Lors d’un atelier consacré au mécanisme de Protection Intégrée et Résilience des Défenseurs des Droits Humains (PIR-DDH) tenu le vendredi 12 juin, l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne en République démocratique du Congo a réaffirmé les raisons de son appui à un dispositif de protection transitoire en faveur des défenseurs des droits humains (DDH) déplacés de l’Est vers Kinshasa.
Prenant la parole au nom de l’institution diplomatique, Paul, représentant de l’ambassade, est revenu sur la genèse et les limites structurelles des programmes d’urgence destinés aux DDH en situation de risque immédiat.

Dès l’entame de son intervention, il a replacé le contexte ayant motivé l’engagement allemand.
« Pour l’Allemagne, c’était un projet à chaud. L’observation fondamentale, c’était un taux de protection lié aux détachements et aux dégâts subis », a expliqué le diplomate, en référence aux déplacements forcés des défenseurs des droits humains.
Selon le représentant de l’ambassade, les mécanismes classiques de protection humanitaire sont généralement conçus pour répondre à des situations de danger immédiat. Cependant, la réalité du terrain en RDC, notamment avec l’arrivée prolongée de DDH venus de l’Est et installés à Kinshasa, a mis en évidence les limites de ces dispositifs.

« Normalement, ces programmes sont conditionnés par le danger immédiat à la vie et à la santé d’une personne. Mais lorsqu’une personne se trouve à Kinshasa après avoir quitté l’Est, ce critère n’est plus forcément rempli », a-t-il souligné.
Il a insisté sur le fait que ces défenseurs, une fois déplacés, se retrouvent souvent sans ressources ni base socio-économique, rendant leur situation particulièrement précaire.
« Ces personnes n’ont rien lorsqu’elles arrivent à Kinshasa », a-t-il ajouté, évoquant la nécessité d’un appui transitoire adapté.

Face à cette réalité, l’Ambassade d’Allemagne a mis en place un projet pilote de soutien transitoire, exécuté sur une période courte, entre septembre et décembre 2015, destiné à répondre à une situation d’urgence prolongée.
« Il s’agissait d’un projet de un à deux mois, conçu pour apporter un soutien rapide et ciblé », a précisé Paul, soulignant le caractère expérimental de l’initiative.
Toutefois, il a reconnu les limites de ce type d’intervention, notamment en matière de continuité et de prise en charge à long terme.
Le représentant de l’ambassade a surtout insisté sur la transition entre la protection d’urgence et la résilience durable des défenseurs des droits humains.
« La responsabilité de l’ambassade ne peut pas s’étendre sur des années et des années », a-t-il rappelé, appelant à une meilleure articulation entre les acteurs internationaux et nationaux.

Il a averti contre le risque de dépendance prolongée aux mécanismes d’urgence.
« Une société civile en exil ne peut pas être une solution permanente. À un moment donné, la prise en charge doit être assurée par d’autres acteurs », a-t-il déclaré.
Pour Paul, l’enjeu dépasse la seule intervention d’un partenaire international. Il s’agit désormais de penser la protection des défenseurs des droits humains comme un processus intégré, combinant urgence, transition et autonomisation.
« La protection, c’est vraiment la protection, mais elle ne peut pas être éternelle. Elle doit préparer à autre chose », a-t-il insisté.

Il a également souligné que les besoins croissants dépassent les capacités d’un seul partenaire.
« Il ne sera pas toujours possible de prendre en charge tout le monde », a-t-il reconnu, tout en réaffirmant la pertinence de l’expérience pilote menée.
L’Ambassade d’Allemagne a réitéré son engagement aux côtés de Afia Mama Asbl et d’autres acteurs internationaux, tout en appelant à une réflexion plus large sur la durabilité des mécanismes de protection des DDH.
La protection des défenseurs des droits humains ne peut plus se limiter à l’urgence, mais doit désormais intégrer une vision de long terme, fondée sur la résilience, la transition et la responsabilité partagée entre partenaires.
Lydia Mangala


