Après trois années de recherches intensives menées sur le terrain, les premiers résultats du projet PROCHE ont été présentés le vendredi 5 décembre 2025 au Musée National de la République Démocratique du Congo (MNRDC).
Cette restitution marque une étape décisive dans l’exploration de l’histoire des objets congolais conservés en Belgique.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Directeur général de l’AfricaMuseum, Bart Ouvry, des cadres et des chercheurs de l’Institut des Musées Nationaux du Congo (IMNC), ainsi que de plusieurs partenaires du secteur patrimonial.
Un projet inédit au cœur des enjeux de transparence et de restitution
Lancé par l’AfricaMuseum en collaboration étroite avec une équipe pluridisciplinaire de l’IMNC, le projet PROCHE poursuit l’objectif de reconstituer le parcours des objets congolais depuis leur collecte jusqu’à leur arrivée en Belgique.
Cette initiative répond à une exigence de transparence croissante exprimée par les États d’origine, dont la RDC, mais aussi par de nombreux chercheurs, historiens et acteurs du monde muséal.
L’AfricaMuseum, qui abrite près de 82 000 objets ethnographiques et instruments de musique africaine, cherche ainsi à éclairer des pans d’histoire souvent méconnus, voire volontairement occultés, autour des collections provenant d’Afrique centrale.
Une recherche scientifique rigoureuse menée sur le terrain
Durant trois ans, cinq chercheurs de l’IMNC ont parcouru plusieurs provinces du pays afin d’examiner les origines précises d’un premier échantillon de 22 objets.
Les zones d’étude comprennent les provinces du Mai-Ndombe, du Sankuru, du Kasaï Central (Mbuji-Mayi), du Kongo Central et du Nord-Kivu.
Cette première phase constitue une avancée majeure car elle permet d’associer enquête locale, analyse historique et mémoire communautaire, tout en rétablissant des liens essentiels entre les œuvres et les populations dont elles sont issues.
Restituer le fil d’une histoire longtemps fragmentée
Pour de nombreux objets conservés dans les musées européens, la documentation est lacunaire, parfois inexistante.
Le projet PROCHE s’efforce d’y remédier en identifiant les conditions exactes de collecte, souvent marquées par des rapports de force coloniaux, précisant les circonstances de leur transfert vers la Belgique, reconstituant le vécu culturel, symbolique et social de chaque pièce, réduisant les zones d’ombre et ambiguïtés autour de la provenance ainsi qu’en ouvrant la voie à de futures recommandations, notamment en matière de restitution ou de circulation patrimoniale.
Il s’agit donc d’un processus méthodique visant à redonner voix et sens à un patrimoine longtemps éloigné de ses communautés d’origine.
Un dialogue renouvelé entre la RDC et la Belgique
La présentation des premiers résultats marque une étape charnière dans la coopération muséale entre Kinshasa et Tervuren.
Pour l’IMNC comme pour l’AfricaMuseum, le projet PROCHE nourrit un dialogue sincère et basé sur des données vérifiées, donne aux communautés congolaises un droit de regard sur leur patrimoine et prépare le terrain à un processus futur de restitution, de prêt ou de co-gestion des collections.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement international plus large, observé depuis plusieurs années, visant à repenser la gestion des collections issues de contextes coloniaux.
Une étape importante, et le début d’un processus plus vaste
Ces premiers résultats ne marquent pas la fin des recherches mais plutôt le point de départ d’une phase approfondie, qui concernera plusieurs centaines d’objets supplémentaires.
Les équipes des deux institutions ont d’ailleurs réaffirmé leur volonté de poursuivre ce travail conjoint, avec une intensification des enquêtes de terrain, de la documentation scientifique et de l’implication des communautés locales.
Le projet PROCHE ouvre ainsi un chapitre inédit dans la coopération culturelle entre la RDC et la Belgique, en mettant la science, la transparence et la justice patrimoniale au cœur de la démarche.
Pour la RDC, il s’agit d’un pas essentiel vers la reconquête symbolique de son héritage culturel et pour la Belgique, d’un engagement fort envers une muséologie renouvelée, éthique et responsable.
Lydia Mangala


