La deuxième journée de la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa, tenue ce jeudi 23 avril 2026 au Pullman Kinshasa Grand Hôtel, a confirmé l’ambition de faire de la République démocratique du Congo un hub énergétique, logistique et industriel capable de soutenir une croissance durable et inclusive. Entre conférences de haut niveau et ateliers techniques, les échanges ont mis en lumière les leviers concrets pour transformer les potentiels du pays en projets structurants et bancables.
La conférence dédiée à l’énergie, placée sous le thème « La décennie de l’électrification pour accélérer le développement du pays », a ouvert les travaux de la journée. Modérée par Jean-Marie Harel Nzau, Directeur de la mobilisation des financements, elle a réuni plusieurs figures clés du secteur, notamment Aimé Indenge, Conseiller en ressources hydrauliques et électricité de la Première Ministre, le Professeur Jean-Marie Beya Kamba, Président du Conseil d’Administration de l’ARE, ainsi que des représentants de la SNEL et des acteurs des énergies renouvelables.

Dès l’ouverture, le constat a été rappelé avec gravité mais aussi avec espoir. Le Professeur Beya Kamba a insisté sur l’ampleur du potentiel énergétique national, estimé à plus de 100 000 MW en hydroélectricité, complété par des ressources solaires importantes. Pourtant, le taux d’accès à l’électricité reste autour de 20 %, et inférieur à 5 % en milieu rural, illustrant l’urgence d’une transformation structurelle du secteur. Dans cette dynamique, il a rappelé la vision à l’horizon 2040 fondée sur la production massive, la décentralisation énergétique et la modernisation des infrastructures.
Les interventions ont également mis en avant les avancées du cadre réglementaire porté par l’ARE depuis 2014, notamment l’ouverture du secteur à la concurrence, le renforcement de la régulation et la simplification des procédures d’accès au marché. Me Pascal Tshimbalanga a insisté sur la nécessité de vulgariser davantage ces outils auprès des opérateurs pour en maximiser l’impact.

Dans le prolongement de ces échanges, Marco Kuyu, Directeur Général Adjoint de l’ARE, a rappelé que le secteur électrique congolais est désormais ouvert et porteur d’opportunités concrètes, tout en appelant à une meilleure structuration des projets, un dialogue renforcé avec les institutions et une clarification des attentes entre acteurs publics et privés.
Catherine Mukobo, Directrice exécutive de l’Association Congolaise pour les Énergies Renouvelables et Décentralisées (ACERD), a pour sa part insisté sur une phrase devenue centrale dans les débats : « L’électricité est le moteur du développement ».
L’ensemble des intervenants a convergé sur le fait que la RDC dispose d’un potentiel énergétique exceptionnel, mais la transformation effective de ce potentiel en projets bancables et exécutés dépend encore de la coordination institutionnelle, de la structuration des projets et de la mobilisation des financements.
La journée s’est poursuivie avec une conférence consacrée à la logistique, axée sur le thème du renforcement de la connectivité des territoires. Les discussions ont mis en lumière les corridors comme colonne vertébrale du développement économique de la RDC.
Pierre de Bellabre, Directeur projet multimodalité chez HAROPA PORT, a rappelé l’importance d’une approche globale des infrastructures portuaires et fluviales, soulignant la nécessité d’assurer la continuité des chaînes logistiques. Il a insisté sur l’exploitation du patrimoine fluvial et la complémentarité des modes de transport.
De son côté, Marie Ngandu Mbwaya, coordinatrice adjointe de CEPCOR, a présenté une cartographie détaillée des corridors de transport utilisés par la RDC, notamment les corridors de Lobito, Beira, Bas-Congo, Kribi, Malanje ou encore Walvis Bay-Ndola-Lubumbashi. Elle a expliqué que ces axes répondent à des enjeux géopolitiques et économiques majeurs, notamment la réduction des coûts logistiques, la création d’emplois et la structuration des chaînes de valeur locales.
Hélène Miasuekama Kiese, Directrice Générale de la DGCDI, a rappelé que les corridors de développement vont au-delà du transport, en structurant l’industrialisation du pays. Elle a insisté sur la nécessité de moderniser les infrastructures ferroviaires et portuaires, de sécuriser l’approvisionnement énergétique et de favoriser la transformation locale des ressources.

Dans une intervention marquante, Laurent Puerta, Directeur Général RDC Ouest d’Africa Global Logistics (AGL), a illustré la complexité logistique du pays à travers un exemple concret de transport entre Matadi et Kindu. Un trajet de 2 500 km nécessitant trois modes de transport et environ 40 jours.
« La RDC est un cœur et les corridors en sont les artères », a-t-il résumé, soulignant que la multimodalité est aujourd’hui une nécessité absolue pour connecter le pays.
Justin Mihigo, Directeur des grands projets chez Eiffage Génie Civil Marine, a quant à lui présenté les travaux de modernisation du port de Matadi, soulignant les enjeux liés à la capacité d’accueil, à la sécurité et à la formation du capital humain. Bodom Matungulu, président du Conseil d’Administration de Matadi Corridor Terminaux à Conteneurs, a insisté sur la nécessité d’une vision systémique du développement.
« Relier deux villes en RDC, c’est relier deux capitales en Europe, deux capitales en Amérique », a-t-il déclaré, appelant à une approche structurée et intégrée.
Dans une perspective régionale, Jean-Marc Kadjo, Directeur Adjoint de l’AFD en RDC, a présenté le Corridor 6 reliant Douala, Bangui, Kisangani et Kampala, soutenu par l’Union européenne. Il a mis en avant les projets de réhabilitation des routes, de développement des infrastructures et de soutien aux chaînes de valeur agro-industrielles, avec un financement estimé entre 300 et 500 millions d’euros.

Au-delà des infrastructures, la dimension environnementale a également occupé une place centrale avec l’intervention de l’ICCN sur le couloir vert Kivu-Kinshasa. Chantal Shalukoma, Directrice Scientifique, a présenté ce projet d’envergure couvrant 544 000 km², combinant enjeux écologiques, économiques et sociaux. Elle a insisté sur une approche participative et communautaire, soulignant que ce corridor vert constitue une première mondiale en matière d’aire protégée intégrée.
Parallèlement aux conférences, plusieurs ateliers ont permis d’approfondir les enjeux liés au financement des PME, à l’entrepreneuriat féminin et au recrutement en RDC. Les échanges ont mis en avant la nécessité de structurer les financements, de renforcer les compétences et de favoriser l’inclusion économique.
Cette deuxième journée de la Semaine française de Kinshasa a confirmé la vision d’une RDC en transition, engagée dans une transformation profonde de ses infrastructures, de son énergie et de sa connectivité. C’est une dynamique qui repose sur un triptyque essentiel comprenant énergie, corridors et capital humain, désormais au centre des stratégies de développement du pays.
La dernière journée de la Semaine française de Kinshasa, prévue ce vendredi 24 avril 2026, s’annonce tout aussi dense et stratégique. Elle aura au programme une conférence environnement, une masterclass sur la motivation et la performance, intitulée « Activer ce qui donne de l’énergie », un atelier sur les innovations éducatives, une conférence sur le numérique et un atelier dédié aux industries culturelles et créatives au chapiteau.
Les activités s’achèveront par la fermeture des stands et un cocktail de clôture sur invitation, moment de networking entre décideurs, investisseurs et partenaires des deux pays.
La SFK 2026 confirme son rôle de plateforme stratégique où la RDC et la France réinventent leur coopération économique pour transformer les potentiels en réalisations concrètes et durables.
Lydia Mangala


