Cinquante-deux ans. C’est le temps qui sépare la République Démocratique du Congo de sa dernière et unique apparition en phase finale de Coupe du Monde (1974). Aujourd’hui, le peuple congolais retient son souffle. Le 31 mars 2026, à Guadalajara au Mexique, les Léopards ne seront plus qu’à 90 minutes ou 120 de briser cette malédiction. Après avoir écarté le Nigeria et le Cameroun au prix de combats épiques, la RDC se dresse en tête de série de ce barrage intercontinental, attendant de pied ferme le vainqueur du duel entre la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie.
Pourtant, cette quête historique s’accompagne d’un goût d’inachevé. L’élimination précoce en huitième de finale de la CAN 2025 face à l’Algérie au stade Prince Moulay Hassan (défaite 1-0 en prolongations sur un éclair d’Adil Boulbina) qui a laissé des cicatrices. Après ce choc décisif, une question brûle toutes les lèvres. Sébastien Desabre doit-il privilégier le groupe de la CAN ou injecter du sang neuf ?
Entre continuité et renforcement, l’équation Desabre…
Sébastien Desabre a bâti son succès sur une cohésion de groupe remarquable depuis deux ans. La logique voudrait qu’il fasse confiance aux cadres qui ont ramené les Léopards sur le devant de la scène continentale. Mais le football de haut niveau est une affaire de forme et d’opportunités.
Le retour tant attendu de la star Yoane Wissa, dont l’absence pour blessure a cruellement pesé sur l’efficacité offensive lors de la CAN, est déjà une première victoire. Son dynamisme en attaque pourrait être le facteur X qui a manqué contre les Fennecs. Cependant, l’ombre des binationaux plane sur cette liste attendue dans les prochains jours.
Les indiscrétions de Foot Mercato et les rumeurs persistantes autour de pépites comme Arnaud Kalimuendo, Dilane Bakwa ou encore le jeune Senny Mayulu du PSG alimentent tous les fantasmes. En fait, pour Desabre, l’enjeu est de ne pas briser l’équilibre émotionnel du vestiaire tout en élevant le plafond technique de l’équipe. Intégrer des joueurs évoluant en Premier League ou en Bundesliga juste avant une finale est un pari risqué, mais ô combien tentant.
Avec des profils comme Christian Mawissa (Monaco) ou Saël Kumbedi (Wolfsburg) dans le viseur, la concurrence devient féroce. Chancel Mbemba reste le patron, mais l’apport de jeunesse pourrait solidifier un bloc parfois mis à mal par l’usure physique. En attaque, si Bakambu et Elia restent des piliers, l’arrivée potentielle d’un finisseur comme Kalimuendo transformerait le statut de la RDC. Jusque-là, l’on ne parle plus seulement d’une équipe qui «tient tête», mais d’une nation capable de dominer ses adversaires.
Sans doute, le rassemblement prévu le 23 mars, avec un amical de préparation le 26, selon les informations de Afrik Foot sera crucial. Ce court laps de temps devra suffire à Desabre pour transformer ce problème de riches en une machine de guerre prête à conquérir le sol mexicain.
À quoi s’attendre le 31 mars ? sur le papier, la Jamaïque ou la Nouvelle-Calédonie semblent à la portée des Léopards. Mais le piège du barrage intercontinental réside dans sa dimension psychologique. La RDC ne jouera pas seulement contre un adversaire, elle jouera contre son propre destin. Dans trois semaines, l’on peut s’attendre à une équipe congolaise proactive, portée par une ferveur nationale sans précédent.
Si Desabre parvient à marier l’expérience de ses grognards de la CAN avec l’insouciance des nouveaux venus, les Léopards pourraient bien transformer le Mexique en terre de gloire. Plus qu’un match, c’est une rédemption qui se jouera à l’Estadio Akron. Le rendez-vous est pris. Et, pour la RDC, l’histoire n’attend pas.
Josaphat Mayi


