La capitale de la République Démocratique du Congo, Kinshasa, souffre d’une insalubrité alarmante qui touche tous ses quartiers. Malgré les efforts déployés par les autorités et les partenaires, la ville est envahie par des odeurs nauséabondes, même dans les zones jugées « huppées ». Chaque jour, des dizaines de tonnes de déchets sont produites, mais leur évacuation reste un véritable casse-tête.
Pour mieux comprendre cette situation, une stagiaire de Zolanews.net a interrogé des femmes ménagères de la commune de Kinshasa. Elles pointent le doigt sur l’État congolais, accusé de ne pas avoir de politique d’assainissement efficace.
« La responsabilité revient au gouvernement, qui doit d’abord résoudre les problèmes sociaux de la population. L’insalubrité en fait partie. Nous faisons de notre mieux pour garder nos maisons propres, mais l’État doit nous fournir des lieux pour jeter nos déchets. Installer des poubelles publiques et engager des personnes pour les vider régulièrement serait un bon début, » affirment les vendeuses du marché de Kintambo.

J’ai également recueilli l’avis de Dieu-merci Lemba, un environnementaliste et expert en ressources en eau. Selon lui, l’insalubrité à Kinshasa est le reflet d’une politique gouvernementale défaillante et d’un manque de sensibilisation au sein de la population.
« L’insalubrité que nous connaissons est d’abord un problème politique. Les stratégies mises en place ne sont ni efficaces ni écologiques. Les industries de plastique continuent de polluer sans valorisation de leurs déchets. Lors de fortes pluies, les habitants jettent leurs ordures dans les caniveaux et rivières, ce qui nuit à notre écosystème aquatique, » explique-t-il.
Lemba critique également le slogan « Kinshasa ezobonga », qu’il considère comme un simple slogan politisé, sans impact réel.
« Nous manquons d’informations sur la gestion des déchets. Notre capitale est vaste, mais les lieux de dépôt sont rares. On doit apprendre à séparer les déchets ménagers des plastiques pour attirer des investissements. Les déchets à Kinshasa ne sont pas considérés comme tels ailleurs. L’interdiction de la production de plastiques ne suffit pas ; il faut créer des usines de transformation et des lieux de déversement. »
Malgré l’initiative « Kin Bopeto » lancée par le gouverneur Gentiny Ngobila il y a trois ans et la récente opération « Kinshasa Ezobonga » par le gouvernement actuel, la situation reste préoccupante. Officiellement, ces opérations visent à améliorer l’évacuation des déchets et à changer les mentalités des Kinois. Cependant, sur le terrain, le constat est amer. Les poubelles publiques débordent et les canalisations d’eau sont souvent bouchées, malgré la construction de nouveaux caniveaux dans certains quartiers.
Joëlle Luniongo


