Kinshasa, décembre 2025. La signature des nouveaux accords entre la République démocratique du Congo et le Rwanda continue de susciter débats, espoirs et interrogations. Parmi les voix les plus attentives à cette évolution figure celle de Marie-Ange Mushobekwa, femme politique de l’opposition, ancienne ministre et défenseure de longue date d’une coopération régionale structurée dans l’espace des Grands Lacs.
Après lecture de l’accord, elle y voit une redynamisation assumée de la CEPGL, la Communauté économique des pays des Grands Lacs, basée à Gisenyi, un mécanisme d’intégration régionale qu’elle affirme avoir « toujours soutenu, ici et ailleurs ».
La relance d’institutions stratégiques : un levier économique et social majeur
Selon elle, la revitalisation de la CEPGL entraînera mécaniquement la réactivation de plusieurs institutions régionales essentielles :
• La BDEGL (Banque de Développement des États des Grands Lacs), basée à Goma ;
• La SOCIGAZ, société gazière régionale basée à Gisenyi ;
• La SINELAC, société internationale d’énergie basée à Bukavu.
Ces structures, aujourd’hui sous-exploitées ou partiellement inactives, pourraient devenir des pôles économiques majeurs, générateurs d’emplois qualifiés et de coopération technique.
Pour Marie-Ange Mushobekwa, leur relance pourrait transformer le quotidien des jeunes des trois pays :
« Des emplois dignes seront créés pour les jeunes de la région des Grands Lacs, qui, à force de travailler ensemble au quotidien pour la prospérité commune, feront des efforts pour bannir la haine et coexister pacifiquement. »
Cette vision repose sur une logique simple : l’intégration économique comme moteur de stabilité politique et sociale.
« Nous sommes condamnés à vivre ensemble »
L’opposante rappelle une réalité géopolitique immuable : la RDC, le Rwanda et le Burundi demeurent liés par leur géographie, leurs économies et leurs histoires.
« Nous sommes condamnés à vivre ensemble comme voisins », souligne-t-elle, insistant sur la nécessité de bâtir une paix fondée sur le respect mutuel et non sur des rapports de domination.
Elle se réjouit prudemment de ce qu’elle considère comme un « pas difficile mais courageux » vers le retour de la paix, sous condition que toutes les parties prenantes notamment les États-Unis, nouvel acteur de garantie financière et sécuritaire agissent avec sincérité, transparence et cohérence.
Une paix régionale… mais aussi une paix intérieure
Si l’accord représente une avancée au niveau régional, Marie-Ange Mushobekwa appelle les autorités congolaises à regarder plus largement :
« La classe politique congolaise, la société civile et les confessions religieuses doivent désormais être impliquées, non seulement pour comprendre cette démarche, mais aussi et surtout pour ramener une paix véritable entre les Congolais de toutes les provinces. »
Pour elle, la stabilité régionale ne peut fonctionner sans réconciliation interne, sans dialogue national et sans une lutte déterminée contre les divisions politiques et communautaires qui minent la cohésion du pays.
Vers une paix durable ?
En conclusion, la politicienne estime que si la relance de la CEPGL et de ses institutions est menée avec sérieux, elle peut devenir un outil concret de pacification, de développement et de rapprochement entre les peuples.
Mais elle rappelle également que la paix ne naît pas des signatures seules :
elle exige une volonté réelle, un engagement des dirigeants, une implication des populations et un accompagnement soutenu des partenaires.
Joséphine Mawete


