Dans l’amphithéâtre de Silikin Village, dans une intervention passionnée et percutante, Christian Bosembe, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), a dénoncé avec vigueur les stéréotypes sexistes, la chosification des femmes et la banalisation médiatique des violences symboliques.
Il a appelé à une réforme structurelle et morale pour redonner aux femmes leur place légitime dans la société congolaise.
Les femmes ne sont pas responsables de l’échec du Congo

Dès les premières minutes de sa prise de parole, Bosembe a affirmé sans détour que la responsabilité du sous-développement du pays ne saurait incomber aux femmes.
« Dans ce débat sur le développement de ce pays, les femmes ne devraient même pas être prises en compte comme responsables », a-t-il déclaré avec conviction.
Il a rappelé que depuis 1960, ce sont majoritairement des hommes qui ont dirigé les affaires de l’État.
« C’est aux hommes d’avoir honte d’avoir tout géré seuls… Le Congo n’est même pas parmi les cent pays les plus prospères », a-t-il insisté.
Des figures féminines inspirantes, trop souvent négligées
Christian Bosembe a ensuite mis en lumière des femmes d’exception qui ont brillé par leur leadership.
Il a cité avec respect Madame Malanga, première femme à diriger une banque, Judith Suminwa, première femme Première ministre de l’histoire du pays, et Jeanine Mabunda, ancienne présidente de l’Assemblée nationale.
« Ce sont des femmes capables de développer ce pays. Tout dépend du projecteur qu’on leur met », a-t-il souligné.
Il en a également profité pour saluer le parcours de Nicole Bwatshia, juriste, professeure et directrice adjointe du président de la République.
Quand l’oppression vient du cercle familial

Dans un ton plus personnel, Bosembe a alerté sur les barrières souvent invisibles que rencontrent les jeunes filles dès leur foyer.
« Lorsque la jeune fille commence à avoir son propre argent, son premier oppresseur peut devenir son père », a-t-il déploré.
Il a aussi regretté l’absence de solidarité féminine dans certaines situations :
« Trop souvent, c’est la femme qui combat l’évolution d’une autre femme. »
Félix Tshisekedi, un modèle de masculinité positive
Bosembe a rendu hommage au président Félix Tshisekedi pour son engagement en faveur de l’égalité des genres.
Il l’a présenté comme un « champion de la masculinité positive », qui a su donner aux femmes une place de choix dans les sphères de pouvoir.
« Aucun gouvernement n’a compté autant de femmes que celui de Félix », a-t-il reconnu, félicitant également la valorisation du rôle de la Première Dame.
Une critique ferme des médias rétrogrades
En tant que régulateur des médias, Bosembe a condamné fermement les responsables de contenu qui continuent de véhiculer des clichés sexistes.
Il a interpellé les patrons des médias, les journalistes et animateurs, leur reprochant de figer la société dans des représentations dignes des années 1950.
« C’est intolérable que les femmes soient méprisées à la télévision, non pour leur compétence, mais à cause de leur condition biologique », a-t-il fustigé.
Cela, avant de dénoncer des expressions encore fréquentes dans les médias :
« Kosakana na nga te, nazali muasi te », « Nako beta yo lokola muasi », des propos qui banalisent la violence verbale et la discrimination.
Stop au harcèlement déguisé en compliments

Christian Bosembe a mis en garde contre les formes sournoises de harcèlement, souvent camouflées sous des apparences de galanterie.
« Une femme ne doit pas être jugée ni récompensée selon ses formes généreuses. C’est une forme d’agression psychologique », a-t-il lancé.
Il a dénoncé la pratique consistant à lier l’ascension professionnelle des femmes à leur obéissance ou à leur apparence, citant :
« Si tu ne t’abaisses pas, je ne t’élèverai pas. »
Un appel aux sanctions fermes contre le sexisme
Selon Bosembe, il est temps que le gouvernement impose des sanctions claires contre toute forme de propos et comportements sexistes, que ce soit à l’école, au travail ou dans les médias.
Il a exhorté les autorités à protéger le potentiel féminin en instaurant un environnement sécurisé et équitable.
« Il est inadmissible qu’une jeune fille pleure à l’école ou qu’une femme soit félicitée uniquement pour son physique au bureau », a-t-il tonné.
Redonner à la femme sa dignité, sa voix, son avenir

En somme, Christian Bosembe a lancé un appel solennel à la société congolaise :
« Ne permettez pas qu’un mariage, un divorce ou un homme détruise le potentiel d’une femme. La femme doit pouvoir aller chercher sa propre voie, librement. », a-t-il dit.
Tout en insistant sur le rôle central des médias dans la construction des représentations collectives qui doivent devenir des instruments de vérité, de transformation, et non des vitrines de sexisme ordinaire.
Lydia Mangala

