Chaque dernier dimanche du mois de janvier, le monde célèbre la Journée mondiale de la lèpre, une date dédiée à la sensibilisation, à la lutte contre la stigmatisation et au rappel d’une vérité essentielle : la lèpre est une maladie curable.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a retenu pour cette édition le thème « La lèpre est guérissable, le véritable défi est la stigmatisation », soulignant que si la maladie peut être traitée efficacement, la discrimination et l’exclusion sociale restent des obstacles majeurs à l’élimination de la lèpre.
Une maladie qui connaît des défis persistants
En République démocratique du Congo, la lèpre reste un problème de santé publique qui mérite une attention constante. Les données les plus récentes montrent que le pays continue de signaler des cas nouveaux chaque année, signe que la transmission de la maladie n’est pas encore maîtrisée partout.
Les doubles défis sont la maladie elle-même et les barrières sociales qui empêchent une prise en charge rapide. Cette pathologie continue de toucher des milliers de personnes, révélant les failles persistantes du système de dépistage, de prise en charge et d’accompagnement social des malades.
Malgré les efforts déployés par les autorités sanitaires et les partenaires techniques, la lèpre demeure un problème de santé publique dans plusieurs provinces du pays, affectant particulièrement les populations les plus vulnérables.
Une maladie encore active malgré les avancées médicales
Causée par la bactérie Mycobacterium leprae, la lèpre, appelée aussi la maladie de Hansen, est une maladie infectieuse chronique qui atteint principalement la peau et les nerfs périphériques.
Lorsqu’elle est détectée à temps, elle se soigne efficacement grâce à une polychimiothérapie gratuite mise à disposition dans le cadre des programmes nationaux et internationaux. Cependant, en cas de diagnostic tardif, elle peut entraîner des handicaps irréversibles et une exclusion sociale durable.
En RDC, les données sanitaires récentes montrent que la transmission n’est pas encore totalement maîtrisée. En 2023, près de 4 000 nouveaux cas ont été notifiés à l’échelle nationale. Une proportion préoccupante de ces cas présentait déjà des infirmités visibles, signe que la maladie a été détectée à un stade avancé. Plus alarmant encore, une part non négligeable concerne des enfants de moins de 15 ans, indiquant une transmission toujours active au sein des communautés.
Certaines provinces restent particulièrement touchées. Dans le Haut-Katanga, plus de 400 nouveaux cas ont été recensés en 2024, tandis que des zones comme Moba, dans la province du Tanganyika, ont signalé une recrudescence inquiétante avec plusieurs centaines de cas, parfois accompagnés de complications graves. Ces chiffres confirment que la lèpre reste bien présente sur le territoire congolais, malgré les progrès enregistrés ailleurs dans le monde.
Stigmatisation, dépistage tardif et défis structurels
Au-delà de l’aspect médical, la lutte contre la lèpre en RDC se heurte à des défis sociaux et structurels majeurs. La stigmatisation demeure l’un des obstacles les plus importants. Par peur du rejet, de nombreuses personnes atteintes tardent à se rendre dans les structures de santé, ce qui aggrave leur état et favorise la transmission.
À cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux soins dans certaines zones rurales et enclavées, le manque de personnel formé pour le dépistage précoce et l’insuffisance des campagnes de sensibilisation communautaire. Comme résultat, des malades sont diagnostiqués tardivement, parfois après l’apparition de handicaps permanents, compromettant leur réinsertion sociale et économique.
Face à cette réalité, les autorités sanitaires, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé et de plusieurs partenaires, réaffirment leur engagement à renforcer le dépistage précoce, intégrer la prise en charge de la lèpre dans les soins de santé primaires et lutter activement contre la discrimination liée à la maladie.
En cette Journée mondiale de la lèpre, la situation en République démocratique du Congo rappelle que l’éradication de cette maladie ne se limite pas à la disponibilité des traitements. Elle passe aussi par une mobilisation collective contre la stigmatisation, un accès équitable aux soins et une sensibilisation accrue des communautés.
Tant que des milliers de Congolais continueront de vivre dans la peur, l’exclusion et la douleur, la lutte contre la lèpre restera un combat d’actualité, appelant à des actions concrètes et durables.
Lydia Mangala


