Ce jeudi 9 octobre 2025, la dixième édition d’Expo Béton RDC 2025 s’est poursuivie au Centre Culturel et Artistique pour les Pays d’Afrique Centrale à Kinshasa.
Placé sous le thème central « 100 milliards USD pour reconstruire la RDC post-conflit : catalyser une transformation audacieuse pour le 21ᵉ siècle », le salon réunit des décideurs publics, des investisseurs, des experts nationaux et internationaux autour des défis de la reconstruction nationale.
L’un des moments forts de cette deuxième journée fut le panel sur les mécanismes intégrés de financement de la reconstruction, articulé autour du sous-thème : « Réformes structurelles et coordination stratégique ».
Modéré par Michel Losembe, ce panel a donné la parole à des acteurs clés du monde économique et institutionnel congolais, parmi lesquels Guillaume Ngefa, Barnabé Muakadi, Saphir Esmail, Christian Kabeza, Ivan Mombong, Bobo Makunda, Ignace Mabanza et Kabamba du ministère des Finances.
Guillaume Ngefa : Sans justice, il n’y a pas de climat d’affaires viable

Ouvrant les échanges, Guillaume Ngefa, Ministre d’État à la Justice et Garde des Sceaux, a mis en exergue le rôle crucial de la justice dans l’attractivité économique du pays.
« Le climat des affaires ne peut se renforcer sans une justice fiable, accessible et exempte de corruption », a-t-il affirmé avec fermeté.
S’appuyant sur les conclusions du rapport d’assistance technique de 2020 sur la perception de la justice en RDC, le ministre a relevé la méfiance persistante des investisseurs vis-à-vis du système judiciaire, en raison de la lenteur administrative, du manque de transparence et de la corruption.
Il a plaidé pour une réforme profonde des tribunaux de commerce et une meilleure coordination entre les institutions judiciaires et économiques.
« Nous devons construire une justice qui protège, qui rassure et qui encourage l’investissement », a-t-il insisté.
Pour le Garde des Sceaux, la consolidation d’un État de droit économique passe par le renforcement de la discipline judiciaire, la lutte contre les pratiques illicites et la mise en place d’un guichet unique de supervision des décisions économiques.
Barnabé Muakadi : Sans impôts, il n’y a pas de développement possible

Le ton a ensuite été donné par Barnabé Muakadi, Directeur Général de la DGI, qui a tenu à rappeler le rôle vital de la fiscalité dans le développement national.
« Un pays ne se développe pas par la guerre, mais par les impôts », a-t-il martelé, appelant les citoyens à plus de civisme fiscal.
Selon lui, la mobilisation des recettes internes constitue la clé de la soutenabilité financière des politiques publiques.
Grâce aux réformes engagées par la DGI, les recettes fiscales sont passées de 1,9 milliard USD à 6 milliards USD en trois ans, un progrès notable qui illustre la montée en puissance de la gouvernance fiscale.
Barnabé Muakadi a souligné que la transparence et la numérisation des procédures constituent désormais les leviers principaux de cette performance :
« La carte fiscale, la digitalisation et la transparence ont révolutionné notre système. Nous devons consolider ces acquis pour financer durablement notre reconstruction », a-t-il conclu son propos.
Saphir Esmail : Sans énergie, il n’y a pas d’industrialisation durable

Pour Saphir Esmail, Représentant Pays de PROPARCO, issu du groupe AFD, le développement de la RDC passe avant tout par un accès fiable et massif à l’énergie.
« On ne développe pas un pays sans électricité. L’énergie est la première condition pour tout projet industriel ou agricole », a-t-il déclaré.
Il a annoncé que la PROPARCO compte augmenter ses investissements dans les infrastructures énergétiques, notamment dans le solaire et l’hydroélectrique, pour soutenir les projets structurants du pays.
Saphir Esmail a également insisté sur la nécessité d’une présence locale forte pour rassurer les bailleurs et investisseurs internationaux :
« Nous devons changer la perception du risque. La RDC est un pays d’opportunités, à condition d’y croire et d’y être présent », a-t-il affirmé.
Christian Kabeza : L’assurance, acteur silencieux du développement

Dans une intervention percutante, Christian Kabeza, Directeur Général de Zamara Assurance, a plaidé pour une intégration plus visible du secteur de l’assurance dans les stratégies nationales de financement.
« L’assurance, c’est l’acteur silencieux du développement. Sans elle, aucun projet d’envergure ne peut prospérer », a-t-il souligné.
Selon lui, le secteur congolais de l’assurance affiche une croissance soutenue, avec plus de 350 millions USD collectés en 2020 et une ambition de dépasser 20 % de couverture d’ici quelques années.
« Nous avons la capacité d’accompagner les investissements grâce à des produits innovants : assurance-crédit, garanties d’investissement, couverture des risques climatiques », a-t-il détaillé.
Pour le DG de Zamara, mobiliser les fonds domestiques et développer des produits de pension et d’épargne à long terme permettront à la RDC de bâtir un système financier plus solide et résilient.
Ivan Mombong : “L’APCSC, un pivot stratégique pour la mobilisation des financements”

Ivan Mombong, Directeur de la Coopération à l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi de convention de collaboration (APCSC), a quant à lui présenté le rôle de son institution comme un levier clé de mobilisation des financements à travers des partenariats public-privé (PPP).
« Ce n’est pas un rêve : c’est réalisable. L’APCSC s’impose aujourd’hui comme un acteur pivot capable de structurer des projets viables et d’attirer les investisseurs », a-t-il assuré.
Il a insisté sur la structuration des projets en mode PPP, l’utilisation des instruments juridiques innovants, et l’application d’une loi conventionnelle sur l’investissement qui garantit la sécurité juridique et la durabilité des financements. Bobo Makunda estime que les banques commerciales ne peuvent pas tout, mais elles peuvent beaucoup
Prenant la parole à son tour, Bobo Makunda, Directeur Général Adjoint de SofiBank, a mis en lumière le rôle d’intermédiation des banques dans la chaîne de financement.

« On pense souvent que les banques doivent sortir le chéquier. Non, notre rôle est de fédérer, de canaliser et de sécuriser les flux », a-t-il précisé.
Selon lui, le développement du crédit à long terme dépend de la structuration du marché financier et du renforcement de la confiance entre les acteurs.
« Nous devons créer un environnement où chaque acteur, ménages, entreprises, institutions, contribue à la levée des fonds pour la reconstruction nationale. »
Ignace Mabanza estime que la RDC peut financer ses propres projets avec 15 milliards de dollars d’épargne locale
Pour Ignace Mabanza, Président du Conseil d’Administration d’Equity BCDC, la RDC dispose déjà d’un potentiel financier interne considérable.

« Avec plus de 15 milliards USD de dépôts dans le système bancaire, nous avons les moyens de financer nos propres infrastructures », a-t-il affirmé.
Cependant, il a insisté sur l’importance d’une bonne gouvernance des projets et de la transparence dans l’utilisation des fonds :
« Le problème n’est pas l’argent, mais sa gestion. Les fonds doivent aller aux bons projets, bien encadrés, bien suivis et bien évalués », a-t-il précisé.
Il a également encouragé les banques africaines régionales à mutualiser leurs forces à travers leurs filiales pour contribuer davantage au financement de la RDC.
Clavin juge que le financement du Trésor public pour les infrastructures reste un défi

Clôturant les échanges, Clavin Kabamba, Coordonnateur de Suivi des Programmes et Projets du Gouvernement et représentant du Ministère des Finances, a reconnu que le financement des grands projets d’infrastructures par le Trésor public demeure un défi majeur, malgré les efforts engagés.
« Le développement du marché financier et la diversification des sources de financement restent essentiels pour alléger la pression sur le Trésor », a-t-il indiqué.
Ce panel a démontré que la reconstruction économique et infrastructurelle de la RDC ne saurait être le fruit d’un seul acteur, mais d’une synergie entre les institutions publiques, les banques, les investisseurs privés et les partenaires internationaux.
Entre justice, fiscalité, énergie, assurance, coopération et gouvernance, l’heure est à la coordination stratégique et à la confiance renouvelée.
Lydia Mangala


