Paris, 27 mai 2026. Dans la prestigieuse salle Médicis du Palais du Luxembourg, au Sénat français, la Directrice exécutive d’Afia Mama ASBL, Anny T. Modi, a lancé un vibrant appel à la reconnaissance des souffrances des survivantes des violences sexuelles liées aux conflits en République démocratique du Congo, à l’occasion d’une projection-débat de haut niveau organisée autour du thème : « Amplifier les voix des survivantes : lutter contre les violences sexuelles et l’impunité en République démocratique du Congo ».
Devant des sénateurs français, des parlementaires congolais, des représentants d’institutions publiques, des organisations internationales et des acteurs de la société civile, la responsable de l’organisation féministe congolaise a rappelé que cette initiative répondait avant tout à une « urgence morale » face à l’ampleur des atrocités commises depuis plus de trois décennies dans l’Est de la RDC.
« Cette rencontre est un message de solidarité, un message de responsabilité collective, mais surtout un message de reconnaissance envers les survivantes congolaises dont les voix ont trop longtemps été marginalisées, invisibilisées ou réduites au silence », a-t-elle déclaré.
Une crise humanitaire qui dure depuis plus de trente ans

Dans son intervention, Anny T. Modi a dressé un tableau sombre de la situation sécuritaire et humanitaire en République démocratique du Congo. Selon elle, les femmes et les filles ont payé un tribut particulièrement lourd dans les conflits successifs qui ravagent le pays.
« Leurs corps ont été utilisés comme champs de bataille. Le viol a été utilisé comme arme de terreur, de domination et de destruction sociale », a-t-elle dénoncé.
La Directrice exécutive d’Afia Mama a également souligné les liens entre les violences, l’exploitation illégale des ressources naturelles et les intérêts géopolitiques qui alimentent l’instabilité dans la région des Grands Lacs. Elle a estimé que la communauté internationale ne pouvait plus ignorer le coût humain de cette réalité, alors que les minerais stratégiques de la RDC jouent un rôle central dans la transition énergétique mondiale.
Plaidoyer pour la reconnaissance de la tragédie congolaise
L’un des temps forts de son discours a été l’appel à ouvrir un débat international sur la reconnaissance de ce qu’elle a qualifié de « tragédie humaine prolongée » en RDC.
Pour Anny T. Modi, les violences massives, les déplacements forcés, les crimes sexuels à grande échelle et l’impunité persistante ne peuvent plus être réduits à une succession de crises sécuritaires.
« Nous ne parlons pas uniquement de statistiques. Nous parlons de vies humaines. Nous parlons de mémoire. Nous parlons de dignité. Nous parlons de justice », a-t-elle insisté.
Selon elle, reconnaître les souffrances des victimes constitue une étape essentielle vers une justice réparatrice et une paix durable dans la région.
Les femmes au cœur de la paix et de la reconstruction
Fidèle à la vision portée par Afia Mama ASBL, Anny T. Modi a défendu une approche fondée sur la diplomatie féministe et le leadership des femmes dans les processus de paix.
« Aucune paix durable ne peut être construite sans les femmes », a-t-elle affirmé, plaidant pour un renforcement des alliances entre mouvements féministes africains, institutions publiques, partenaires internationaux et organisations de la société civile.
Elle a également salué la présence de plusieurs représentantes africaines venues notamment du Sénégal grâce au soutien d’ONU Femmes et de partenaires internationaux, illustrant selon elle la force de la solidarité féministe à l’échelle du continent.
Humaniser les statistiques
La rencontre a été marquée par la projection du documentaire « Amplifier les voix des survivantes », réalisé par Afia Mama ASBL. Présentant cette œuvre, Anny T. Modi a expliqué qu’elle avait été conçue non pour choquer mais pour « humaniser » les réalités vécues par les victimes.
Le documentaire donne la parole à des survivantes, des personnes déplacées, des défenseures des droits humains ainsi qu’à des acteurs institutionnels engagés dans la lutte contre l’impunité et l’accompagnement des victimes.
« Amplifier les voix des survivantes, c’est déjà refuser l’oubli. Et refuser l’oubli, c’est commencer à construire la justice », a conclu la Directrice exécutive d’Afia Mama ASBL sous les applaudissements de l’assistance.

Cette projection-débat était organisée par Afia Mama ASBL en partenariat avec le Sénat français à travers le Groupe interparlementaire d’amitié France–Afrique centrale, avec la participation notamment du ministre congolais des Droits humains,du Fonds national des réparations des victimes (FONAREV), de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), de l’envoyé spécial pour la région des grands lacs de France, la représentante du bureau de l’ONU Femme pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest qui a soutenu la participation des jeunes femmes féministes africaines venues du Cameroun pour l’événement à Paris et de plusieurs parlementaires français et congolais.
Joséphine Mawete


