Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a exprimé sa profonde inquiétude après la publication des rapports de Human Rights Watch et Amnesty International, révélant de graves exactions contre les civils dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Dans une déclaration publiée ce vendredi 22 août 2025, le médecin congolais et défenseur des droits humains a dénoncé l’usage systématique de la violence sexuelle comme arme de guerre et a appelé la communauté internationale à agir sans délai pour mettre fin à l’impunité.
Des exactions alarmantes dans l’Est de la RDC
Dans sa déclaration, Denis Mukwege a rappelé que les rapports publiés le 20 août 2025 confirment les crimes commis dans une région en grande partie sous contrôle de l’armée rwandaise, dans le cadre de ce qu’il qualifie d’énième guerre d’agression.
Selon lui, les informations recueillies par Human Rights Watch et Amnesty International sur les massacres commis à Rutshuru en juillet dernier, visant principalement les civils d’origine hutue, confirment les observations du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme publiées le 6 août.
« Nous sommes alarmés par le recours généralisé à la violence sexuelle comme une méthode de guerre par l’ensemble des parties au conflit, notamment par le M23, dont le contrôle et la direction de facto sont assurées par les Forces de défense rwandaises », a-t-il déclaré.
Un rappel historique lourd de sens
Mukwege a insisté sur le fait que ces atrocités rappellent les crimes commis à l’encontre des Hutus en 1996 et 1997 lors de la première guerre du Congo, déjà répertoriés dans le rapport Mapping des Nations Unies.
Il a souligné que si ces crimes étaient portés devant un tribunal compétent, ils pourraient être qualifiés de génocide en raison de leur gravité et de leur caractère imprescriptible.
Le Prix Nobel de la Paix a indiqué que près de quinze ans après la publication du rapport Mapping, la situation reste tragiquement similaire et que les récents rapports de la société civile et des Nations Unies devaient interpeller la communauté internationale.
Selon lui, il ne pouvait plus être question de fermer les yeux sur ces crimes, et la justice devait être mise en œuvre pour éviter leur répétition.
Appel à la justice et à des sanctions internationales
Dans ses propos, Denis Mukwege a rappelé que les États et les institutions œuvrant pour la paix dans les Grands Lacs ne pouvaient ignorer les millions de victimes congolaises.
« Les États et les institutions qui cherchent à restaurer la paix dans la région des Grands Lacs ne pourront faire l’économie de la justice et nier les millions de victimes congolaises », a-t-il insisté.
Le médecin congolais a exhorté les Nations Unies, l’Union européenne et les États à adopter des sanctions fortes et coordonnées contre les responsables militaires et politiques des crimes commis.
Il a également appelé à mobiliser les ressources nécessaires pour créer un Tribunal Pénal International pour le Congo, des chambres spécialisées mixtes et pour la mise en œuvre complète de la justice transitionnelle.
Dénis Mukwege a insisté sur l’importance de combiner sanctions, mécanismes judiciaires et prévention, afin que les crimes les plus graves à l’encontre des populations civiles ne restent pas impunis.
Il a conclu en soulignant que la mobilisation internationale n’était pas seulement une obligation morale mais également une nécessité juridique pour préserver la paix et la stabilité dans la région.

Lydia Mangala


