Ce lundi 2 juin 2025, dans l’enceinte de l’Assemblée provinciale, le ministre provincial des Transports, Bob Amisso, a fait face aux députés pour évoquer la crise profonde qui secoue la mobilité à Kinshasa.
Confronté à dix-huit questions ambitieuses, il a dû livrer un diagnostic sans concession : congestion insupportable, routes dégradées, motos-taxis incontrôlables et garages clandestins pullulant.
Face à ce constat alarmant, son message était clair : des réformes urgentes s’imposent pour permettre à la capitale congolaise de respirer à nouveau.
Un secteur à bout de souffle

Le ministre Amisso n’a pas hésité à reconnaître que le parc automobile, qui n’a cessé de croître depuis des décennies, pèse désormais lourdement sur des infrastructures usées et sous-dimensionnées.
Les artères principales de la ville sont fréquemment paralysées, les embouteillages s’éternisent jusqu’aux heures tardives et la poussière recouvre les nids-de-poule, rendant les trajets quotidiens pénibles pour tous les usagers.
Cette situation, aggravée par un cadre réglementaire désormais obsolète, expose les défis qu’il lui reste à surmonter.
Motos-taxis et défis sécuritaires
Dans la salle, les députés ont insisté sur l’émergence incontrôlée des motos-taxis, symboles de dynamisme économique, mais aussi de danger permanent.
Bob Amisso a expliqué que sans un système fiable d’immatriculation et de contrôle, les motards circulent en nombre, souvent sans casque homologué ni gilet identifiable.
Les accidents se multiplient et les violences urbaines, liées à des rivalités entre différentes coopératives, s’enchaînent sans répit.
Conscient de l’urgence, le ministre a annoncé la mise en place imminente d’une plateforme numérique pour enregistrer chaque conducteur, délivrer en temps réel les autorisations et vérifier le respect des normes de sécurité.
Routes dégradées et infrastructures en détresse

Les débats ont ensuite porté sur l’état calamiteux des voiries. Les élus provinciaux ont souligné que certains tronçons, même dans le centre-ville, ressemblent à des champs de mines, chaque passage de véhicule menace d’endommager suspension et carrosserie.
Face à ces critiques, Bob Amisso a expliqué que des fonds urgents avaient été débloqués pour limiter les avaries, notamment par des opérations de patchwork routier dans les zones les plus critiques.
Toutefois, il a aussi admis que ces mesurettes ne sauraient suppléer une réhabilitation complète. Il a donc lancé un appel pressant aux partenaires nationaux et internationaux pour financer un plan de rénovation à grande échelle et a annoncé l’ouverture prochaine d’appels d’offres pour la réfection des principaux axes interdistricts.
Garages clandestins et tracasseries administratives

Autre sujet épineux : les garages dits « pirates », souvent installés en bordure de chaussée, où l’on répare sans contrôle, au risque de compromettre la sécurité des véhicules.
Les députés ont relevé que ce secteur informel prospère, alimenté par des tracasseries à répétition dans les parcs agréés.
En réponse, le ministre a promis une réorganisation drastique : les garages homologués se verront équipés d’outils de contrôle sanctionnant les ateliers illégaux, tandis qu’une cellule spéciale, rattachée au ministère, sera chargée de numériser la délivrance des autorisations et de fluidifier les procédures.
Grâce à cette numérisation, il souhaite mettre fin à ces délais absurdes qui poussent les propriétaires à s’adresser à l’ombre pour obtenir des réparations rapides.
Fourrières : un nouveau système numérique
La question des fourrières a cristallisé la colère de nombreux députés, qui ont dénoncé prélèvements arbitraires et conditions d’accueil inhumaines pour les véhicules mis en fourrière.
Bob Amisso a reconnu l’existence de dysfonctionnements, confusant à la fois responsabilité des agents et absence de suivi.
Pour remédier à cela, il a présenté un projet de plateforme numérique permettant de suivre chaque véhicule depuis son enlèvement jusqu’à la restitution, en toute transparence.
Il Les tarifs seront affichés en ligne et chaque automobiliste saura instantanément où se trouve son bien et le montant exact à régler. Cette mesure, a-t-il assuré, doit éliminer la main invisible des agents qui alimentent des réseaux de corruption.
Vers une réforme complète du secteur

En clôture de cette séance marathon, le ministre a esquissé les grandes lignes d’un plan de refonte du secteur comprenant la création d’un observatoire provincial des transports, la révision des textes législatifs, la mise à disposition de données ouvertes pour encourager l’innovation dans la mobilité et les partenariats public-privé pour mobiliser de nouveaux financements.
Il a insisté sur la nécessité de collaborer avec les députés et les administrations territoriales pour que ces réformes ne restent pas à l’état de discours, mais se traduisent par des actions concrètes dès les prochaines semaines.
Les défis demeurent immenses, c’est désormais à l’État, aux élus et aux acteurs privés de transformer ces promesses en réalité, afin qu’un jour, la mobilité urbaine à Kinshasa ne soit plus synonyme de paralysie, mais bien d’efficacité et de développement.
Lydia Mangala


