Zolanews.net poursuit sa série de rencontres avec celles et ceux qui transforment le monde à leur manière. Aujourd’hui, lumière sur un acteur de la paix, un bâtisseur d’espoir : Chris Muakuya.
Dans un contexte mondial de plus en plus tendu, où les conflits, les inégalités et le changement climatique pèsent lourdement sur les jeunes générations, certains se lèvent avec conviction pour incarner l’espoir. Chris Muakuya est de ceux-là.
Dans cet entretien exclusif accordé à Zolanews.net, il partage son parcours, ses combats et ses rêves pour une jeunesse actrice du changement, au niveau local comme global.
Zolanews : Pouvez-vous vous présenter, Chris Muakuya, et nous raconter la genèse de la Synergie des Jeunes pour la consolidation de la paix et la sécurité ?
Chris Muakuya : Je suis Chris Muakuya, engagé depuis plusieurs années dans les dynamiques jeunesse, paix, genre et développement durable. La Synergie des Jeunes Africains pour la consolidation de la paix et la sécurité est née le 10 octobre 2023 comme une réponse collective aux défis que rencontrent les jeunes africains et du monde face aux conflits, aux inégalités et au changement climatique. L’idée est venue d’un besoin urgent de fédérer nos efforts pour construire une paix durable avec et par les jeunes, à l’échelle mondiale.
Zolanews : Quelles expériences personnelles ou professionnelles vous ont le plus inspiré à œuvrer pour les Objectifs de Développement Durable 5, 13 et 16 ?
Chris Muakuya : Mon parcours m’a confronté très tôt à l’impact des conflits armés sur l’éducation, notamment dans l’Est de la RDC, au Nord-Est du Mozambique (Cabo Delgado), au Soudan, au Niger, au Mali, au Burkina Faso… J’ai aussi travaillé avec des jeunes filles leaders dans des zones rurales, et vu de près les inégalités qu’elles subissent. Enfin, la vulnérabilité de nos communautés face aux catastrophes climatiques m’a rappelé que sans action climatique (ODD 13), la paix (ODD 16) et l’égalité (ODD 5) resteront fragiles.
Zolanews : Pour nos lecteurs, en quoi consiste la Résolution 2250 et pourquoi est-elle cruciale pour la jeunesse ?
Chris Muakuya : La Résolution 2250, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies en 2015, est la première à reconnaître officiellement le rôle positif des jeunes dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix. Elle repose sur cinq piliers : participation, protection, prévention, partenariat et désengagement. Elle est cruciale parce qu’elle donne une légitimité internationale à la jeunesse, souvent exclue des décisions alors qu’elle est directement concernée.
Zolanews : Comment la Synergie des Jeunes Africains s’est-elle inscrite dans la mise en œuvre de cette résolution au niveau national et régional ?
Chris Muakuya : Nous avons formé un réseau présent dans 35 pays africains et au monde, lancé des campagnes de sensibilisation, formé des ambassadeurs 2250, et participé à l’élaboration de plans d’action nationaux dans certains pays comme le Bénin, le Sénégal et le Burkina Faso. Nous mobilisons aussi des jeunes pour qu’ils deviennent des acteurs de plaidoyer auprès de leurs gouvernements et partenaires.
Zolanews : Pouvez-vous partager un exemple concret d’action ou de projet porté par votre mouvement qui répond directement aux principes de la 2250 ?
Chris Muakuya : En 2024, nous avons organisé un Forum sous-régional Jeunesse, Paix et Sécurité en Afrique centrale, qui a réuni plus de 100 jeunes, décideurs politiques, diplomates et acteurs des Nations Unies. Ce forum a permis de co-construire un manifeste jeunesse pour la paix et la résilience, avec des engagements clairs à faire remonter aux autorités nationales et régionales.
Zolanews : Selon vous, quels sont les principaux défis à surmonter pour qu’elle soit pleinement appliquée en Afrique ?
Chris Muakuya : Le manque de volonté politique, l’absence de financement dédié, et une faible appropriation de la résolution par les jeunes eux-mêmes. Il faut aussi créer des espaces sûrs et durables pour que les jeunes participent réellement, au-delà du symbolique.
Zolanews : Comment définissez-vous la « synergie » entre les jeunes d’Afrique et ceux d’autres continents ?
Chris Muakuya : C’est la mise en commun des forces, des idées et des expériences, pour faire avancer des causes universelles comme la paix, la justice ou la lutte contre les inégalités. C’est aussi un dialogue solidaire entre jeunesses du Nord et du Sud, basé sur le respect et l’écoute mutuelle.
Zolanews : Quelles sont les stratégies que vous déployez pour fédérer des acteurs aussi divers autour d’aspirations communes (paix, égalité, résilience) ?
Chris Muakuya : Nous avons mis en place une gouvernance collaborative, des formations croisées, des campagnes numériques inclusives, et des groupes de travail thématiques. L’idée est que chacun, peu importe son origine, se sente acteur du changement.
Zolanews : Quels partenariats internationaux avez-vous noués, et comment enrichissent-ils votre action sur le terrain congolais ?
Chris Muakuya : Nous avons des collaborations avec des organismes onusiens (comme le PNUD, l’ONU Femmes, l’UNFPA et la MONUSCO), des plateformes régionales de jeunes, et des organisations de la société civile dans d’autres régions du monde. Cela nous permet de renforcer nos capacités, de porter nos voix à l’international, et d’apprendre des bonnes pratiques ailleurs.
Zolanews : Comment conciliez-vous les réalités locales de la RDC avec les standards et les réseaux globaux de la jeunesse ?
Chris Muakuya : Nous partons des réalités du terrain congolais pour formuler nos propositions, mais nous veillons à les aligner aux agendas internationaux, notamment les ODD, l’agenda 2250, ou encore la Charte africaine de la jeunesse. C’est un exercice d’équilibre mais aussi d’innovation.
Zolanews : À votre avis, quelle valeur ajoutée spécifique la Synergie des Jeunes apporte-t-elle au mouvement mondial pour la paix et la justice ?
Chris Muakuya : Nous apportons une voix jeune, panafricaine, organisée, et une vision stratégique à long terme, notamment à travers notre plaidoyer pour la création d’une agence onusienne dédiée à l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, à l’image d’ONU Femmes pour le genre.
Zolanews : Comment mesurez-vous l’impact de vos plaidoyers (auprès de l’ONU, de l’Union africaine, etc.) sur les décisions politiques ou humanitaires ?
Chris Muakuya : Par l’intégration de nos propositions dans des politiques nationales, la participation de nos membres à des espaces internationaux décisionnels, ou encore par le suivi des engagements pris par les partenaires après nos rencontres.
Zolanews : Pouvez-vous citer une victoire ou un changement de politique obtenu grâce à vos actions collectives ?
Chris Muakuya : En RDC, notre mobilisation a contribué à l’intégration de l’agenda 2250 dans certains programmes jeunesse du ministère, et à la reconnaissance de jeunes leaders formés par nous comme partenaires du processus national de paix.
Zolanews : À l’échelle mondiale, quels retours ou collaborations vous ont le plus encouragé dans votre démarche ?
Chris Muakuya : Les messages de soutien venus de jeunes leaders d’Amérique latine, du Canada, du Liban et de l’Europe, et la reconnaissance de Madame Bintou Keita (cheffe de la MONUSCO), du Professeur Mady Mbiay (UNFPA), et de la Professeure Nicole Ntumba Bwatshia (Dircab du Chef de l’État), qui ont salué notre démarche comme porteuse d’espoir pour l’Afrique.
Zolanews : Quels sont les prochains grands chantiers de la Synergie des Jeunes pour renforcer la mise en œuvre de la Résolution 2250 d’ici 2026 ?
Chris Muakuya : Nous préparons un plaidoyer mondial lors du forum de l’ECOSOC 2026, la création d’un Fonds Jeunesse-Paix-Résilience, et le renforcement de nos coordinations locales dans les pays touchés par les conflits ou la crise climatique. Nous préparons un sommet africain qui va réunir les représentants pays nationaux de la Synergie en septembre à Nairobi.
Zolanews : Quel message clé souhaitez-vous transmettre aux gouvernements et organisations internationales pour qu’ils intègrent davantage la jeunesse dans leurs processus de paix ?
Chris Muakuya : Ne décidez plus pour nous, mais avec nous. Donnez aux jeunes les ressources, la reconnaissance et la place qu’ils méritent dans les mécanismes de paix, car aucune paix durable ne peut se faire sans la jeunesse.
La paix ne se construit pas dans les salles de conférences, la paix se construit dans les cœurs, les écoles, les communautés, les cliniques…
Zolanews : Quel conseil donneriez-vous à un jeune leader qui veut créer sa propre « synergie » locale pour impacter positivement sa communauté ?
Chris Muakuya : Commence avec passion, patience et pragmatisme. Entoure-toi d’une équipe engagée, reste connecté à ta communauté, et sois cohérent entre ton discours et tes actions. Même à petite échelle, l’impact peut être immense.
L’avenir de notre monde dépend de la capacité de la jeunesse à relever les défis contemporains interconnectés, notamment ceux liés à la paix, à la sécurité, au changement climatique et aux nouvelles technologies.
Porté par une vision inclusive et un engagement enraciné dans la réalité du continent, Chris Muakuya ne se contente pas de rêver un monde meilleur, il le construit, aux côtés de centaines de jeunes mobilisés à travers l’Afrique et au-delà.
Par ses mots, ses actions et sa foi en la jeunesse, il nous rappelle que la paix ne se décrète pas, elle se cultive, avec audace, cohérence et solidarité.
À travers cette voix, Zolanews.net donne écho à une conviction sur le changement qui passe par l’écoute et l’action des jeunes générations.
Lydia Mangala


