à la fois solennelle et résolument tournée vers l’action. Une certitude s’impose : la République démocratique du Congo veut désormais passer des engagements aux résultats concrets.
Sous la modération de Tracy Ntumba, conseillère au ministère de l’Éducation nationale, cette journée de clôture a cristallisé les attentes d’un secteur en quête de transformation profonde, tout en mettant en lumière les décisions structurantes qui orienteront les prochaines années.
Des priorités clarifiées pour un système en mutation
Prenant la parole au nom du Secrétariat permanent d’appui et de coordination du secteur de l’éducation (SPACE), le professeur Valère Munsya a dressé un bilan lucide des travaux. Il a présenté les priorités consolidées issues des ateliers, centrées notamment sur l’évaluation de la Stratégie sectorielle de l’éducation et de la formation (SSEF 2016–2025) et l’état d’avancement du Pacte de partenariat.
« Nous avons franchi des étapes importantes, mais le défi reste immense : transformer ces acquis en résultats tangibles sur la qualité des apprentissages », a-t-il souligné.

Les diagnostics établis au cours des ateliers thématiques convergent : malgré des avancées notables, le système éducatif congolais reste confronté à des défis persistants, notamment la faiblesse et la fragmentation des financements, l’insuffisance de données fiables pour le pilotage, ainsi que la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents sous-secteurs.
« Il est impératif de renforcer la gouvernance du système et d’améliorer l’utilisation des données pour orienter les politiques publiques », a insisté le professeur Munsya.
La voix forte de la jeunesse
Moment fort et chargé d’émotion : le plaidoyer de Dan Lwaya, élève et enfant reporter, qui a su capter l’attention de toute l’assemblée.
Avec une éloquence remarquable, il a rappelé l’essence même de ces assises :
« L’éducation n’est pas une simple clé, c’est une porte. Une porte à travers laquelle toute une nation trouve son sens », a-t-il lancé.

Dans un appel poignant, il a exhorté les décideurs à traduire les engagements en actions concrètes :
« Investir dans l’éducation, ce n’est pas dépenser, c’est semer. Semer des médecins, des ingénieurs, des enseignants, des leaders de demain ».

Il a également insisté sur l’amélioration des conditions d’apprentissage et de travail :
« Chaque enfant mérite une éducation de qualité, des infrastructures dignes et des enseignants motivés et valorisés ».
Raïssa Malu trace la voie 2026–2030

Au cœur de cette clôture, la ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu, a dévoilé les arbitrages majeurs de la future Stratégie sectorielle intérimaire de l’éducation et de la formation (SSIEF 2026–2030).
Son message est clair : recentrer le système éducatif sur la qualité des apprentissages et investir massivement dans le capital humain.
« Nous devons bâtir une école qui forme, qui transforme et qui prépare nos jeunes à répondre aux réalités de l’économie moderne », a-t-elle déclaré.

Parmi les axes stratégiques annoncés :
- le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants l’alignement de l’éducation avec
- les besoins du marché du travail une gouvernance plus cohérente et mieux coordonnée
- un financement durable, mieux structuré et moins fragmenté
« Chaque franc investi dans l’éducation doit produire un impact réel et mesurable », a-t-elle martelé.
Une déclaration qui engage la République

La lecture de la Déclaration de Kinshasa sur le financement durable de l’éducation, assurée par Tracy Ntumba, a constitué l’un des moments les plus solennels de la cérémonie.
« Ce forum ne doit pas rester une simple tribune d’échanges. Il doit laisser une trace structurée, des engagements clairs et une responsabilité collective assumée », a-t-elle affirmé.

Adoptée par l’ensemble des parties prenantes, cette déclaration consacre une vision commune : faire de l’éducation un droit effectif pour tous, un levier de cohésion sociale et un pilier du développement durable en RDC.
L’art au service de la conscience collective

La culture s’est également invitée dans cette clôture avec la performance poignante de la slameuse Do Ndoseme, qui a transporté l’audience à travers l’histoire de Kavira, une jeune fille déterminée à surmonter la pauvreté par l’éducation.
« Le silence est parfois la première des pauvretés, et l’acceptation le premier pas vers le changement », a-t-elle exprimé dans un slam chargé de symbolisme.

À travers ce récit, c’est toute la réalité de milliers d’enfants congolais qui a été mise en lumière, rappelant l’urgence d’agir.
Un engagement au plus haut niveau de l’État
Clôturant officiellement les travaux au nom de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a salué la qualité des échanges et réaffirmé l’engagement du gouvernement.
« Les avancées enregistrées grâce à la SSEF sont réelles. Mais le véritable défi commence maintenant : celui de consolider ces acquis et d’accélérer la transformation de notre capital humain », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur la nécessité d’un partenariat renforcé entre l’État, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers pour garantir un financement durable et efficace.
Ben Mandjolo


