Près d’un mois après avoir été expulsées de force de Pakadjuma, dans la commune de Limete à Kinshasa, de nombreuses familles choisissent de revenir s’installer au milieu des ruines de leurs anciennes habitations. Cette décision fait suite à des conditions de vie jugées invivables sur le site de relocalisation de N’sele.
Les personnes déplacées dénoncent unanimement la faim, le manque d’eau potable et d’électricité, ainsi que des suspicions de cas de choléra affectant les enfants. Ces conditions désastreuses ont poussé un grand nombre d’entre elles à abandonner le site de N’Sele, préférant retourner à Pakadjuma malgré les risques.
Sur l’étendue de débris où se trouvaient autrefois leurs maisons, des dizaines de personnes sont désormais visibles. Elles transportent des objets récupérés parmi les décombres ou fouillent le sol dans l’espoir de retrouver des matériaux encore utilisables. Les rails de chemin de fer qui traversent le site, jonchés de détritus, rappellent l’objectif affiché des autorités de libérer l’emprise ferroviaire de l’ONATRA.
L’environnement actuel est marqué par l’absence d’abris solides, remplacés par des bâches, des morceaux de bois et des objets épars. Chaque espace témoigne de la violence de l’opération d’expulsion, laissant les habitants évoluer dans un paysage totalement dévasté.
« Qu’on trouve une solution… Ici, nous avions notre activité. Nous ne faisions rien de mal. S’ils pouvaient nous aider à partir par nos propres moyens, ce serait mieux. Là où on nous envoie, les gens meurent. J’ai vu une mère perdre ses trois enfants. Les inondations empêchent de s’installer correctement, les gens vivent dehors », déplore une femme, revenue du site de N’Sélé.
Ces résidents de Pakadjuma affirment leur refus de quitter à nouveau leur lieu de vie.
« Nos enfants ne peuvent plus étudier. Sans maison, comment peuvent-ils apprendre ? Plusieurs enfants meurent faute d’abri. Aidez-nous, s’il vous plaît, à retourner même dans nos villages », témoigne une autre mère l’impact dévastateur sur l’éducation de leurs enfants.
La démolition de Pakadjuma, survenue le 10 février dernier, avait déclenché des manifestations et des affrontements, créant une atmosphère de tension dans la commune de Limete. Les habitants dénonçaient une opération menée sans préavis adéquat, les laissant sans logement du jour au lendemain. La colère demeure, beaucoup estimant que les autorités n’ont pas mis en place les mesures d’accompagnement nécessaires face à cette crise humanitaire.
Malgré les assurances de la bourgmestre de Limete, qui affirme que des dispositions sont prises pour reloger les personnes déplacées et que des tentes sont en cours d’installation sur le site de N’sele, la réalité sur le terrain contredit ces propos. Les familles revenues à Pakadjuma rapportent que les conditions à N’sele restent précaires, avec des ménages toujours sans abri, sans accès à l’eau potable ni aux services sociaux essentiels.
La population de Pakadjuma se retrouve donc face au dilemme de rester sur un site dévasté, exposé aux éléments et à l’insalubrité, ou retourner dans un camp de relocalisation jugé invivable, marqué par la maladie et la famine. Entre l’espoir d’être entendus et la crainte d’une nouvelle expulsion, leur seule demande est d’être relogés dignement, dans des conditions humaines.
Joëlle Luniongo


