Le gouvernement de la République du Congo a officiellement mis fin au contrat emphytéotique conclu en 2022 avec des sociétés à capitaux rwandais pour l’exploitation de vastes terres agricoles.
Cette décision, annoncée le vendredi 6 juin 2025 par le porte-parole Thierry Lézin Moungalla, fait suite au non-respect des clauses prévoyant le démarrage des travaux avant décembre 2024.
Des autorisations provisoires en défaut d’exécution
Thierry Lézin Moungalla a rappelé que les autorisations délivrées en 2022 étaient provisoires et fragiles, conditionnées à la réalisation d’un certain nombre d’actes par les entreprises rwandaises concernées.
Or, à la date butoir du 8 décembre 2024, aucun démarrage concret des travaux n’avait été enregistré.
Le ministère d’État aux Affaires foncières, par la voix du ministre Mabiala, a alors notifié l’annulation formelle du contrat aux partenaires privés, mettant ainsi un terme définitif à ce dossier.
Un dossier sensible sur le plan diplomatique
Cette affaire avait déjà suscité de vives critiques en République du Congo, où l’agriculture vivrière repose sur seulement 5 % des 12 millions d’hectares de terres arables disponibles.
L’opposition avait dénoncé ces accords comme une atteinte à la souveraineté nationale, soulignant que céder d’immenses domaines à des intérêts rwandais, même via des sociétés de droit congolais, portait atteinte à la sécurité alimentaire du pays.
Kinshasa, de son côté, a rompu ses relations diplomatiques avec Kigali en raison du soutien rwandais aux rebelles du M23 dans l’est de la RDC, renforçant l’arrière-plan politique de cette annulation.
Défense et clarification par les autorités congolaises
En juin 2023, Denis Christel Sassou Nguesso, ministre de la Coopération internationale et fils du président, avait tenté de désamorcer la polémique en expliquant que l’État ne cédait pas directement de terres aux Rwandais, mais accordait seulement des baux emphytéotiques à des sociétés congolaises dont les actionnaires résident au Rwanda.
À l’été 2024, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso s’était rendu dans le département de Bouenza pour confirmer qu’aucune délégation rwandaise n’avait officiellement visité les zones agricoles concernées.
Vers une redéfinition des politiques foncières
Avec l’annulation de ce contrat, le gouvernement congolais réaffirme la nécessité de protéger ses ressources agricoles stratégiques et de renforcer la transparence des procédures foncières.
Cette décision traduit la volonté de faire primer l’intérêt national et la souveraineté alimentaire sur les partenariats controversés.
Les prochaines étapes consisteront à réétudier les modalités de mise à disposition des terres, tout en garantissant une exécution effective des projets de développement agricole.
La fin de ce deal emblématique marque un tournant dans la gestion foncière de la République du Congo.
Elle résonne comme un rappel que toute concession de terres publiques doit s’accompagner d’une réalisation concrète des engagements, au service de la souveraineté et du bien-être des populations.
Lydia Mangala


