Le Gouvernement de la République démocratique du Congo a exprimé sa profonde consternation à la suite du tragique éboulement survenu le mercredi 28 janvier 2026 sur le site minier de Luwowo, dans l’agglomération de Gasasa, au cœur du périmètre minier de Rubaya, territoire de Masisi. Ce drame a coûté la vie à des centaines de civils, majoritairement des creuseurs artisanaux, contraints de travailler dans des conditions extrêmes en raison de l’exploitation sauvage et illégale des ressources naturelles, imputée au Rwanda et au M23/AFC.
Selon les premières informations recueillies sur le terrain, l’éboulement massif aurait fait au moins 200 morts, de nombreuses personnes ayant été ensevelies à l’intérieur ou à proximité immédiate des puits de creusage, dans un environnement dépourvu de toute norme de sécurité. Le Gouvernement rappelle qu’en juin 2025, plus de 300 civils avaient déjà perdu la vie dans des circonstances similaires dans ce même périmètre minier, révélant un schéma récurrent de mise en danger grave des populations civiles.
En ces circonstances douloureuses, le Gouvernement adresse ses condoléances les plus attristées aux familles endeuillées, partage la peine des communautés affectées et s’incline devant la mémoire des victimes. Il réaffirme sa solidarité avec les populations de Rubaya et de l’ensemble du territoire de Masisi, durement éprouvées par des violences et des drames à répétition, et assure les familles du soutien et de l’attention de l’État.
Les autorités rappellent que le périmètre minier de Rubaya avait été classé au statut « rouge » par arrêté ministériel du 12 février 2025, statut prorogé en novembre 2025. Ce classement interdit formellement toute activité d’exploitation et de commercialisation des substances minérales, y compris artisanale. Les activités de creusage observées sur le site s’opèrent donc en violation flagrante de la loi et sans aucun respect des règles de sécurité.
Le Gouvernement souligne que les activités minières menées dans ce contexte d’occupation armée constituent un système structuré de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles, intégré à une chaîne d’approvisionnement illicite d’ampleur industrielle, de l’extraction à la commercialisation frauduleuse, au profit du Rwanda. Les données disponibles indiquent qu’entre 112 et 125 tonnes de coltan seraient extraites chaque mois dans le périmètre de Rubaya et acheminées exclusivement vers le Rwanda, en dehors de toute autorisation administrative et de toute traçabilité conforme, alimentant ainsi directement une économie de guerre.
Cette situation se reflète dans de graves anomalies statistiques régionales, notamment une augmentation de plus de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, sans lien avec ses réserves naturelles connues, révélant des mécanismes de blanchiment de minerais congolais issus de zones sous occupation armée.
Le Gouvernement déplore par ailleurs l’inefficacité manifeste des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité, notamment ceux de l’ITRI/ITA et de la CIRGL, qui n’ont pas permis d’empêcher la certification et l’écoulement frauduleux de minerais provenant de sites classés « rouges ». Il dénonce également l’imprudence d’acheteurs finaux et d’acteurs économiques internationaux qui continuent de s’approvisionner auprès du Rwanda en minerais issus de Rubaya, en dépit des alertes répétées des autorités congolaises, contribuant indirectement au financement des groupes armés et à l’exploitation violente des creuseurs artisanaux.
Ces actes, rappelle le Gouvernement, sont prohibés par le droit international humanitaire, notamment la Convention de La Haye de 1907 et la Quatrième Convention de Genève de 1949, et constituent des crimes de guerre au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Ils violent également plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant l’exploitation illégale des ressources naturelles et son lien avec le financement des groupes armés en République démocratique du Congo.
Le Gouvernement annonce qu’il poursuivra la documentation rigoureuse de ces faits et engagera les démarches appropriées devant les juridictions compétentes afin que toutes les responsabilités soient établies. Il réaffirme sa détermination à rétablir l’autorité de l’État et à mettre un terme définitif à toute exploitation illégale des ressources naturelles.
Tout en réitérant son engagement en faveur d’une paix durable, notamment à travers les processus diplomatiques en cours, le Gouvernement souligne que cette volonté ne saurait en aucun cas justifier l’impunité ni occulter les crimes et violations graves commis sur le territoire national. Il appelle enfin la communauté internationale à prendre pleinement la mesure de ce drame, conséquence directe d’une occupation armée et d’un système organisé de pillage des ressources naturelles de la République démocratique du Congo.
Joséphine Mawete


